30 avril 2011
Entrée Dans La Précarité
Ce qui marque, durement, ce sont les visages. Cette fatigue, et tant d’autres choses, comme le poids, celui du temps qui passe et passe, et rien qui vient... Je me demande s’il en est de même pour moi. Je veux dire : est-ce qu’elle est pareille qu’eux, ma gueule ; aussi ravagée. Au bout de dix-huit mois… Comment savoir ?... Je la connais ma sale tronche, je me la fade tous les jours…
Je pourrais, je crois, décrire le parcours de ceux qui m’entourent. A l’œil nu, ça se devine, ces choses-là. Comme cette femme d’un âge certain, juste devant moi, par exemple. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. C’est – c’était, plutôt – une professionnelle. De l’édition... Qu’est-ce qu’elle fout ici ? Dans cette sélection…
J’en vois deux ou trois autres qu’ont le même profil ou approchant… Ce qui les unit et les trahit ce sont leurs regards. Y’a de la résignation. Entre autres… Sinon, un peu de tout : jeunes, moins jeunes, égarés, silencieux, anxieux ; la routine, quoi.
En face de nous, un trio. Un tableau. Et des marqueurs de toutes les couleurs.
On s’enquiert du fait de savoir si tout le monde est là. Apparemment, il manque quelqu’un… Il ne viendra pas. Tant pis… L’exposé commence.
Ce qui est assez désagréable, pour dire franchement les choses, c’est le ton sur lequel on s’adresse à nous. Oh, il n’est pas méprisant, non, du tout même, mais pourquoi nous parler comme si nous étions alités, malades ou je-ne-sais-quoi ? C’est peut-être nos gueules, me dis-je, cette lassitude qui se lit, trop bien.
Bref…
On nous explique en quoi ça consiste, ce « travail ». On nous le vend. Puis, on nous demande s’il y a des questions.
Il y en a.
- Est-il possible de faire plus de 20 heures par semaine ?
La réponse est non… Les visages se ferment. Déjà qu’ils n’étaient pas brillants…
La femme, celle qu’a dû marner dans l’édition pendant des années, elle insiste. Vu le tarif (entre 11 et 13€ de l’heure, et c’est du brut !) je comprends. Suffit de multiplier par vingt et les comptes sont vite faits. Le quotidien, avec ça, tu l’assures pas. D’autant plus que rien ne dit que tu les feras, les vingt heures. Vu que c'est un plafond.
C’est typiquement ce qu’on appelle un « job d’appoint ». Mais qui te prend du temps, ça, je peux en témoigner… L’heure, c’est juste un repère. C’est pour entrer dans les critères. De Pôle Emploi. En vérité, t’es payé au contrat [1]. Et c’est le contrat qui vaut entre 11 et 13€ [2]. Ce qui signifie que tu peux en décrocher - maximum - 80 au mois (mais ça n'arrive jamais), plus de 800 sur une année. C’est légal, paraît-il...
On a tous accepté. Pas le choix. Quand faut croûter…
Des sélections, comme celle-ci, j’en ai fait d’autres. Et c’était le même type de contrats. Les mêmes tarifs. Les mêmes candidats. Demandeurs d’emploi depuis lustres. Qu’acceptent le « job ».
Qui s’assoient surtout. Sur leurs expériences, leurs compétences, leurs acquis, et bien sûr, sur toute prétention salariale.
Tous, nous savons que ça ne nous mènera nulle part. Mais c’est tout ce qu’il y a.
Oh ! bien sûr, si Pôle Emploi proposait des formations, de celles qui permettent, ciblées, de vous diversifier, vous améliorer en tel domaine, compléter un parcours, l’enrichir, ça se passerait différemment. Du moins, faut-il l’espérer… Mais Pôle Emploi n’en propose pas. Pourtant sur les dépliants, très chouettes, en couleur, il est bien écrit que Pôle Emploi mobilisera « tous les moyens nécessaires pour faciliter votre insertion professionnelle (formations, aides à la mobilité..) ».
Mais peut-être que c’est réservé aux plus jeunes. Ceux qu’ont un avenir.
Passés quarante ans, tu « poses problème ». Visiblement... Même pour un simple bilan de compétences.
C’est pas pour verser dans le « c’était mieux avant ! » mais du temps de l’ANPE, des formations, on vous en proposait. Assez rapidement. C’est vrai, aussi, que l’âge n’était pas le même. Le parcours moins lourd. Le visage plus avenant. Plus avenant parce que, quand tu perds ton travail à 25 ou 30 ans, même 35, tu te dis que tu peux rebondir. Vu le temps. Celui qui reste. Mais après quarante ou cinquante ans, le temps qui reste devient comme un handicap. Voire : un inaccessible.
Or donc : et alors ?
Alors, quand je lis dans le Figaro, Xavier Bertrand asséner qu’il « préfère qu’un demandeur d’emploi reprenne une activité réduite que pas d’activité du tout » parce que, ajoute-t-il, « à la fin du mois, une fiche de paie vaut toujours mieux qu’une allocation » je me demande dans quel monde vit-il.
Vous voulez les voir, mes fiches de paie, M. Bertrand ?
2.75€, 13.75€, 27.50€, 56€, 72€, 102€, 129.25€ – et, tadaaaaam ! – 657.25€.
Faut-il préciser que, lorsque vous reprenez « une activité réduite », comme le dit si joliment M. Bertrand, vous sortez des chiffres du chômage (tout en restant inscrit). Plus précisément vous ne faites plus partie de la fameuse catégorie A… Bref, vous contribuez à faire baisser le taux de chômage en France (à ce compte-là, vous pouvez annoncer, fiérot, qu’il sera de 9%, en Métropole, à la fin de l’année).
On comprend mieux, dès lors, que M. Bertrand nous pousse à « l’activité réduite », même si elle ne vaut – pour ce mois-ci – que 56€ bruts.
Nonobstant, je ne suis pas certain que cela constitue un progrès social. Ni humain... Une bonne nouvelle, quoi !
Je précise, en outre, que je ne suis pas attentiste ; je veux dire que, comme au temps de l’ANPE, je ne me repose pas sur Pôle Emploi. Quand bien même M. Sarkozy et Mme Lagarde nous auraient vanté que ce serait, Pôle Emploi, une véritable révolution. Qu’on allait voir ce qu’on allait voir !
Moi ce que j’ai vu, et assez vite, c’est que les conseillers Pôle Emploi n’étaient pas assez nombreux pour remplir leur mission. Et, sans doute, que le budget alloué n’était pas à la hauteur du « projet » (sinon, des formations, on nous en proposerait).
J’ajoute que, quand j’entends parler à tire-larigot de « sortie de crise », je me demande qui ça concerne, hormis les entreprises du CAC et la Bourse en général... Pour nous, les demandeurs d’emploi, la « sortie de crise » c’est l’ « entrée dans la précarité ». Ce sont des petits contrats à la journée, à la semaine, payés une misère. La crise est passée par là, doit y avoir un rapport, je présume...
Bien évidemment, je passerai sous silence les récentes saillies de M. Sarkozy sur les « chômeurs ». Si ça n’est pas de l’indécence, je ne sais pas ce que c’est. Mais tout de même, faudrait songer à arrêter de nous traiter comme des « assistés », des « profiteurs » ou – comme décrit plus haut – comme des « alités ». Et, si ça existe, je veux dire « les profiteurs », ils ne feront JAMAIS une majorité. Parce que l’immense majorité, elle se bat. Elle accepte tout. Déclassement compris. Et TTC.
Notre fierté, notre dignité, nos prétentions diverses et variées, on les oublie. Pas sûr que ceux qui nous emploient en soient bien conscients. Encore moins ceux qui nous gouvernent. Eux, qui jamais n’ont connu la précarité. Pas plus que la crise... Mais ce qui est sûr, c’est que leur rutilant : « Nous sortirons de la crise plus forts que nous y sommes entrés » c’était des conneries ! Un slogan (publicitaire) de plus.
La vérité est autre. Et elle se voit à l’œil nu. Mais qui s’en soucie, puisque le chômage baisse pour le troisième mois consécutif ?
Au moins, ayez l’élégance de nous remercier, parce que sans nous, les précaires, il ne baisserait sûrement pas.
[1] Les contrats en question sont des Contrats à Durée Déterminée d’Usage. Le pire du CDD !
[2] Encore que !... Vous signez pour un contrat de 11€. Mais il dépend du temps estimé par l’employeur pour le réaliser.
Si le temps estimé est d’une heure, vous touchez effectivement 11€ bruts.
Mais si – et c’est du vécu ! – le temps est estimé à un ¼ d’heure, vous ne palperez que 2.75€ bruts.
Cependant – ô joie ! – si vous devez vous déplacer pour exécuter ledit contrat, vos frais de transport vous seront remboursés. Encore heureux ! Sinon, vous perdriez de l’argent (vu le prix d’un ticket de métro ou de RER aller-retour, c’est vite vu !).
17:31 Écrit par Philippe Sage dans Ma Vie Au Pôle Emploi | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pôle emploi, précarité, activité réduite, contrats à la journée, contrats d'usage, cddu, chômeurs de catégorie a, chiffres du chômage, baisse du chômage, politique de l'emploi, sortie de crise, déclassement, job d'appoint |
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26 avril 2011
Douce France
Il a raison, Ménard. Y’a des choses qu’on ne peut plus dire... Sinon, c’est la curée. Voilà qu’on te tombe dessus, recta. Voire pis... Mais j’en ai cure, suis une tête brûlée, le « Pappy » Boyington certifié du Net… Or donc, moi itou, je vais donner dans la parole libérée, décomplexée. Même pas honte. Ni peur… Puisque nous voici au point où nous pouvons TOUT DIRE, au nom du sacro-saint « sans tabou », permettez que je me joigne derechef au concert.
Il a 19 ans. Se prénomme Haythem. Vit à Zarzis, dans le sud de la Tunisie... Il a un « rêve ». Que la journaliste [1] qualifie d’« obstiné » : quitter son pays, gagner la France. Et quand on lui demande pourquoi, il répond que « Tout est bien là-bas (…) le travail » tout ça… Alors qu’ici, à Zarzis, y’a rien. Que du chômage [2]. Pas d’avenir. Ou alors, la prison. Un mot de trop, un geste de travers, et hop, t’es bon pour le zonzon. A l’entendre.
Mais… la révolution, p’tit gars, celle qui vient d’avoir lieu ?
Il y croit pas, à la révolution, Haythem : « Rien ne changera » qu’il dit, « Le système restera aussi pourri qu’avant »... Alors, y’a pas d’autre choix, que celui de partir. Pour « vivre », enfin. Et… « Gagner de l’argent ». En France où « tout est bien ».
J’suis ballot. J’aurais dû faire comme Ménard. Lui donner un titre bien plus provo à cet article. Par exemple : « Vive Haythem ! » ou « Vive Les Clandestins ! ». Tant ce sont – apparemment – les derniers au monde à lui trouver du charme, à notre pays.
A croire qu’ils sont pas au courant : Guéant, Hortefeux, mâme Brunel, Le Pen, Raoult, et quelques Valls (qu’on laisse aller – oui, c’est une blague à balles deux, mais c’est pour détendre), ils doivent pas connaître.
« Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes » n’a donc pas traversé la Méditerranée. Pas plus que : « Il faut les remettre dans les bateaux ». Ni : « Les français » qui ne se sentiraient « plus chez eux ». Envahis – ne jamais hésiter à utiliser des termes bien guerriers pour faire « super » peur – par toute cette horde de mahométans « occupant » nos rues (moins d’une dizaine) par la prière.
Et je vous passe les saillies récurrentes du multirécidiviste Eric Zemmour. Ou tout autre propos qui, il y a à peine dix ans, en aurait révulsé plus d'un...
Avouez, que ça réconforte de l’apprendre. On aurait pu craindre que l’image de notre beau pays en fût écornée, pour longtemps. Grâce à Dieu – par chez nous judéo-chrétien dans un pays ô combien laïc – il n’en est rien.
Mieux encore : Haythem et ses compagnons sont persuadés qu’en France, il y a du « travail », or donc, qu’on peut « gagner de l’argent ». Bref, que la France est un paradis, la terre idéale, celle de liberté. Entre autres…
C’est rassérénant, n’est-ce pas ? D’être désiré, d’une certaine façon. Qu’il y ait encore, quelque part dans le monde, des êtres humains qui considèrent ainsi notre pays. Aussi haut, aussi beau… Ah ! je vous avoue que je suis tenté par la grandiloquence, tant je suis heureux, fier même – la voilà, la grandiloquence – fier d’être Français !
Car comment pourrait-on l’être si nous étions honnis, détestés, que de nous ET de la France, on disait pis que pendre… C’est que, ça compte ; l’image !... Et ça fait chaud dans le cœur, et même ailleurs, de constater, via Haythem, que ni Zemmour, ni Guéant, ni Hortefeux, ni personne, pas même Sarkozy, ne l’auront abimée… Malgré eux, la France conserve son aura. Son attrait…
Imaginez, un instant, que ce ne fût plus le cas. Que la France soit vue comme un repoussoir. Peuplée d’êtres apeurés, recroquevillés, méfiants, trouvant mille maux et autres torts à celui – l’étranger – qu’aurait le toupet de ne point lui ressembler, qui nieraient toute richesse autre que la petite sienne, un peuple coupé du monde, reclus, étroit, d’une mesquinerie sans égale ; mais nous serions, n’est-ce pas, les premiers à prendre un bateau, fût-il radeau, pour la quitter !
Ce qui fait que nous soyons fier de notre pays, ce n’est pas un drapeau, ce n’est pas une armée, à peine son économie, c’est sa grandeur. D’âme… La voilà, la richesse, la seule qui vaille et compte, dans un monde où les salariés de base sont dissous par les lois du marché, essorés par le néo-libéralisme.
Mais dire cela, en 2011, parler de « générosité », de « fierté », de « grandeur d’âme », d’Amour même, c’est prêter le flan. C’est, à coup sûr, déclencher la haine, une curée monumentale.
Haythem, ne le sait pas, mais va le découvrir, plus souvent qu’à son tour, cette France dont il a conservé une image enfantine, une du passé, pas si lointain – et puisse que cela continue chez de futurs Haythem – a été prise d’assaut, dans la presse, dans la télé, dans la radio, un peu partout, par d’étranges personnages fustigeant (en échange de juteux émoluments) la – je cite – « bien-pensance » et le « politiquement correct ». Termes putassiers, définitifs, propres à salement couper tout débat digne de ce nom – si tant est qu’il en restât encore.
Si j’osais, je dirais qu’ils « occupent » la France, ces « gens-là ». Leur résister, avec du cœur, de l’Amour, mais aussi, de la force, de la fermeté, de la « détermination » comme l’on dit, c’est se voir, d’emblée, et méprisamment, ô combien, reléguer dans l’univers des Bisounours.
Ces bourgeois, ces « bobos » (car ils en sont, ce sont les premiers d’entre eux ; voyez comme ils vivent grassement, et si loin du peuple) s’ingénient quasi quotidiennement à nous faire la leçon, la Morale, à grands coups de : « Vous n’avez qu’à en prendre un chez vous », « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », et comme la « gauche » - ou supposée – renonce, petit à petit, de plus en plus, à tous ses idéaux, l’idiote ! les voilà qui fanfaronnent d’autant. Vulgairement : ils se la pètent. Et dans la soie…
Ils sont la « nouvelle pensée unique », en vérité, les fossoyeurs de notre pays, de ses valeurs, celles d’humanisme, allant même jusqu’à taire ses errances (ce serait « repentance », qu’ils assènent), glorifiant le colonialisme et tutti.
Et pourtant, malgré eux, toute leur rancœur, tout le moisi, il se trouve encore, dans le monde, des Haythem pour la trouver belle, la France. Et je m’en réjouis. Oh que oui !
Ils ont beau éructer, les Zemmour & Cie, pignon sur rue médiatique qu’ils ont ; prendre la roue des idées de l’extrême-droite, nos politiques de papier obsédés qu’ils sont, et uniquement, à conserver leurs postes de députés, de ministres, de lèche-bottes ; rien n’y fait.
Au fond, seuls sont touchés – et salement – ceux qui vivent ici... C’est que, à force de les entendre baver, on finirait, oui, par croire que nous habitons un petit pays sans envergure, tout miné, tout étriqué, sans âme, un pays à la merci de.
Ce n’est pas ce que pense Haythem. Pas encore… Mais nous devrions l’aider à faire en sorte qu’il continue de le penser. Et longtemps…
Penser que douce est la France, accueillante, ouverte, humaine, et qu’au Diable aillent se faire pendre ses curés de la « nouvelle pensée unique » ! [3]
[1] La journaliste en question, c’est Alexandra Deniau.
Pendant trois semaines, elle a suivi le « périple » de Haytem et de ses compagnons.
A l’arrivée, un reportage intitulé « Les Naufragés De La Révolution » et diffusé en ouverture d’Envoyé Spécial, jeudi 21 avril, sur France 2.
[2] A Zarzis « une personne sur quatre est au chômage » nous apprend Alexandra Deniau, au cours du reportage.
[3] Qui – c’est assez cocasse – se plaignent qu’on ne peut plus rien dire et n’ont cesse, cependant, de dire ce qu’ils pensent. Une pensée rance. Sale image de la France.
18:01 Écrit par Philippe Sage dans Politiquement Très Incorrect | Lien permanent | Commentaires (38) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france, pensée unique, révolutions arabes, espace schengen, france terre d'accueil, zarzis, la nouvelle pensée unique, racisme ordinaire, lepénisation des esprits, immigration clandestine, les valeurs de la france, lampedusa, populisme |
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20 avril 2011
Skyrock N’Est Pas Une Radio Libre
Encore heureux qu’ici ou là on ne fasse pas de Pierre Bellanger le « père de la radio libre ». C’eut été malvenu... Ceci étant, clamer haut et fort, et à fortes doses, que Skyrock est une « radio libre » me fait doucement rigoler... A partir du moment où un média s’acoquine avec des annonceurs ET des actionnaires, il n’est pas libre. Oser dire le contraire relève du mensonge.
Seulement voilà, il se trouve qu’en cette année 2011, nous fêtons les « 30 ans de la libération des ondes » soit – pour faire court – la fin du monopole d’Etat de la radiodiffusion, actée en deux temps par les lois du 9 novembre 1981 puis du 29 juillet 1982 [1].
Or donc, l’éviction du créateur de Skyrock (anciennement La Voix Du Lézard) par l’actionnaire principal (Axa Private Equity) en cette année ô combien symbolique où l’on fête la liberté (d’émettre, donc itou : d’expression) permet bien des confusions et autres égarements, habilement entretenus, soi-dit en passant, par Pierre Bellanger lui-même.
Il était, faut dire, particulièrement tentant, de mêler les deux « évènements », de les lier, en disant, peu, prou, que : mon dieu, voyez ce qu’ils font de cette liberté, que nous avons chèrement acquise, trente ans plus tard ! On vous la vole ! On vous la spolie.
C’est oublier qui est Pierre Bellanger et qu’est-ce que Skyrock.
Pierre Bellanger n’a pas participé à ce que Thierry Lefebvre nomme « La Bataille Des Radios Libres ». Il n’a jamais été un « pirate des ondes » comme Antoine Lefébure (Radio Verte) ou Patrick Van Troeyen (Radio Nid de Coucou, Radio Ivre, etc.). En d’autres termes, il n’a pas œuvré pour que tombe le monopole d’Etat de la radiodiffusion, donc pour que la radio fût libre. Hormis un émetteur qu’il fournit, à ses frais, à une station qui n’émit que peu de temps (Radio Paris 80).
En réalité, Pierre Bellanger surgit après « la bataille ». Un peu comme ces résistants de la dernière heure. Et son irruption dans ce que l’on appelle les « radios libres » est intéressante.
Assez révélatrice du personnage.
Le 10 mai 1981, à 19h28, pour fêter l’élection de François Mitterrand, il lance (à Paris) sa première radio libre : Radio Cité Future.
Et où l’installe-t-il ? Sur le 96 Mhz.
Le problème ?
Cette fréquence était alors occupée par Radio Gulliver.
Voilà comment Pierre Bellanger, chantre, faut-il l’en croire, de la « radio libre » et de la « liberté d’expression » débute son aventure radiophonique, en boutant hors de sa fréquence une (petite) radio « historique » ce qui ne va pas manquer d’exaspérer quelques « pionniers » [2].
Croustillant, non ?
La suite l’est tout autant. Car à l’époque Axa Private Equity se nomme Le Monde.
Le quotidien dit « de référence » est, en quelque sorte, l’actionnaire principal de Radio Cité Future. Et il a ses exigences.
Dont une non-négociable : que Radio Cité Future respecte scrupuleusement la loi.
Or, quand le ministre de la Communication (Georges Fillioud) du premier gouvernement Pierre Mauroy (celui qui le 9 septembre 1981, grandiloquent, s'exclama : « Non, aux radios fric ! ») fixe les premières règles, Bellanger ne va pas s’y soumettre provoquant l’embarras et la colère de son actionnaire qui va … l’évincer.
Quelles étaient ces règles ?
Interdiction formelle de faire de la publicité, ne pas utiliser un émetteur dépassant les 100 watts. Or, Radio Cité Future disposait d’un émetteur d’un bon Kilowatt. D’autre part, Bellanger n’imaginait pas que sa radio ne puisse ouvrir son antenne aux annonceurs. Car il était activement favorable à l’introduction de la publicité, donc à la commercialisation des radios libres. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il fut exclu (décidément…) en 1980, de la FNRL (Fédération Nationale des Radios Libres) qui elle, s’y opposait. Partant du fait que sujette aux annonceurs, la radio ne pourrait plus être libre.
Il est donc clair, et ce depuis le début, que le but de Bellanger n’a jamais été de promouvoir la radio libre, pas plus de défendre une quelconque liberté d’expression, mais de faire du business.
Ce qui n’est pas honteux en soi, encore faudrait-il qu’il l’admette.
Pierre Bellanger n’est rien d’autre qu’un chef d’entreprise très bien rémunéré (620 000€ à l’année) à la recherche du profit, et qui, jusqu’ici, bon an, mal an, y était parvenu en se "maquant" avec de bons gros capitalistes comme Hachette-Filipacchi, Lagardère Active, Goldman Sachs ou Axa Private Equity. Or donc, entendre des politiques défiler au micro-chevet de Skyrock fustiger l’actionnaire et le grand capital, est un grand numéro d’hypocrisie, voire de foutage de gueule total.
Nonobstant, ce qui est assez remarquable, c’est que bien qu’étant constamment l’actionnaire minoritaire (c’est la première fois qu’il était aussi haut avec 30%) Bellanger aura pu, pendant 28 ans, rester le président exécutif de La Voix Du Lézard puis de Skyrock.
Mais qu’on ne vienne surtout pas nous dire, nous seriner plutôt, que Skyrock est une radio libre. Tant c’est un mensonge.
Skyrock est un produit radiophonique formaté qui vend et promeut d’autres produits (Coca, Nike, McDonalds, etc.). Rien de plus.
Ce n’est pas Radio Libertaire, L’Eko des Garrigues ou Radio Canut, qui elles, sont de véritables radios libres (et pour lesquelles personne ne bougera le petit doigt le jour où elles seront menacées de disparition).
Quant à la liberté d’expression, de quelle nature peut-elle bien être sur un tel support ? Sinon de l’ordre du défouloir, voire : du déversoir.
Reste la musique, ici le Rap et le R’nb.
D’autres que moi ont dit vertement ce qu’ils en pensaient, et à juste titre, dans la mesure où, Skyrock a fait plus de mal au Rap que de bien.
Si vous voulez entendre du Rap (ou du Slam) qui tienne la route, ce n’est sûrement pas sur Skyrock que vous le trouverez. Même FIP fait mieux !
Ceci étant, et hormis le fait que cette histoire n’aura été, en définitive, qu’une sombre affaire de businessmen, autant dire de personnages qui n’ont rien à faire de la « liberté » (sinon, la leur) il semble cependant évident que l’éviction de Pierre Bellanger, par Axa Private Equity, n’avait pas pour autre but que de se débarrasser enfin de Skyrock, soit de vendre.
Or qui peut acheter un tel produit, sinon NextRadioTV (RMC Info, BFM...) ou Bolloré (Berteslmann, les Groupe NRJ et Lagardère ne pouvant pas en raison de la loi anti-concentration) ?
Ce qui signifie que ce réseau FM aurait pu être effectivement happé (et vraisemblablement changer de format avec, c’est inévitable, des licenciements) par un autre groupe puissant, déjà omniprésent médiatiquement.
Bref, on ne saurait s’en réjouir.
A priori, une telle opération semble s'éloigner avec la proposition du Crédit Agricole, proposition qui rendrait à Pierre Bellanger le contrôle de Skyrock.
Une banque qui viendrait mettre un terme à cette rocambolesque affaire, avouez que, ça non plus, ça ne manque pas de piquant !
Mais qu'on ne s'y méprenne pas : c'est bien Bellanger qui vient d'être sauvé, pas la « radio libre », pas plus que la « liberté d’expression ».
[1] La loi n°81-994 du 9 novembre 1981 portera un petit coup de canif au monopole en accordant des dérogations d’émettre à des associations de type 1901 (et dans un rayon maximum de 30 kilomètres)
La seconde loi, n°82-652 du 29 juillet 1982 mettra, elle, fin au monopole d’Etat de la radiodiffusion.
[2] En fait, Radio Cité Future diffusait une boucle musicale. Assez travaillée. Originale. Mais c’était tout. Rien ne s’y disait.
Bref, c’était bien peu…
Or donc, ajouté au fait que Bellanger s’était approprié – et sans rien demander à quiconque – la fréquence de Gulliver, certains pionniers de « la libération des ondes » dirent tout le mal qu’ils en pensaient.
Ainsi Guy Hocquenghem dans le quotidien Libération en date du 17 juin 1981 qui, évoquant Radio Cité Future, tint ses propos :
« On ne dit rien, mais on occupe. C’est à nous ce morceau de fréquence, puisque comme les chiens nous avons pissé dessus ».
NB : T'en veux de la zik qui rappe sa mère ? Ecoute ça [Atmosphère : Yesterday] !

18:19 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre bellanger, skyrock, axa private equity, radio libre, liberté d'expression, éviction de pierre bellanger, le crédit agricole sauve bellanger, skyrock est un produit, skyrock a tué le rap, le capitaliste pierre bellanger, la libération des ondes, la voix du lézard, radio cité future |
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14 avril 2011
Dominique de Villepin, Héritier de Thomas Paine
Thomas Paine ! Ah que voilà un homme à la destinée incroyable. Considéré comme l’un des pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique. Proclamé citoyen français en août 1792, puis, dans la foulée, élu député du Pas-de-Calais.
Auteur des Droits de l’Homme, attaché viscéralement aux valeurs de la République, il considérait que « sans revenu » il n’y avait « point de citoyen ».
« Sans un minimum de ressources », déclarait-il, en 1792, à l’Assemblée nationale « le nouveau citoyen ne peut vivre pleinement les principes républicains de liberté, d'égalité et de fraternité ».
Et, c’est bien cette idée, révolutionnaire, que Dominique de Villepin reprend aujourd’hui en proposant ce qu’il nomme « un revenu citoyen. C’est-à-dire la garantie donnée à chaque citoyen qui n’a aucune ressource de pouvoir disposer de 850 € ».
En contrepartie, ledit citoyen « doit s’inscrire sur les listes électorales » et « voter de façon obligatoire ».
Qui plus est, tous les citoyens – sans exception – seront, dans le projet présenté par Dominique de Villepin, imposables. Selon leurs revenus.
L’homme de République Solidaire – solidaire n’étant pas là, un vain mot – prône donc le retour à un welfare state (avec des services publics dignes de ce nom).
Mais il y ajoute une valeur essentielle, celle de dignité.
Comment ne pas y souscrire ?
Alors bien sûr, je les entends déjà, ceusses qui vont nous parler « d’assistanat ». C’est même déjà fait... Ainsi, Daniel Garrigue, le porte-parole démissionnaire de… République Solidaire et député de Bergerac qui, dans le quotidien Sud-Ouest, déclare que ce concept de « revenu citoyen » lui « semble plus tenir de l’assistance que d’une vraie politique d’insertion ».
Il est vrai, M. Garrigue, que les différentes politiques d’insertion menées jusqu’ici, par tous les gouvernements, ont été couronnées, comme chacun le sait, d’un succès époustouflant. Une vraie réussite (cf : RMI, RSA, etc.) !
Quant à Hervé Algalarrondo du service politique du Nouvel Observateur, il évoque quant à lui « une proposition un petit peu ronflante ».
C’est toujours intéressant de constater qu’un hebdomadaire (supposé) classé « à gauche » qualifie de « ronflante » une « proposition » qui fut portée il y a peu, par les Verts (aux municipales 2001) par le Parti Communiste Français ou par le courant Utopia du Parti Socialiste. La seule différence c’est qu’il s’agissait d’un Revenu d’Existence et qu’il n’était pas de 850, mais de 1000€ [1]. Nonobstant, le principe était rigoureusement le même. Car inspiré, lui aussi, de Thomas Paine.
D’autre part, ce concept [2] a déjà été testé, et avec bonheur, au Brésil et en Alaska.
Parler « d’assistance » ou « d’assistanat » c’est bien là, l’argument de ceux qui ne souhaitent pas une République plus juste, celle qui garantit : liberté, égalité, fraternité.
C’est aussi, et surtout, l’argument de ceux qui ne font pas confiance au citoyen. Lui trouvant tous les maux (mais ils doivent être, eux, des modèles de vertu, je présume), tous les vices.
Sans oublier, le dernier argument, l’enclume, qui consiste à diviser les citoyens, soit d’un côté ceux qui se lèveraient tôt et iraient au turbin, et d'un autre ceux qui toucheraient ce revenu d’existence et resteraient, comme de bien sûr, tranquillement chez eux... Quelle triste, étriquée vision du citoyen ! Mais comme elle est facile à distiller dans les esprits... Et dire que ceux qui colportent ces nauséabonderies, sont, faut-il les croire, les hérauts de la réforme. Sauf que, leurs réformes sont uniquement dictées par les lois du marché, et peu leur chaut le coût social qui en découle ; il n’entre jamais dans leurs calculs. Pourtant ce coût est énorme, et nous le payons tous (délocalisation, chômage, délinquance, alcoolisme, etc.).
Oui, ce sont eux qui n’ont cesse de nous dire que « le monde bouge » mais refusent obstinément de « bouger avec lui » en nous refourguant toujours et encore les mêmes recettes, éculées (emplois jeunes), inefficaces (plan emplois seniors), vouées à l’échec (« travailler plus pour gagner plus »).
Or, la vérité, c’est que dans ce monde-qui-bouge, le plein-emploi, c’est fini. Terminé. Et depuis lurette.
Comme l’expliquait en 2005 [3] l’économiste Henry Lombard :
« Le travail n’est pas un bien, mais une ressource. Plus la population augmente, plus la ressource augmente, plus le travail est abondant. Mais pas l’emploi. Ainsi, une machine qui remplace un homme supprime un emploi – donc un salaire – mais pas le travail à effectuer. Ce n’est donc pas le travail qui se raréfie. C’est l’emploi ».
C’est d’autant plus vrai, six années plus tard.
Or donc, il nous faut trouver des alternatives. Créer une nouvelle société, une nouvelle génération de salariés.
Et ce « revenu citoyen » peut y contribuer. Parce qu’il permettra à chacun de nous de mener à bien ses projets. De construire. Car il aura le temps pour le faire... Et puis, chose importante, essentielle, il pourra (qu’il soit étudiant, chômeur ou précaire) avec ce « revenu citoyen », se loger.
Pourquoi penser qu’avec un tel revenu – d’existence – le citoyen se « laisserait vivre » ?
Pourquoi ne pas imaginer, qu’au contraire, conscient de ses droits et de ses devoirs, il n’aurait pas plutôt le désir de s’inscrire – ou de s’insérer, puisque tel est le verbe qu’on nous sert – réellement dans une société plus équitable, plus digne, plus… solidaire ?
Car tel est le mot-clé, le pivot, celui que nous avons oublié : solidarité. C’est à partir de cette notion qu’a été créée la Sécurité Sociale.
Le « revenu citoyen », fonctionnerait exactement sur le même principe.
Reste à savoir dans quelle société nous voulons vivre.
Celle-ci, où les inégalités progressent, et avec elles, le repli sur soi, l’individualisme, la défiance, le soupçon, la peur même.
Ou alors une société plus fraternelle, plus équitable, plus libre, et dans laquelle la notion de dignité humaine serait notre centre de gravité. Où le mot « citoyen » signifierait enfin quelque chose de concret.
C’est un vrai choix de société que nous propose Dominique de Villepin. Il est étonnant que ce soit lui, et non le PS qui nous le soumette. Car, outre le fait qu’il soit Républicain, ce programme, du moins une grande partie, aurait dû nous venir de ce Parti qui se prétend être « à gauche » et l’est de moins en moins. Trop occupé à courir derrière l’UMP, jusqu’à oublier ses fondamentaux, voire : les renier.
Et voyez-vous, je préfère un Villepin qui nous (re)fait Paine, que ce PS qui fait peine (à voir comme à entendre).
[1] C’est du moins, la somme que préconisait (en 2005) Yann Moulier-Boutang, professeur en sciences économiques et directeur de la revue Multitudes.
[2] Proposé et ardemment défendu par des économistes, philosophes ou sociologues comme Yoland Bresson, Henry Lombard, Philippe Van Parijs (Belgique), Klauss Offee (Allemagne) ou Keith Roberts (Angleterre), etc.
A ceux-là, on pourrait, je crois, et sans se tromper, y ajouter Pierre Bourdieu.
[3] Propos recueillis par le quotidien Libération pour son supplément du jeudi 10 novembre 2005 intitulé :
« 30 Idées Pour Réveiller La Gauche ».
Quelques éléments pour approfondir la notion de « revenu d’existence » ou « revenu citoyen » :
- A l’origine du revenu garanti : Thomas Paine [...]
- Le Revenu d’Existence : utopie ou nécessité ? [...]
- AIRE : Association pour l’Instauration d'un Revenu d’Existence [...]
- Le droit au revenu [...]
- Etablir un revenu d’existence par Didier Hassoux [...]
- Yoland Bresson : « Le Revenu d'Existence sera au centre du débat en 2012 » [...]
19:09 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (75) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : revenu citoyen, revenu d'existence, revenu garanti, république solidaire, dominique de villepin, thomas paine, citoyen, dignité, choix de société, présidentielle 2012, économie solidaire, la fin du plein-emploi, quelle société ? |
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12 avril 2011
Pour Un Véritable Syndicalisme Défendant Les Droits Des Salariés Européens
C’est à la base que je m’adresse, la base syndicale.
Celles de la CGT, de FO, même de la CFDT.
Or donc, à celles et ceux qui sont sur le terrain, qui les côtoient au quotidien, les salariés, les laborieux, et autres précaires.
A ceux-ci, je dis : faites-vous « tunisien », « égyptien », boutez hors de vos instances dirigeantes, les Thibault, Chérèque, Mailly et consorts.
Clairement, il faut les « dégager ! ».
Le syndicalisme à la papa, pantouflard, déclamant ou paradant sur le perron de l’Elysée, le syndicalisme ménageant (mal) la chèvre (le salarié) et le chou (gras des investisseurs) le syndicalisme étriqué, enfermé dans ses petites frontières, n’a aucun avenir.
Face à la mondialisation, la « globalisation », au discours rodé, rouleau-compresseur, du néo-libéralisme, aux décisions à vue courte du FMI, il convient de répondre non pas nationalement, mais solidairement... Soit avec les « camarades » polonais, estoniens, bulgares, espagnols, portugais, grecs, etc.
Ceux de la base.
La Confédération Européenne des Syndicats, c’est de la blague. Un échec total. Une trahison.
C’est la Confédération des « jaunes ».
Et d’ailleurs, qui peut me dire, où sont les avancées, les progrès, les acquis, et je ne cause même pas des luttes ?
Où et quand s’est-elle fait entendre cette Confédération, sur quels sujets ?
Quel salarié connaît, au demeurant et nonobstant, la CES ?
Il faut en finir avec cette imposture. Et créer un véritable syndicalisme européen, un fort, indépendant, un intransigeant, aussi intransigeante que la sacro-sainte loi du marché, capable de répondre avec fermeté, de mener des actions unissant et associant tous les travailleurs européens, afin que tous, sans exception, puissent bénéficier des mêmes droits, des mêmes acquis, et à terme, d’un salaire minimum européen.
Et ça n’est pas négociable.
J’entends par là, qu’il n’est pas envisageable de se caler sur les moins favorisés.
Nous avons assez payé comme ça.
Oh, je sais, on traite, et comment ! de « favorisés », de « privilégiés » même, voire de « nantis », ceusses – les fonctionnaires français, par exemple – qui s’en vont – de moins en moins, ou à la petite semaine – manifester de République à une quelconque Bastille ministérielle pour défendre leurs acquis dits sociaux ; ainsi une retraite. Hostiles qu’ils seraient à l’effort, au sacrifice, à la réforme.
Car oui, ils appellent ça : une réforme.
Mais doit-on considérer comme une amélioration, un progrès, le fait d’être contraint à travailler plus longtemps ? Soit, de revenir en arrière.
Au nom de quoi ?... Parce que nous vivrions plus longtemps ? Mais qui vivra plus longtemps ? Quelles « couches sociales » ?
La vérité, c’est que ceux qui « vivent moins longtemps » vont travailler quelques années de plus pour celles et ceux, plus confortables, moins exposés, qui « vivront plus longtemps ».
Voilà le sacrifice… Oh mais quel doux « privilège » n’est-il ! Mais quel bonheur d’être un « nanti », bon sang !... Mais de qui se moque-t-on ?
Combien de temps encore va-t-on traiter de « privilégiés » ou de « nantis » des salariés gagnant, à l’année, 10, 20, 30, voire 50 fois moins qu’un doxosophe, diffuseur de la « pensée unique », ces éditocrates qu’étaient tous, sans exception, pour le « oui » au Traité pour une Constitution Européenne, et... contre les manifestations de décembre 1995 ? Tous ces bobos (ceux-là sont certifiés véritables), vivant paisiblement, ces cumulards (radio, télévision, presse) dînant au Crillon avec leurs « amis », politiques (qu’ils tutoient copieusement), décideurs et autres investisseurs ?
Ils sont tellement à mille lieux, et plus encore, des réalités, du quotidien, de la vie même de celles et de ceux qu’ils accablent ; le peuple. Pour ceux-là qui batifolent et se goinfrent dans un monde doré, et depuis tant d’années (de Luc Ferry à BHL, en passant par Minc, Attali et consorts) le peuple est un ignorant, il est inintelligent, archaïque, arc-bouté sur ses acquis.
Or, il n’est rien de moins vrai.
Il a bien des défauts, le peuple, mais c’est lui qui trinque, lui qui raque, se serre la ceinture, c’est lui qui doit travailler plus, se plier à la flexibilité, trimer le week-end, la nuit même, à mi-temps imposé, pour une paye ridicule, toujours, tout le temps.
Que voudraient-ils de plus ?
Qu’on se réjouisse de constater qu’un plan de licenciement (habilement rebaptisé : plan de restructuration) redonnât du tonus à l’action boursière de l’entreprise qui nous a salement lourdés ?
Quant aux syndicats – j’y reviens – de la CGT à FO en passant par la CFDT, c’est un fait, ils ont lâché l’affaire.
Ah, comme nous sommes si loin de ce mois de décembre 1995…
Il faut en finir avec cette mascarade syndicale. Il convient de réinventer le syndicalisme. A échelle européenne.
Oui, il faut se faire tunisien, égyptien, « dégager » les Thibault, les Chérèque, les Mailly.
Et c’est la base qui doit le faire.
Il est grand temps d’établir des passerelles, des solides, avec tous les travailleurs d’Europe, les laborieux, ceux que le FMI affame.
Il est plus qu’urgent de créer une nouvelle Internationale. Puissante. Qui puisse s’opposer au diktat néo-libéral, au capitalisme sans limite.
Il faut y inclure non seulement les travailleurs, mais itou, les chômeurs, les exclus, les laissés-pour-compte.
Il convient, aussi, que toutes les associations traitant du social et de la misère sociale se regroupent, unissant leurs forces et leurs volontés, tant il est impossible – vous le voyez bien – de contrer des décisions injustes, proprement dégueulasses.
L’heure est au combat et à la solidarité.
A l’universel.
Il paraît, n’est-ce pas, qu’une présidentielle se tient dans nos urnes démocratiques, l’an prochain. On nous la prépare aux petits oignons, en nous vendant par sondages (fossoyeurs de la démocratie) et éditoriaux (dithyrambiques), des produits du néo-libéralisme.
Ah ! ce DSK qui les écrase tous !
Comme en 2007, le Sarkozy (Royal n’était qu’un jouet médiatique), ce monsieur Thatcher des temps modernes.
De cette élection, il ne faut rien en attendre. Ce n’est point de cette urne que la victoire surgira. Mais de l’union de tous les travailleurs d’Europe. C’est avec elle, cette union inédite, que nous pourrons répondre enfin à la « pensée unique », celle « protégeant » coûte que coûte, les marchés, les banquiers, la finance, les investisseurs, le productivisme à outrance.
Car elle est bien là, LA « protection ». Ce n’est pas le laborieux qu’on protège, oh non ! Autrement, nous le saurions, nous nous en serions rendu compte, depuis lurette. Pas vrai ?
Or donc, protégeons-nous.
Et la seule voie possible, c’est la solidarité.
Solidarité entre tous les salariés d’Europe, les floués, les trahis, cocufiés par ses dirigeants politiques, syndicaux, et cet ordinateur crétin du néo-libéralisme : le FMI.
19:26 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : syndicalisme, syndicats, réinventer le syndicalisme, la lutte, union des peuples, solidarité, combat contre le néolibéralisme, pensée unique, les doxosophes, les éditocrates, unions des travailleurs, nouvelle internationale, le diktat du fmi |
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10 avril 2011
Journaux Télévisés : Ces Agressions Dont On Parle Et Celles Dont On Ne Parle Pas
Nous sommes samedi. Le 9 avril 2011. Sur France 3.
C’est le 19/20 présenté par Catherine Matausch.
Après la présentation des titres [1], cette édition s’ouvre avec un reportage sur un « tronc humain » trouvé par « un promeneur », « reste d’un corps » qui « pourrait être » celui de Laëtitia Perrais.
Puis, surgit un second sujet qui ne figurait pas dans les titres…
Sujet qu’est introduit comme-ci par la présentatrice du 19/20 :
« C’est la consternation à Villeurbanne, près de Lyon, où vraisemblablement parce qu’il était juif, un étudiant qui ne portait aucun signe distinctif a été violemment agressé par des jeunes du même âge. Une enquête de Sylvie Cozzolino et Jean-Eric Gay ».
Nous apprenons que l’étudiant en question se prénomme Jérôme, qu’il s’est fait agresser « en bas de son immeuble (…) jeudi dernier (…) à quelques centaines de mètres » d’une « école juive » dont il venait de sortir.
Des témoins racontent que « deux/trois personnes cagoulées (…) ont demandé s’il était juif (…) il a dit oui et ils l’ont agressé ; ils l’ont frappé avec un pistolet [2] et ils lui ont tiré dessus ».
Puis c’est un « petit groupe » de jeunes de la communauté juive qui « témoigne de [leur] quotidien » :
« On avait nos kippas sur la tête et ça nous insulte, ça nous tape, ça nous met des gifles (…) donc, euh, c’est inadmissible ».
Le commentaire précise alors que « l’an passé, 400 plaintes ont été déposées pour acte antisémite en France ».
Avant de laisser la parole à un représentant de la Licra [3] :
« Nous constatons, partout, notamment, donc, dans les banlieues populaires, dans les lieux sensibles, une prégnance, donc, de l’antisémitisme, auprès des jeunes, qui amène notamment des enfants juifs, de plus en plus souvent, à déserter l’école de la République pour des raisons de sécurité, et donc, aller se réfugier dans des écoles, euh, religieuses ou communautaires ».
Retour sur plateau où Catherine Matausch nous apprend que « Jérôme est sorti de l’hôpital encore sous le choc » et que « l’enquête a été confiée aux policiers de la sureté départementale » [4].
Il va sans dire – qui oserait le contester ? – que ce genre d’agression est épouvantable. Ceci étant, on peut aussi se demander, calmement, sereinement, comment les journalistes sélectionnent leurs sujets. Je veux dire pour quelles raisons, à quels titres, décident-ils en comité de rédaction de traiter d’untel et pas de tel autre.
En effet, comment expliquer qu’aucun Journal Télévisé n’ait daigné rendre compte de cette expédition d’un « commando d’une vingtaine d’individus » qui, le dimanche 3 avril dernier, « s’est attaqué au Cinéma Espace Saint-Michel (Paris) », cinéma qui diffusait « Gaza-Strophe, Palestine » le documentaire de Jamir Abdallah et Khéridine Mabrouk, expédition au cours de laquelle le projectionniste fut frappé [5] ?
Ce « commando » de la LDJ (Ligue de Défense Juive) a, en outre, promis de revenir pour « brûler le cinéma » !
Qui plus est, ce « commando » tentera de récidiver [6], deux jours plus tard, le mardi 5 avril, devant La Péniche Cinéma.
Pardonnez-moi – comme dit à tout bout de champ, Yves Calvi – mais je ne comprends pas ce qui motive les journalistes de nos « JT » à mettre en lumière telle agression « vraisemblablement » raciste et pas telle autre... Et j’irai même plus loin : qu’est-ce qui m’amène donc à penser que si le « commando » en question venait des « banlieues populaires » et qu’il s’était attaqué à une salle de cinéma diffusant un film glorifiant Tsahal, cela aurait fait un « excellent sujet », voire même la Une du JT ?
Alors je sais, du moins je me doute, que mes interrogations, que j’estime parfaitement légitimes, vont déclencher – peut-être – d’autres interrogations (aussi épouvantables que l’agression dudit Jérôme).
Par exemple : serais-je antisémite, par le plus grand des hasards ?
Ou simplement antisioniste.
Ce qui revient au même, dorénavant, vu que tout être critiquant la politique d’Israël, ou des actes menés par des militants sionistes, comme ceux perpétrés contre deux cinémas de la capitale, donc portant atteinte à l’ordre républicain, est derechef, classé dans le rang des antisémites (ainsi dernièrement, des gens fort respectables, comme Alain Badiou et Eric Hazan).
Or, il ne s’agit nullement de remettre en cause, de quelque façon que ce soit, l’utilité informative du reportage du 19/20 en date de samedi, pas même les propos qui y sont tenus, pas plus que la réalité de cette agression, il s’agit d’autre chose.
D’équité, pour être précis.
N’y avait-il pas 1’36 [4] de libre entre les 3 et 6 avril pour rendre compte de ce qui s’est passé, et qui est tout aussi « inadmissible » que l’agression de jeudi dernier à Villeurbanne, lors des projections de ce documentaire (unanimement salué par la presse) traitant de l’opération « Plomb Durci » sur Gaza, documentaire qui, sous la pression d’associations, se voit trop souvent déprogrammé (ainsi l’an dernier sur la chaîne France O, et plus récemment à Evry, commune administrée par le socialiste Manuel Valls) ?
Bref, quel est donc la, ou les raisons, qui conduisent nos « JT » à taire certains faits et à en privilégier d’autres, alors que « vraisemblablement », ils sont, peu ou prou, de même nature ?
[1] Ces titres étaient au nombre de cinq :
Affaire Laëtitia : un corps humain retrouvé.
Côte d’Ivoire : la vie redémarre.
Carrefour : la bataille des hypers.
Vu de : au cœur de Fessenheim.
Fondation Pinault : Eloge du doute.
[2] Le commentaire nous apprendra que les « agresseurs » étaient munis d’un pistolet à grenailles.
[3] Il s’agissait de Patrick Kahn, de la Licra Rhône-Alpes.
[4] Le tout, lancement, reportage, et reprise, aura tenu 1’36 de ce 19/20.
[5] Le projectionniste en question a déposé plainte.
[6] « tentera » car la police présente sur les lieux les en empêchera.
18:58 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Télévision, Piège à Cons | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : antisémitisme, acte antisémite, licra, ligue de défense juive, journaux télévisés, agression raciste, gaza-strophe, militants sionistes, déprogrammation de gaza-strophe, plomb durci, inéquité des jt, sujets traités par les journalistes, frilosité des jt |
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09 avril 2011
De La Radio Libre ! [Exposition]
C’est une belle aventure, unique, militante et généreuse.
Mais, je sais, ils ne veulent pas en entendre parler, ceusses qui font de la FM, nos jours. Allons, c’est de l’histoire ancienne, qu’ils disent, au diable vos commémorations, toutes ces breloques, vos souvenirs de radios libres ou pirates.
Franchement, à quoi ça sert et qui ça intéresse ?
Qui ?
Certainement pas ces animateurs qui jactent vingt secondes à chaque « micro ».
Et d’ailleurs, ils n’ont d’animateur que le nom. Ils ne sont, en réalité, là que pour vendre des marques. Celle de la radio qui les emploie et celles des annonceurs qui les payent.
Mais ils en sont fiers, et n’hésitent pas à parler de magie de la radio.
Peu leur chaut les Van Troeyen, les Lefébure et autres pionniers de ce que l’on nomme « La Libération Des Ondes ». Ils ne connaissent pas Foucault ( Michel, pas Jean-Pierre), Deleuze, Guattari, ils ne connaissent qu’eux-mêmes, égocentrés jusqu’à se wikipédier.
Ce sont des professionnels. Du commerce.
Des néolibéraux.
Ils taffent pour des trusts, Lagardère (Europe 1, Virgin Radio, RFM, Autoroute FM) Jean-Paul Baudecroux (NRJ, Chérie FM, Rire et Chansons, Nostalgie) Bertelsmann (RTL, RTL2, Fun Radio) ou Alain Weill (BFM, RMC Info). Sans se poser la moindre question. Formatés au cube qu’ils sont. Ça les dérange pas.
Pis : ils sont persuadés qu’ils donnent du bonheur « aux gens » ; qu’ils sont subversifs, même, pour certains ; drôles, pertinents, qu’ils jouissent d’une belle liberté d’expression, ah ça, je vous assure, j’ai carte blanche, je peux dire ce que je veux à l’antenne, « bite-poil-couilles ou prout, et même : fuck ! » et « mes auditeurs » itou.
Oui, tant que l’annonceur (ou l’actionnaire) n’est pas égratigné par quelques propos (à peine) désobligeants. Auquel cas, le téléphone sonne, et fissa, dans le burlingue du boss.
Pas grave ! Ça ira faire l’intéressant chez Baudecroux ou chez Bertelsmann, car dans ce monde-là, messire, on s’arrache les présumés trublions, les supposés perturbateurs ou les bons exécutants, les lisses, ceux qui font jamais de vagues.
Ils sont interchangeables. Et corvéables à souhait. D’excellents collaborateurs, en quelque sorte. Y’a même pas à censurer quoi que ce soit, ils le font très bien eux-mêmes. Et s’ils franchissent la limite, ils s’en excusent, et ô combien platement.
De gentils toutous. Des Morandini qui s’ignorent, mais dont le point commun, est l’exécration d’un mot, ah ça, ils ne veulent pas l’esgourder celui-là ; le mot : culture.
Et d’ailleurs, ils ne comprennent pas comment en France, au 21ème siècle, on puisse encore demander aux citoyens-contribuables de financer France Culture. Pour l’audience que ça fait, c’est gâcher notre pognon ! En plus, z’avez vu le nombre de fréquences qu’elle squatte sur la bande FM, cette France Culture ! N’allez pas leur dire que cette radio du service public est l’une des plus « podcastées » du paysage radiophonique… Eux, ne fonctionnent qu’à l’audimat, le Médiamétrie, et l’espèrent bientôt quotidien plutôt que trimestriel.
Ce ne sont pas les auditeurs qu’ils aiment, mais les parts de marché.
On comprend dès lors, qu’ils ne veuillent point entendre parler de cette Radio Active, celle épique de 1975, de Radio Verte et de Radio Ivre, pas même de Carbone 14, ni des survivantes comme Libertaire à Paris, Canut à Lyon, l’Eko des Garrigues à Montpellier, Campus à Lille, et s’ils écoutent de temps en temps Nova, ils n’en connaissent pas l’histoire : Jean-François Bizot, Andrew Orr, Jean-Marc Fombonne, ça ne leur dit rien de rien. Ils n’en ont cure. Faut envoyer la pub et le prochain Lady Gaga. Et surtout, et avant toute chose, être « fédérateur », « convivial », pas « segmentant »… Novlangue, celle du commerce (non équitable) injectée dans le champ radiophonique.
C’est formidable, non, d’être à ce point policé et se croire, pourtant, subversif…
Avoir cette chance de pouvoir s’exprimer derrière un micro, et n’en rien faire, c’est misère. En même temps, si tu l’ouvres, t’es « out ». Mais crois-tu qu’ils iraient l’ouvrir sur une webradio ? Non plus. Ça fonctionne pareil. Les mêmes règles, car – et c’est quand même fort – sur Internet (espace de liberté, pourtant) t’as pas plus de chance de trouver une Radio Lorraine Cœur D’Acier, une Radio Quinquin, ce qui se traduirait aujourd’hui par une Radio Continental, une Radio Molex ou même une Radio France Telecom.
Non, vraiment, ce que Thierry Lefebvre appelle La Bataille Des Radios Libres, ça ne les intéresse pas. C’est leur Histoire, pourtant, une révolution qu’aura permis de venir à bout d’un monopole, celui d’État de la radiodiffusion.
Seulement voilà, un monopole en a remplacé un autre.
Le politique (de gauche – PS – comme de droite – RPR/UDF/PR), faut avouer, à bien aidé à. En quatre temps. Quatre lois. Les deux dernières (celles du 1er août 1984 et du 30 septembre 1986) ayant ouvert les vannes. Aux radios fric !
Baudecroux, Bertelsmann, Weill et Lagardère n’avaient plus qu’à racheter, un à un, tous les ilots de liberté. Et les solder. En faire un fast-food sonore. Normalisation totale. Circulez, y’a plus rien à entendre. Sinon quelques insoumises. Pour lesquelles ils n’ont que condescendance, quand ce n’est pas du mépris… Des associatives, mon dieu, mais c’est pas du travail, ça ! HDR, Grenouille, FMR, RTF, ça vaut quand même pas nos Scoop, Vibration, Wit FM et autres 100% ! Chiffres à l’appui ! Non, mais regardez nos courbes d’audience comparées à celles de vos sympathiques, n’est-ce pas, « petites radios ».
Que voulez-vous répondre à des gens qu’ont poussé le cynisme jusque dans leurs claims – ou slogans. Par exemple, le très explicite :
« C’est pas de la radio, c’est de la musique » (RTL2)…
En même temps, ç’a le mérite d’être clair.
Or donc, ces gens-là ne font pas de (la) radio. Ce n’est qu’un outil avec lequel ils se remplissent les poches. Et quelques comptes en Suisse ou au Luxembourg.
Ceci étant, ceux qui aiment LA radio, son Histoire, ses sons, ses personnages hauts en couleur ; ceux qui sont attachés aux idées de liberté, d’expression, de création, d’imagination ; ceux que la culture ne rebute pas, même la plus branque, la plus foutraque : ceux qui sont en manque de pertinence et d’impertinence véritables, de combats non négociables, de révolte et de panache ; ceux-là seront heureux d’apprendre que jusqu’au 21 mai, 9 esplanade Pierre Vidal-Naquet à Paris (XIII) tout est là, intact ou restauré : les sons, les articles, les images même. Toute cette mémoire est disponible, visible, partageable. A l’occasion d’une exposition (interactive) proposée par Bétonsalon en association avec Eldoradio.
Oui, tout y est – ou quasi – dignement et respectueusement représenté.
Et pour les derniers qui se demanderaient à quoi ça sert, je leur répondrai, simplement, bien amicalement, qu’entre autres choses, cela sert mesurer, objectivement, la liberté que nous avons perdue. Et celle que, par les ondes, nous pourrions reconquérir.
Bétonsalon : le dossier de presse de l’exposition.
Eldoradio : présentation de l’association.
Plan d’accès :
17:33 Écrit par Philippe Sage dans Entracte | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande fm, la fm en france, bétonsalon, eldoradio, la bataille des radios libres, les 30 ans de la fm, libération des ondes, radios libres, radio pirates, radio verte |
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01 avril 2011
De Quoi Est-Ce Dont On Ne Parle Plus ?
19:19 Écrit par Philippe Sage dans Entracte | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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