31 mars 2010
Mais De Quoi, Ou De Qui, Rient-Ils ?
02:17 Écrit par Philippe Sage dans Le Choc Des Photos | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, barack obama, moralisation du capitalisme, le monde c'est rigolo, et nous ? |
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30 mars 2010
Pourquoi IL Est Temps D’Accepter De Débattre Avec Le Front National
Oui, je sais, ouh la la, il ne faut pas en parler, du Front National. C’est sale et ça porte malheur. Et puis, ne pas en parler, n’est-ce pas, en d’autres termes, l’ignorer, c’est faire comme s’il n’existait pas. Circulez, y’a rien à voir ! C’est rien, rien qu’un épiphénomène. Ou une mauvaise grippe. Ça va passer ! Comme hier. Comme toujours.
Comment ?
17,5% de moyenne sur 12 régions au second tour des régionales ?
Et alors ?
On a connu pire, non ? Alors peu nous chaut qu’elle glapisse la Marine, qu’elle fanfaronne, du Front et de ses idées, le citoyen est vacciné, depuis un certain 21 avril 2002, où, on l’a bien observé, il vote certes pour lui, mais bon, au second tour, il se fait remettre recta à sa place, no pasaran, liberté vaincra ! Hourra, la République est sauvée !
Et puis après, on s’en souvient, en 2007, cette peur qui nous guettait, et si ça recommençait, murmurait-on ? Ah, comme ça y allait, dans les pronostics alarmistes, gare au Front, mobilisation, votez utile les gens, nous ne sommes pas à l’abri d’une redite, et puis quoi ?
Et puis on se serait fait peur tout seul, dis-donc ! Ah c’qu’on fut benêt, ma parole ! Tiens, regarde-le ton Front, ramassé, ratatiné, "siphonné" même qu’on a dit, et par qui ? Par Sarkozy ! Alléluia ! Gloire au stratège, chapeau l’artiste ! Ah ça, vous nous la copierez, quel sacré tour de passe-passe ! Mais bon, vous nous en avez débarrassé de ce Front, c’est bien là tout ce qui compte, même que c’est pas fini, ah non, c’est qu’un début, on va l’anéantir, vous allez voir c’que vous allez voir, et zou, un ministère de la Population .. de l’Immigration ET de l’Identité Nationale ! Haro sur la burqa ! Chasse aux clandestins ! Et quant à la délinquance ? Tolérance zéro (ben voyons !) ! Kärcher, nous voilà ! Et si ça ne suffisait pas, allez hop, un bon gros débat sur ce que c’est qu’être français ! Et pour quel résultat ? Un Front que revoici, revoilà ! Et une abstention galopante de surcroît ! Bref, une calamité, un échec retentissant.
Et donc ?
Et donc rien ! Nada ! Nib ! Enfin si : “on maintient le cap” ! Bref : on continue ! Ou plutôt : on recommence ! Comme avant 2002. Du Front, on ne parle pas, bouh ! Sous l’éteignoir, ce truc-là ! Ou alors, on minimise. Chuuuut ! Et avec lui, on ne débat (toujours) pas ! Ou alors on envoie le Besson, comme jadis, on envoyait le Tapie.
Eh bien moi, je dis que pour combattre le Front National, il faut désormais accepter de débattre avec lui. En finir avec cette hypocrisie. Ne pas le faire, c’est laisser ses idées gagner du terrain. Ne pas le faire, c’est instiller dans la tête de certains citoyens que le Front a(urait) raison. Parce qu’en refusant de débattre avec lui, on laisse à penser qu’on pourrait être défait.
Mais bon sang ! N’y aurait-t-il donc aucun républicain digne de ce nom qui puisse s’opposer à la régulière à – par exemple - Marine Le Pen ? Démonter unes à unes ses théories ? Faire la démonstration que ce que propose le Front National est irréaliste ? Inapplicable ? Pour ne pas dire suicidaire ? Mais c’est une faute grave que de se dérober !
Oh oui, je sais, j’entends déjà, les : “Mais arrêtez ! Le Front, jamais, vous entendez ? Mais jamais il ne passera !”. Sans compter les : “En parlant du Front National, vous faites son jeu !”. Et en n’en parlant pas, on fait le jeu de QUI ? Ça va durer combien de temps, encore, cette mauvaise plaisanterie ? Cette politique de l’autruche ?
Bien sûr, oui, on peut toujours se convaincre que bon, c’est impossible, allons ! Au dernier moment, dans le sacro-saint isoloir, il y aura un sursaut, c’est évident, enfin, les gens, ils pourront pas, mais non, pas à ce point !
Et pourquoi pas ?
C’est qu’il peut s’en passer des choses, et des pas joyeuses, dans les deux ans qui nous séparent de l’échéance. Difficile, j’avoue, de faire des projections, alors que nous ne connaissons pas le nom des postulants. Et ils seront déterminants. Cruciaux. Il ne faudra pas se tromper. Tant le risque est grand.
Oui, il est grand, car la crise est là, quoi qu’on en dise, et sa "sortie", maintes fois évoquée, méthode Coué, on n’en verra pas le début de la queue avant 2012. Ou si peu. Les exemples, inquiétants, sont là pour nous le prouver : la Grèce. Le Portugal. L’Espagne. Pour eux, la rigueur. Et nous ? Combien de temps encore va-t-on nous faire avaler ça ? Que la crise ne nous coûtera pas un seul centime d’euro ? A d’autres ! Pas besoin d’être grand clerc, pour comprendre que, demain, dans pas longtemps, on va nous quémander des sacrifices. Encore, des sacrifices ! A qui ? Mais aux classes moyennes, pardi ! En fait, ça joue la montre, ça recule le moment où, mais serait-ce possible que ça tienne jusqu’en 2012 ? Pas sûr. Du tout.
Qui disait déjà (Attali ?) qu’en temps de crise, mais la dure, celle de 1929, et itou, celle que nous connaissons actuellement, dans un premier temps, le citoyen fait plutôt confiance à la droite. C’est comme un réflexe pavlovien. Parce que dans l’imagerie populaire, la droite c’est pragmatique, ça n’a pas d’états d’âme, ça tranche dans le vif, ça assure votre sécurité à tous les niveaux. Mais si elle faillit, je veux dire, si le citoyen a le sentiment qu’elle n’est pas à la hauteur, ou pire, qu’il est trahi par elle, alors, c’est l’Histoire qui le dit, autre réflexe, il se tourne vers la gauche (on vient de le vivre, avec les régionales). Oh pas la révolutionnaire ! Non ! Tout de même pas ! Mais celle qui promet de rééquilibrer le merdier. Par injection de "social". Prise en compte des souffrances. Parce que la gauche, c’est ça dans la tête du citoyen, celle qui va réduire les injustices, les corriger. Mais, si elle échoue, si elle déçoit, alors, en temps de crise, la dure, l’impitoyable, il fait quoi, le citoyen ? Eh bien, il se replie, il pense protectionnisme, oui, il est alors réceptif à ces thèses-là, il est prêt à franchir le pas … Quoi ? …. La gauche n’est pas au pouvoir ? C’est vrai. Elle est régionale. Départementale. Municipale. Et demain, va savoir, sénatoriale. Et qui dit, que le citoyen ne lui (re)donnera pas sa chance en 2012 ? Certes … Sauf que, ça dépendra du candidat (DSK, Aubry ou Hollande, c’est pas pareil, mais du tout !) et qui plus est, en 2012, il sera quasi impossible, pour la droite, de refaire le coup. Siphonner les voix lepénistes. Ces électeurs, tu les enfumes une fois, mais pas deux. Et dans les dix-huit mois qui viennent, Marine Le Pen et son appareil, ne vont pas manquer d’appuyer là où ça fait mal. Là où la crise a fait des dégâts. Et tous les moyens comme les arguments seront exploités ! TOUS !
Regardez donc le score du Front dans ce qu’on appelle, avec dédain, la France profonde - la France de gauche, aussi parfois - comme il grandit. Il est exponentiel, je dis.
Entre les déçus du sarkozysme, et les déçus des bastions de gauche, les "déçus tout court", ça en y fait du monde. Et on aurait bien tort, de l’ignorer ce monde-là, ou de lui faire la morale, la leçon, même que, ce serait pire que tout ! Le jeter dans la gueule du loup !
Les temps ont changé, la donne n’est plus la même. 2002, ce post-11 septembre, n’était pas un accident. Mais un réel avertissement. Il ne faut jamais oublier ça.
Le Front National, aujourd’hui, n’est plus un épouvantail. C’est devenu un recours possible. Tant les souffrances sont grandes. Et dans la souffrance, parfois, souvent, on se tourne vers l’impensable. Quand ça fait trop mal, on se dit tant pis, et merde, après tout, pourquoi pas ? Il ne faut pas négliger cet aspect. Surtout pas ! Plus maintenant ! C’est pourquoi, il faut débattre avec le Front National. Envoyer, comme ils disent, les meilleurs d’entre eux, pour affronter de visu, en plateau, les représentants du parti lepéniste. Ne plus pratiquer la politique de la chaise vide. Parce que, le temps ayant passé, la crise perdurant, les déceptions grandissant, ça laisserait à penser qu’un républicain ne pourrait pas sortir vainqueur d’un tel débat. Et ça, c’est terrible ! Il faut combattre ce sentiment-là. Et pour le vaincre, il n’y a pas d’autres moyens que d’accepter le débat.
C’est urgent !
19:31 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (66) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le retour du front national, 21 avril 2002, présidentielles de 2012, exploitation de la misère sociale, crise de 1929, tentation du vote extrême, le vote front national, politique de la chaise vide |
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22 mars 2010
Ils Disent Qu’Ils Ont Entendu Le Message Des Français
Or donc voilà, c’est fait, ils ont voté.
Et puis après, chantait Ferré ?
Eh bien après, les politiques sont venus s’exprimer sur les plateaux télé, radio, politiques de droite, de gauche, du centre, de nulle part, ou revenus du diable vauvert, ils sont venus nous dire qu’ils avaient “entendu le message des français” qu’il convenait de l’analyser avec “sang-froid” et “lucidité” pour les uns, avec “humilité” pour les autres, égard aux “devoirs” que ce “message” (leur) confère. Mais .. de quel “message” parlent-ils ?
Eh bien il suffit de les écouter. C’est édifiant. Tenez, Xavier Bertrand, qu’a-t-il entendu ?
Un machin étrange.
Que par ce vote, “les français n’ont pas dit non aux réformes”. Moi qui croyais qu’on votait pour dire “oui à” j’apprends, stupéfait, que nous voterions pour “ne pas dire non à” ; ici : aux réformes.
Mais de quelles réformes parle-t-il ? On n’en sait rien. Ce mot-là, réforme, est un mot magique, peu importe ce qu’il contient, juste ou pas, il est synonyme d’action. Paraît-il.
Dans ce vote qualifié de “crise” par le même Bertrand, “les français, ce soir, n’ont pas voulu le retour aux 35 heures. Ils n’ont pas voulu, non plus, la fin des heures supplémentaires. Les français, ce soir, n’ont pas voulu que l'on revienne sur l'exonération des droits de succession".
Diantre !
Mais comment fait-il pour entendre tout ça ? C’est écrit, noir sur blanc, sur un bulletin de vote, ces choses-là ? Je veux dire qu’il se passe un truc, une fois que notre bulletin est glissé dans l’urne ? Il est transformé en “message” par une machine, il est Google translaté ou quoi ? Non mais franchement ! Est-ce que, au moins, il entend ce qu’il dit, ce monsieur Bertrand, nonobstant le fait que, chose certaine, cet homme-là s’écoute avant tout parler. Or, comment entendre l’autre, son soit-disant “message”, quand on n’écoute que soi ?
”Le message nous devons l’analyser, l’entendre, et apporter les bonnes réponses” nous dit le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, qui donc, visiblement, n’a pas entendu Xavier Bertrand qui, on vient de le voir (et de l’entendre, surtout) n’a pas perdu de temps à l’analyser, lui.
Mais Lefebvre, non plus.
Puisque deux phrases plus loin, il apporte la réponse :
“Il faut qu’on aille plus vite et plus fort, qu’on amène des résultats aux français sur l’emploi, et la sécurité, par exemple”.
“Plus fort” (que les autres) ça c’est bien la marque de fabrique de Frédéric Lefebvre, car non seulement il “entend” le message de ceux qui ont voté dimanche, mais aussi, celui des abstentionnistes ! Lundi matin, sur France Info, après avoir affirmé que l’un des faits marquants de cette élection était l’abstention, et que bien malin celui ou celle qui pourraient dire ce qu’elle signifie (mettons ça sur le compte de la “lucidité”) il osa, quelques minutes suivantes, nous assurer que les abstentionnistes, “ce qu’ils nous disent, c’est qu’ils en ont marre que la droite et la gauche se déchirent alors que le pays est en crise” (nous mettrons ceci sur un autre compte, qui n’a, cette fois, rien à voir avec la politique, puisqu’il relève de l’extra-lucidité soit, vulgairement, d’une vaste fumisterie).
De fait, comment croire à une éventuelle lecture d’un “message” envoyé par les français, quand dans un même entretien, l’homme qui prétend s’y pencher, nous dit tout et son contraire ?
Je cite messieurs Bertrand et Lefebvre, comme j’aurais pu tout aussi bien citer Nadine Morano, Rama Yade, peu importe, la musique est la même, ils ont TOUS entendu “le message des français” : oui aux réformes et aux heures supplémentaires, non aux 35 heures, et non, pas du tout, mais qu’est-ce que vous me chantez-là, enfin c’est une élection régionale, pas une législative, ni une présidentielle, Nicolas Sarkozy n’est en aucun cas désavoué, comment pouvez-vous dire une chose pareille, sous-entendu, ce n’est pas “le message des français”. Bref, ce n’est pas un “vote sanction”.
Ah bon ?
Oui, je marque mon étonnement, car Xavier Bertrand n’a pas vu “non plus, dans cette élection, un vote d’adhésion, un vote d’envie vis-à-vis du Parti socialiste”.
Si c’est le cas, que signifie donc la victoire du Parti socialiste et de ses alliés (qu’il reconnaît) ?
Si ce n’est pas un “vote d’adhésion”, et qu’en même temps l’électeur “n’a pas voulu” sanctionner le gouvernement (alors que TOUS les ministres participant à ces régionales ont été battus, quand ce n'est pas balayés) qu’est-ce c’est ? Quel est le “message” ?
On y revient.
On tourne en rond, surtout.
Mais la faute à qui ? A ceux qui délivrent un “message” ou à qui veut bien l’entendre ?
Et la “remontée” du Front National, au fait ? Y aurait-il, là aussi, un “message” ?
Non.
Juste une explication technique.
Car à en croire Xavier Bertrand “la remontée du Front National est due à la crise” .. Dans ce cas-là, monsieur Bertrand, je suppose que, l’hiver qui, cette année, s’est un tantinet éternisé, c’est aussi dû à la crise, n’est-ce pas ? L’hiver, il s’est dit que, tiens, comme c’est la crise, que sur le front de l’emploi, il fait froid et que gèlent les salaires, ben je vais rester plus longtemps, ils n’y verront que du feu … Qu’attendez-vous pour réformer l’hiver, monsieur le gouvernement ? Puisque tout passe par elle, la réforme ?
Et si moi, un français parmi les autres, je disais que, voilà, j’en ai marre. Marre de vos discours. Marre de tout. D’être pris pour un con. Que je vote ou non. Qu’est-ce que ça change ? Puisque vous ne m’entendez pas. Ni moi, ni personne. Vous venez me prêter, comme ça, des intentions, un message, que je n’ai jamais envoyé, jamais pensé. Ce que je ressens, ce que je vis, ce que je souffre et ce dont je ris, vous vous en moquez. Oui, parfaitement, vous vous en moquez ! Et la preuve c’est que le jour où par voie référendaire le peuple français a dit non au Traité pour l’élaboration d’une constitution européenne, et où, là encore, vous êtes venus nous dire, plus condescendants que jamais, que vous aviez entendu “le message”, quelques mois plus tard, via le parlement, vous le faisiez passer, ce traité, car oui, celui de Lisbonne est peu ou prou celui proposé le 29 mai 2005. Et vous me direz, bien sûr, ou bien entendu (puisque : “vous entendez” ..) que ça rien à voir ! … Vraiment ? … Pourtant, elle est là, la fracture. Le divorce entre le peuple et le politique. La désaffection, celle des urnes. La présidentielle n’était qu’un leurre. Un sursaut, si vous préférez. Parce que naïfs que nous sommes, nous avons cru à tous ces boniments, une nouvelle génération qu’on nous disait, une nouvelle façon de faire de la politique ! Foutaises ! Vous nous avez trahis, une fois de plus, une fois de trop, et “le message”, s’il y en a un, c’est que demain, vos urnes, vous n’aurez plus à vous en soucier, tellement dedans les bulletins y seront maigres. Plus d'audience, sale conséquence de votre déficit d'audition. Comme vous ne manquez pas d’air, c’est couru, vous nous accuserez, de désertion, d’incivilité, que sais-je encore, de faire le lit de la tyrannie, des extrêmes, vous brandirez la menace qui nous guette, celle d’un totalitarisme, considérant que le vôtre, si tant est que vous le reconnaissiez un jour, est acceptable, dans la mesure où il s’appuie, lui, sur une idée avec laquelle, cependant, vous vous torchez allégrement, celle dite de démocratie, celle où, à vous entendre, vous lisez comme dans un livre.
Eh bien continuez à lire ce que jamais nous n’avons écrit. Continuez à analyser des messages que nous n’avons jamais envoyés. Poursuivez votre tâche, sans vous préoccuper des souffrances, des petites gens, de ceux qui tombent, qui renoncent, qui s’en vont, oui, poursuivez dans le déni. Après tout, quelle importance ! Nous savons bien que c’est fini, c’est cuit, votre démocratie, qu’on vote ou non, vous ne changerez rien, on a bien compris …
Nos cris comme nos silences, vous ne les entendez pas.
Ce que vous entendez, c’est vous. Et vous seuls.
16:10 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (61) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le message des français, second tour des régionales 2010, les français n'ont pas dit non aux réformes, frédéric lefevre sur france info, la remontée du front national, désaffection des urnes, mort de la démocratie, autisme politique, sarkozysme |
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15 mars 2010
Rions Avec Les Régionales
Ah si ! Il me semble bien qu’il faille en rire, étant donné que, ceusses que les journalistes omni-déférents de la télévision qualifiaient hier soir, et assez grotesquement, de “ténors” refusent d’en pleurer. Pourtant à 53,65% d’abstention (soit 14,48% de plus qu’au premier tour des régionales 2004) il y a de quoi. Tellement c’est triste. Et qu’en valeur absolue, et même en tenant compte de l’abstention ajustée aux deux scrutins de 2004 et 2010, UMP, FN et PS ont perdu, chacun, des millions de suffrages [*]. Une véritable désaffection, une débâcle. Les seuls à progresser, réellement, et très nettement, ce sont les "Verts". Point barre.
Alors oui, on peut dire que cette abstention a surtout pénalisé les listes de la majorité présidentielle, c’est un fait ; il y a dans cette abstention-là, celle des électeurs de la droite traditionnelle, la marque claire et nette d’un désaveu vis-à-vis de la politique du gouvernement, de l’attitude, aussi, du chef de l’Etat ; il y a le signe d’une grande déception, d’une colère (rentrée), et qui sait ce qu’elle peut devenir en deux ans, en quoi peut-elle se muer, mais il n’en reste pas moins que le PS ne sort pas vainqueur de ce premier tour, il n’a pas réussi, alors que le chômage va galopant, que la crise est loin d’être finie, à mobiliser l’électorat, il est en données brutes très en dessous de son score de 2004 (où il faisait liste commune avec le PC). Quant au FN, il peut bien fanfaronner, les chiffres sont têtus, il suffit de les consulter, et zou, c’est encore un bon million d’électeurs qui s’est évaporé. Et rien ne dit qu’ils reviendront. Quand bien même, une présidentielle rameuterait le citoyen, bien plus qu’une régionale ou qu’une européenne, mais là encore, les chiffres sont impitoyables : c’est aux partis dits majoritaires que, généralement, l’affaire profite.
Alors quoi ?
17:19 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde !, Prenez-Nous Pour Des Cons !, Télévision, Piège à Cons | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : elections régionales 2010, taux d'abstention, scrutin régionales 2010, scrutin régionales 2004, ps, ump, fn, modem, le npa prend une rouste, ils ont voté et puis après ? |
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07 mars 2010
Sarkozy N’A Pas De Projet Pour La France
Oui, d’accord, on nous l’a assez dit, c’est la crise, la pire que la France, que dis-je ? Le monde ait connue depuis un siècle. Une crise qui ne nous coûtera pas un seul centime d’euro. Une crise dont nous sortirons plus forts que nous y sommes entrés. Quand j’entends cela, ces phrases toutes faites, slogans, toujours des slogans, de l’incantatoire, je dis : quoi ? Je dis : Coué ! Je dis que Nicolas Sarkozy n’a pas de projet pour la France et ajoute qu’il n’en a jamais eu. Vraiment.
L’a-t-il dit un jour, François Mitterrand, toujours est-il que dans “Le Promeneur du Champ de Mars” Guédiguian lui fait, par Michel Bouquet, dire :
”Après moi, il n’y aura que des comptables !”
Eh bien voilà, nous y sommes. Totalement écrasés - pour ne pas dire : dépassés - par un système (économique) désormais unique (et dont on nous dit que, même “malade”, c’est le seul viable, qu’il n’y en a pas d’autres possibles .. Ah bon ? ..) les dirigeants de cette planète en sont réduits à colmater, rafistoler, rééquilibrer, ajuster, et Nicolas Sarkozy n’échappe pas à cette triste logique comptable.
Il ne peut y avoir de projet pour la France étant donné qu’elle est engloutie, que ce n’est plus une nation, mais un machin, un pantin soumis, (inter)dépendant, brinquebalé au gré, mauvais, des marchés rois, triomphants quoi qu’il advienne, exclusivement financiers. et dont le seul but est le profit, mais pas que : l’égoïsme ! et celui-ci est à son apogée, si tant est que dans ce domaine il y en ait un. Oui, Schopenhauer avait raison, c’est l’égoïsme qui régit le monde, mais à ce point rendu, c’en est terrifiant ! Je ne vois guère plus qu’un cataclysme effrayant pour que cela cesse, je le redis et le maintiens, le point de rupture n’est plus très loin. D’autant plus qu’il n’y aura pas de moralisation, elle est impossible, de fait. Même en greffon. C’qu’il faut être naïf – et le terme est bien faible – pour croire à une moralisation d’un tel monstre. La morale n’est pas son affaire, il s’en tape le coquillard, aveugle, sourd, et sournois. Il brasse et il broie. Voilà tout.
Et Nicolas Sarkozy, dans tout ce tralala ?
Eh bien, il gesticule ! Oui ! Oui ! Il gesticule ! Et ce n’est point de l’anti-sarkozysme primaire, pas plus secondaire, que de l’affirmer, bon sang ! Il a beau dire, Nicolas Sarkozy, qu’il agit, qu’il est à l’œuvre, qu’il n’est pas comme ses prédécesseurs, rois fainéants, qu’il est volontaire, qu’à la fatalité il porte(ra) le fer, c’est du barbouillage, du coloriage, et rien d’autre. Enfin quoi, que nous propose-t-il cet homme-là ? Quelle France porte-t-il ? Est-ce une France novatrice, imaginative, créative ; une France nouvelle ?
Oh bien sûr, dans ses discours (de campagne présidentielle) plumés par Henri Guaino, ç’avait de la gueule, un peu ; même tiens ! ça pouvait donner envie (d’avoir envie). Mais quand on fait l’effort de s’y pencher, d’y retourner, que lit-on ?
Des “Je veux …”.
Comme :
“Je veux une politique qui rende possible ce qui est nécessaire” (mais qu’est-ce que le “nécessaire” ? Qui le définit ?).
Ou encore : “Je veux construire une école qui donne envie d’apprendre”. Nonobstant le fait qu’il est difficile d’être contre cette idée, une école qui donnerait envie d’apprendre, c’est creux. Et cette école s’éloigne quand on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux. Quand on la soumet, elle aussi, à une logique comptable. A la politique du “Chiffre”. Au profit de qui ? De quoi ?
Non, Nicolas Sarkozy n’a pas de projet pour notre pays, il n’en a jamais eu, sinon celui de s’inscrire coûte que coûte et vaille que vaille dans un modèle économique dévastateur, fut-ce jusqu’au cou, sans même s’assurer qu’il était par quelques digues solidement contenu. Et quand elles ont rompu, une fois de plus, une fois de trop, alors il s’est mué en pompier, en plombier, et que sais-je encore, proposant de changer par ici, un joint, par là, un tuyau, mais jamais le robinet.
A pognon.
Rappelant, comme de bien entendu, que seuls le “travail”, l’”effort”, le “mérite”, pourront nous sortir de ce pétrin, sauf que, le “travail”, l’”effort”, le “mérite”, ne suffisent plus dans ce monde-là. Ça se saurait, crois-moi ! On a assez payé pour s’en rendre compte, l’ami. Et au prix fort !
Dans ce “système”, en réalité, le salarié de base ne sera jamais gagnant. Il est condamné à écoper, souquer, marner, voilà le projet ! Eh bien, si c’est celui-ci, je dis qu’il n’y en a pas. Qu’il n’y en a jamais eu. Crise ou pas crise. Et puis, tiens ! puisqu’on en parle, allez-y, revenez quelques années, qu’elles soient dix, vingt ou quarante en arrière, vous constaterez que la crise est permanente. Nous sommes en crise depuis longtemps. Et tout ce qu’on nous propose, c’est d’éponger. Et si d’aventure, on se rebelle, on fait savoir que, nous voici traités de tous les noms : v’là même qu’on serait antipatriotiques. Ou violents ! Déraisonnables. Quant à ceux qui se suicident, c’est rien, c’est une mode, ça va passer, comme toutes les modes. C’est de l’ordre du cyclique. Et pour le reste, on légifère ! Comme si tout se réglait par la Loi. Un fait divers ? Allez hop, une loi ! Jamais vu ça ! Est-ce donc ainsi qu’on gouverne un pays ? Qu’on lui donne envie d’avoir envie ? Est-ce cela le projet : La loi ? N’y a-t-il rien d’autre ?
En vérité, nous n’avons pas porté à la tête du pays, un président. Ni même un père de la Nation. Mais un gestionnaire. Un comptable - Et je dirais même : un piètre chef d’entreprise. Tant il est dépassé, largué, noyé.
Mais aussi, et c’est important, un chef de guerre, je veux dire : un stratège politique. De ceusses qu’ont une revanche à prendre. Un homme qui voulait “tous les niquer !”. De droite comme de gauche. De droite, pour les humiliations qu’il a subies. Les mises à l’écart. Les quolibets, aussi. Et c’est pourquoi, l’ouverture ! Oh bien sûr, elle fait mal à gauche, mais elle emmerde, et pas qu’un peu, à droite. C’est qu’ils sont nombreux à lorgner sur tel maroquin ou telle mission. Et quand ils voient qu’il ou elle reviennent à des Kouchner, des Hirsch, des Amara, des Rocard, des Lang ou des Attali, c’est plus le dépit qui les ronge, c’est la haine. Mais c’est fait exprès. C’est pour mieux les contenir ; à distance, les laisser. De toutes les façons, se dit Sarkozy, ils n’ont pas le choix : à part moi, il n’y a personne ! Et il a raison. Pour le moment ..
Quant à la gauche, il la méprise ou s’en amuse. L’ouverture n’étant en rien une preuve de son “non-sectarisme” (foutaises !). C’est juste du “folklore” politique. De l’habileté. De l’opportunisme.
Ah si, il est important de le préciser, croyez-moi, ça éclaire un peu plus l’homme. Les comptes (toujours et encore des comptes ..) qu’il a à régler, c’est essentiel ! Il n’en aura jamais terminé, c’est sans fin ! Et c’est important, parce que nous, on s’en fout ! Sa revanche ne nous concerne pas. Son flair politique, indéniable, ses qualités de stratège, ce jeu d’échec et mat, ce n’est pas cela qui va changer nos vies. Nous sortir de l’ornière. Or, c’est ce qui prime, malheureusement, chez Sarkozy. Et c’est d’ailleurs la seule chose que nous retiendrons de son quinquennat (et sans doute du suivant) : Sarkozy et … rien d’autre !
Un homme. Mais pas de projet. Sinon de croire que l’on peut s’en sortir par le “travail”, l’”effort” et le “mérite”.
De deux choses l’une, à ce propos : ou il le croit vraiment, et au vu du monde qui nous entoure, je veux dire, de la façon dont il se danse, économiquement impitoyable, il n’a rien compris au “film”.
Ou alors, il n’y croit pas, il n’y a jamais cru, parce qu’il sait que c’est insuffisant, et dans ce cas, il nous aura mentis. Mais peu importe ! il n’aura pas été le premier. On a comme l’habitude. De se faire enfler. Quant à savoir si nous en tirerons les leçons, soit la prochaine fois, ne pas élire un homme (qui aurait une revanche à prendre) mais un projet pour la France, une alternative réelle, faudrait-il encore qu’il et elle existent. Or, je crains fort que non. Tant ils sont tous, peu ou prou, verts compris, aliénés à cette logique économique, unique, mondiale. Avec certes quelques différences, mais bien maigres.
Or donc, je ne vois guère pour en sortir qu’un cataclysme ; la Grèce – ou autre sinistré - en est peut-être l’embryon. Le projet.
17:53 Écrit par Philippe Sage dans Sarkozysme | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, travail, effort, mérite, logique comptable, politique du chiffre, pensée unique, système économique mondial unique, point de non-retour |
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03 mars 2010
“Police, Mon Amour” de Bénédicte Desforges
Or donc, trois ans après “Flic - Chroniques de la police ordinaire”, Bénédicte Desforges nous revient avec “Police, Mon Amour – Chroniques d’un flic ordinaire”.
Après le recto, le verso.
Et ça prend aux tripes, ça secoue, deux tons, gyrophare, pas de héros, que des regards.
Une mémoire.
Qui émeut, ébranle et balaie tous les derniers clichés ou autres idées reçues sur un métier, celui de gardien de la paix. Ces flics en uniforme dont on ne parle jamais. Ceusses qui patrouillent avec un gros “Police” dans le dos, les voici ! Et c’est pas du Julie Lescaut, du Navarro, abracadabrantesques séries “policières” sorties de l’imagination pénible de quelques scénaristes de troisième division, non ! Là c’est du brut, et de décoffrage ; c’est du réel. Et dont personne ne sort indemne. Pas même elle, pas même Bénédicte Desforges.
“Police, Mon Amour” n’est pas la suite de “Flic”. Mais son aboutissement. Oh certes, on retrouve ce style, percutant, précis, à la virgule et au “poing” près ; ces “scènes”, ces “images”, ces “sons” qui se succèdent avec juste ce qu’il faut de mots, toujours les bons, ciselés, imparables ; oui, comme dans “Flic” elle va droit à l’os, Bénédicte, et pourtant quelque chose a changé, dans le ton, le regard, encore et toujours le regard. Il nous bouleverse, souvent. Nous déstabilise et nous déshabille. Voilà même qu’on se reconnaît, au détour d’une page, cet automobiliste, ce “sale con”, celui qui s’en fout, qui grille tout ce qu’il peut, celui qui ne sait pas, ne connaît rien de l’horreur, du désespoir, de ce drame survenu sur l’A86, cette femme, son bébé, ce gardien de la paix qui hurle, impuissant, putain aidez-moi ! Oui, cet automobiliste, on l’a tous été, au moins une fois.
La route, ses accidents, terrifiants, cela fait partie du quotidien peu réjouissant d’un gardien de la paix. Comme garder une rue, déserte, toute une journée durant. Attendre. Compter les pavés. Funambule. Les fleurs, regarder pousser ou effeuiller, “un peu, beaucoup, à la folie”. Et puis, attendre encore. Un cortège présidentiel, qui jamais ne viendra. Ou alors pas de ce côté-là. Mais voilà que, déjà, ça repart, et pas qu’un peu, deux tons, gyrophare, un braquage, un différend familial, un suicide ; la routine ? Même pas ! On a beau avoir du métier, en avoir vu des “scènes”, des “images”, elles ne sont jamais les mêmes, tout le temps elles vous surprennent et vous cueillent. Y’a de quoi rendre carte, insigne et pétard, tant la brutalité est féroce, l’ingratitude est constante, et maigre, si maigre, la reconnaissance.
Faut-il avoir les nerfs en acier trempé, une solidité à toute épreuve, et de l’humour, une sacrée bonne dose d’humour, aussi ! Parfois il éclate, complètement, pleine page, et ça fait du bien ! Ah, ce ministre de l’Intérieur qu’un collègue prend, en toute bonne foi, pour un acteur célèbre et zozotant ! Cette escapade à Londres ou encore cet attaché parlementaire prétendant que “tout le Parlement va aux putes”, que “la France entière se fait tailler des pipes”, un attaché parlementaire aux jambes étranges … Ça vous distrait des macchabées, carbonisés, éventrés, des chaussures qui saignent ou de ces têtes qui ressemblent à des pizzas. Du poids des corps. Et de celui des insultes. Ah, si encore le gardien de la paix pouvait compter sur sa hiérarchie, mais non ! Cette hiérarchie travaillée, obnubilée par le rendement, le “chiffre”, ou par un détail insignifiant, déplacé, à ce point que c’en est obscène. Plus encore que les “scènes”, les “images” et les “sons” que croise et se fade quotidiennement le gardien de la paix. Prolétaire de la rue. Prolétaire jusqu’au bout.
Oh bien sûr, il s’en trouvera quelques uns pour dire que, oui, bon, c’est bien joli tout ça, mais enfin, cette police-là, c’est avant tout celle de Bénédicte Desforges ! Une police rêvée, parce qu’humaine, trop humaine ! Non mais attendez, à la lire, on en viendrait à l’aimer, la police ! Convenez que tout de même, c’est un peu fort de café !
Sauf que, ce n’est pas une police rêvée, c’est juste une police qui s’en va. Qui a vraiment existé. Mais qui s’en va. Petit à petit. Une police qu’on démembre, qu’on désosse, qu’on brade. C’est cela qu’il faut lire, entre toutes ces lignes ; c’est cela qu’il faut comprendre, le danger qui nous guette, un avenir qu’a une sale gueule, Minority Report, police privée, où tout le monde en prendra pour son grade. Cette police, celle des Anciens, est en train de disparaître, et nous ne faisons rien. Assis sur nos canapés, confortables, regards vissés sur cette putain de télé. A préférer des Julie Lescaut ou des Navarro, quand ce ne sont pas les héros tristes et fatigués du cinéma éthéré d’Olivier Marchal.
Voilà pourquoi ce livre (d'une belle littérature) est essentiel, urgent, un livre magistral, celui d’une femme qui aura tout donné, et qui, au final, la mort dans l’âme, sur la pointe des pieds, au matricule réduite, a quitté bien plus qu’un métier ; un amour. Eternel. Mais perdu.
”Police, Mon Amour – Chroniques d’un flic ordinaire” de Bénédicte Desforges [Anne Carrière Editions] sort en librairie le jeudi 4 mars 2010. [274 pages – 17,10€]
17:20 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bénédicte desforges, flic, police, police mon amour, chroniques d'un flic ordinaire, anne carrière editions |
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