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30 novembre 2009

On Ne Meurt Pas Du Sida ...

Au Secours A L'AIDS.jpgOr donc, comme chaque 1er décembre, la revoilà, la Journée Mondiale de lutte contre le sida. Si j’osais, je paraphraserais Pierre Bergé et dirais que ruban rouge ou pas, cette journée-là sera “parasitée” par le H1N1 et son incroyable, incessant battage médiatique en faveur d’une vaccination (massive) qui, de loin, me rappelle une autre campagne médiatique, unilatérale, celle de 2005, celle de la “vaccination” pour le “oui” au Traité établissant une constitution pour l’Europe, Traité que le peuple français finira, lassé, par prendre en grippe.

Bref.

D’abord dire que je ne peux plus entendre, ni souffrir, les chiffres que l’on agite et compare. Non, vraiment, ça n’a pas de sens de dire que l’on meurt plus de la grippe saisonnière que de la grippe A. Ou que l’on meurt plus du cancer que du sida. Comme également, dans un autre registre, statistique à l’appui, d’affirmer que le taux de suicide à France Télécom serait inférieur à la moyenne nationale. Parce que c’est nier la souffrance, le désespoir, la solitude. C'est nier l'humain. Tout n’est pas "CAC40-isable". Je veux dire qu’on ne peut pas tout rapporter à des courbes ou des camemberts. Il y a de l’indécence, voire une certaine obscénité, à dire que l’on meurt moins de la grippe A que de la grippe saisonnière, du sida que du cancer ... Quoi ? Une maladie, quelle qu’elle soit, n’aurait donc d’importance à nos yeux que par son nombre de victimes ? N’attirerait l’attention, que si elle fût un best-seller ? Dans ce cas, ne nous étonnons pas de "vivre ensemble" dans une société du “et moi, et moi, je souffre aussi !”. Au détriment d’autres “moi” qui souffrent. Et ainsi de suite.
Il n’y a pas de hiérarchie possible en matière de souffrance. Elle est une, intime et indivisible.
On ne peut décemment pas comparer par des chiffres, bruts, un mal ou une maladie à une autre. Il n’y a qu’une seule vérité : c’est que l’on meurt du cancer, de la grippe saisonnière ou de la grippe A. De la tuberculose ou d’ostéoporose. Du cœur ou du diabète. On meurt même d’obésité ou de la faim. En revanche, on ne meurt pas du sida.

Vous n’avez pas l’intelligence de votre maladie” [Marguerite Duras - “La Maladie de la mort”]

Il y a, je le sais, comme une contradiction à dire cela : “On ne meurt pas du sida”. Mais le dire, ce n’est pas opposer le sida aux autres maux. Ni le comparer. C’est dire une vérité. Parler d’une souffrance. L'évoquer, au moins. Sans vouloir l’opposer, ni la comparer à une autre. C’est juste un fait.
On ne meurt pas du sida, non ; on meurt d’un cancer - parfois foudroyant - de la tuberculose. On est emporté par une pneumonie, ou par une sale maladie broyant le cerveau, l’œsophage, la moelle épinière, les reins. On perd la vue, aussi.

Je me souviens de cette femme que j’accompagnai, elle qui ne se cachait pas, presque militante, militante de sa maladie, qu’elle croyait être le sida. C’était bien avant l’arrivée des trithérapies (et leurs redoutables effets secondaires dits "indésirables"). Je me souviens du carnage, ce corps amaigri. Pas la peau sur les os, non ! Mais les os sur la peau. Du sida, elle en avait fait un combat. Et puis quoi ? Et puis, le médecin, il a dit, écrit, qu’elle était morte d’un lymphome. Oh, je lui aurais arraché les yeux à cet homme-là ! Comment pouvait-on lui voler ce qu’elle avait porté à bout de bras ? Tout ce travail, long, si long, d’explications, je parle de celui dirigé vers l’autre, qu’il soit collègue de travail, ami cher, famille (celle qui récurait draps, couverts, et que sais-je encore, à l’eau de Javel, après qu’elle fût passée) expliquer le sida, pas à pas, lutter contre le rejet, l’exclusion, cette autre souffrance, les peurs primaires, l’ignorance, parfois aussi, oui, la bêtise, les connes d’idées reçues. L’aurait-on autant congédiée, licenciée ou virée comme une malpropre, si ce ne n’était point le sida mais un lymphome, ou tout autre cancer, qui la travaillait ? Aurait-elle, alors, connu plus de compassion ? Qu’avait-elle besoin de dire qu’elle avait un sida, donc s’exposer au rejet, si ce n’était pas, en définitive, de cette maladie dont elle souffrait ? Que ce n’était pas lui, le sida, qui l’emporterait ? Pourquoi souffrir plus encore que les affres mêmes de la maladie ?

Alors, il ne faut plus, ne faudrait plus parler de sida. Mais de cancers, de pneumonies, de tuberculoses. De carnage du corps. De quoi on meurt. Vraiment. Le sida n’existe pas. Puisque personne n’en meurt. Ni elle, ni Freddy Mercury, ni Arthur Ashe, pas plus Cyril Collard qu’Hervé Guibert ou Brad Davis. Et tous ceux qui n’ont rien dit. Qui sont morts des “suites d’une longue maladie”. Parce que voilà, “une longue maladie” c’est mieux, c’est plus correct. Pour les proches, les amis, la famille, l’honneur, ou/et la réputation sont saufs ! Même si ça fait mal, si mal à ceux qui restent, ce non-dit, à ceux qui restent, le virus planqué dans le sang.

Il faut parler de ce qui existe vraiment, donc d’immunodéficience humaine. De ce qui existe vraiment, et ne se voit pas, soit un état dit de séropositivité. Il ne fait pas (pas toujours) souffrir physiquement. Il vous condamne juste au silence - autre souffrance. Oui, au silence, car l’avouer, cet état, c’est prendre un risque trop grand. Perdre son travail. Sa famille, parfois. Quelques amis. Être exclu de toute vie sociale. Parce que le sida, le mot seul de sida, fait peur, qu’il est associé, aussi et surtout, à une “mauvaise vie”. C’est ainsi qu’on le présenta, n’est-ce pas ? Que faire contre ça, contre ce mensonge initial qui, de fait, condamnait celles et ceux qui, et peu importe de quelle façon, contractaient le virus ? Oui, peu importe de quelle façon, car qui sommes-nous pour juger de la vie de l’autre ? Serions-nous, des modèles de vertu, ô les belles oies blanches que v’là ?
Oui, c’est de séropositivité dont il faut désormais parler. De cet état. Il faut l’expliquer. Le comprendre. Sortir du silence. Tant c’est moins un slogan que la réalité : il tue, le silence.
La prévention, bien sûr, évidemment, toujours et encore de la prévention, mais que vaut-elle si jamais l’on ne parle de l’état de séropositivité et de ceux qui la portent ?
Parlons de ce qui est, le VIH, et ce dont on meurt, cancers, tuberculoses, grippes, et non plus de sida. Parlons de ce qui est, ce silence, l’état de séropositivité. Autrement, on ne mourra toujours pas du sida. On en crèvera.

26 novembre 2009

Pour Le Parisien, Y’a Pas De Fumée Sans Treiber

le_parisien.jpg“Banal suicide ou nouvel épisode de l’affaire Treiber ?” … C’est par cette alléchante question que Le Parisien (tête de chien) ouvrait, en page 15, un article de son édition (papier) en date du mercredi 25 novembre 2009. Un bien bel article, ma foi. Avec tout plein de témoignages qui, en réalité, sont moins des témoignages que des ressentis. Et moi, j’adore ça, ces ressentis que l’on nous fait passer pour des témoignages. Même qu’on appelle ça du journalisme.

A ce propos, permets-moi un aparté, tant du ressenti, celui des gens, t’en as partout désormais, et surtout dans la télé.
Tiens, par exemple, quand dans un quartier même pas sensible, un type trucide toute sa famille, à la hache ou au sécateur, une nuit, comme ça, sans prévenir, le journaliste que fait-il ? Eh bien, il se rend sur les lieux et va interroger le voisinage. Et que dit le voisinage ? Il dit toujours la même chose à propos du meurtrier présumé, présumé même si la police lui a mis le grappin dessus alors que, couvert de sang, il tenait dans une main, un sécateur, et dans l’autre, une hache :
C’était quelqu’un de discret … Il nous disait bonjour le matin, bonsoir, le soir … C’est vrai qu’il ne parlait pas beaucoup, mais ..
C’est un invariable refrain. Toujours le même portrait. Celui de "monsieur-tout-le-monde". Ça n’amène rien de rien, ça ne nous en dit pas plus, hormis peut-être une chose du genre inquiétant : c'est qu'à la longue, on en viendrait presque à se demander si les gens qui sont discrets, qui disent bonjour et bonsoir, qui ne sont pas très causants, ne seraient pas en définitive des gros meurtriers en puissance. Ce qui ne m’arrange pas. Car, vois-tu, je suis discret, je dis bonjour, bonsoir, ne suis pas très loquace. Dois-je me rendre à la police avant que l’inéluctable ne survienne ? Tu rigoles, mais avec le président que l’on a, celui-là même qui incline à penser que l'on naît pédophile – et le suicide, itou. Il serait selon lui, inscrit dans les gènes - qui ne te dit pas qu’un de ces quatre, il ne va pas au nom d’une religion laïque nommé “Minority Report” mettre sous vidéosurveillance et bracelet électronique tous les types discrets de c’pays, ceusses qui disent bonjour le matin, bonsoir le soir, les gars qui parlent peu, parce que la génétique, parce que ta sécurité, citoyen, ta putain de sécurité ! Et je ne parle même pas de cette effroyable manipulation statisticienne nommée : le sentiment d’insécurité. Belle trouvaille dégueulasse pour faire passer les lois les plus abjectes, pour ne pas dire, liberticides.

Bref.

Or donc, le Parisien du mercredi 25 novembre de l’an neuf nous apprend en page 15 qu’un certain Dominique Berouard est retrouvé pendu à un tracto-pelle, le 11 octobre dernier, dans le hangar d’une ferme de Seine-et-Marne. Près du hangar, son véhicule ; accidenté et partiellement brûlé. Et l’on relève quelques marques de brûlures sur le corps du pendu. L’autopsie n’a révélé aucune trace de coups, rien de suspect, et quant aux brûlures, les enquêteurs pensent qu’elles sont en rapport avec le véhicule avec lequel, peu avant, la victime (de lui-même) aurait eu un accident. Voilà. Comme l’écrit le Parisien, ça ressemble à un “banal suicide” si tant est que de se pendre à un tracto-pelle le soit ; banal.

Oui mais, non.

Non, car cet ouvrier agricole de 50 ans était un ami de … Jean-Pierre Treiber ! Oui, le fameux Treiber qu’a baladé la police de monsieur Hortefeux pendant trois bons mois ! Or, le 10 octobre, soit la veille du suicide (un terme que le Parisien met entre guillemets, ce qui semble indiquer que le journaliste ne croit pas à cette “thèse”) Jean-Pierre Treiber était hébergé “dans le secteur” par un ami de … Dominique Berouard ! Il n’en faut pas plus au Parisien pour, donc, se poser l’alléchante question :
“Banal suicide ou nouvel épisode de l’affaire Jean-Pierre Treiber ?” 
Ben voyons !
Les opérations de police (technique et scientifique - “Les Experts”, tu connais ?) ont beau avoir été menées avec soin pour en conclure que Dominique Berouard est bien mort – je cite – d’un suicide, non, le journaliste, lui, voit dans la présence de Treiber ce soir-là, comme anguille sous roche, comme y’a pas de fumée sans feu. Y’a un truc là, coco ! Et ça lui suffit pour (re)mettre en question, voire en doute, la thèse du suicide. Mais surtout, à pondre un bien bel article ma foi. Seulement voilà, comme étayer son “hypothèse” ?
Eh bien, comme toujours, en allant voir les gens du coin, qui n’ont rien vu, mais qui connaissaient bien Dominique Berouard.
Son frère, par exemple. Un prénommé Yannick. Ah, qui mieux qu’un frère, n’est-ce pas ? Et que dit-il, ce Yannick de frère ? Il dit :
Ce n’est pas possible (qu’il se soit suicidé) !”
Aaaaah … !
Et pourquoi ?
Réponse de Yannick : “Parce qu’il n’était pas suicidaire !
Ça c’est de l’argument, mon pote ! J’en connais d’autres, qui ne l’étaient pas (jeunes, vieux, chômeurs, agriculteurs, oui, agriculteurs, comme ce Dominique Berouard, tiens !), cher monsieur, et pourtant .. Mais poursuivons !
Ce ne peut être un suicide selon Yannick “parce qu’il (Dominique Berouard) avait des projets. Il préparait un séjour au ski.” ..
Ah, voilà qui devrait intéresser la police au plus haut chef ! C’est que, eh, c’est vachement troublant ce qu’il dit Yannick, là ! Un type qui projette d’aller skier, ne peut pas se suicider, voyons ! C’est évident ! Je dirais même : ça tombe sous le sens ! Quand bien même l’histoire regorgerait (sans jeu de mots – quoique …) de suicidés qui en avaient des projets, et des plus exquis. Tiens, je suppose que, cette année encore, Dominique Berouard prévoyait de fêter Noël ! Même, j’en suis sûr ! Je peux pas vous dire pourquoi. Une intuition, comme ça. Un putain de ressenti ! Allez hop, à verser au dossier ! On tient une piste (et pas seulement de ski) ! Et dites merci au journaliste. Qui continue son enquête de voisinage. Le voici au Café des Sports. Où, écrit-il, la mort de Dominique reste une énigme. Et c’est René qui s’y colle. Et René, il a un argument béton. La veille, il l’a vu Dominique. Dans ce même Café des Sports. Et que lui a dit Dominique ? Eh bien, il lui a dit :
A demain !” ..
Alors, c’est pas bizarre, ça, un type qui vous dit “A demain !” et se suicide le soir ? .. C’est pas une preuve, ça, bordel de merde ! .. C’est que les gens, c’est pas des cons ! Faut pas leur en conter ! Les enquêteurs y peuvent bien dire ce qu’ils veulent, avec leurs sciences et tout le tralala, accident de voiture ou pas, ça tient pas la route, et encore moins au tracto-pelle ! … Enfin, quoi ! On dit pas “A demain !” si on projette de se pendre le soir ! Non ? ..
Mais c’est pas tout, comme dit ma voisine Catherine quand son infirmier de Patrick rentre enfin du boulot : “Mais c’est Patou !” qu’elle s’écrie. Mais c’est pas tout, disais-je ; René qui sent bien que, comme lui, et bien des habitants du coin, le journaliste ne croit pas à la thèse du suicide, René déclare à propos de Dominique Berouard :
Rien ne laissait deviner qu’il allait mettre fin à ses jours. Il avait les pieds sur terre !” …
Ah, alors là, je m’incline ! Je m’incline vraiment ! Car, un pendu qui a les pieds sur terre, là oui, j’avoue, c’est louche ! Comme Treiber. Un homme qui a les pieds sur terre, ça ne peut pas se pendre, sinon c’est plus le même homme ! Du moins, pas celui du Café des Sports. Au temps pour moi ! Tu avais raison, camarade journaliste, et le nez fin de surcroît ! Y’avait bien Treiber sous roche. Oui, y’a pas de fumée sans Treiber, nom de Dieu ! Bravo mon gars ! Si je n’avais pas à faire, je t’aurais bien suggéré d’aller fouiner partout où Treiber s’est fendu d’une pause-caca. Va savoir ! Tu trouverais peut-être d’autres suicidés qui n’en seraient pas. Suicidés au sécateur ou à la hache. Des suicidés douteux, douteux par le simple fait de l’avoir côtoyé, le Treiber.

Tu vois, je ne t’avais pas menti. C’était un bien bel article, ma foi. Avec de vrais témoignages, de vrais ressentis. Ah, les ressentis qui valent pour argent comptant, la plaie du monde d’aujourd’hui ! Mais que veux-tu, il faut vivre avec son temps ! Celui du scoop à tout prix, et à pas cher. A base de gens. Ce doit être cela qu’on nomme le journalisme d’avenir et de proximité. Celui qui t’apprend qu’un pendu et un type qu’a les pieds sur terre, eh ben ça fait deux ! ... Surtout quand y’a Treiber dans le coin …


NB : Hier soir, à 22h47, le Parisien stoppait net ses élucubrations à 90 centimes d’euros, pour titrer :
L’ex-collègue de Treiber s’est bien suicidé”.
Je ne peux vous dire ce que j’ai ressenti en prenant connaissance de cet “étrange” retournement de situation. Je me suis juste dit, que y’a un moment, les gars, faudrait peut-être arrêter de déconner et vous remettre au journalisme ..

25 novembre 2009

H1N1 : Unilatéralité Du Principe De Précaution

Jean Daniel.jpgOr donc voilà, une mutation du virus H1N1 observée en Norvège (preuve en est que c’te bestiole est un grand voyageur et, qui plus est, vaccinée contre le froid ...) + une phrase ô combien anxiogène de Mâhâme Bachelot (“des gens vont mourrrrrrrrir !”) et c’est (enfin) le “rush” vers les 1060 centres de vaccination. Et, comme rien n’a été laissé au hasard, le ministère de la Santé a glissé un adjuvant de type militaire aux centres en question, l’adjuvant-chef : “réquisitionnés”.
Bref, c’est la guerre, et d’ailleurs comme en temps de guerre, tu dois au préalable te munir d’un "bon" afin de pouvoir te faire vacciner, te faire vacciner pour ne pas “mourrrrrrrrrir”.
On vit décidément une drôle d’époque : celle du retour des "bons" et .. du couvre-feu. Étonnant, non, pour un pays tel que le nôtre qui se targue de vivre en paix depuis plus de soixante ans ? Oh oui, je sais, ce n’est point contre la grippe A que je devrais, moi, me faire vacciner, mais contre le cynisme, ce que je ne ferai pas, tant il est, le cynisme, une vertu franco-française, un composant essentiel, indivisible de mon identité nationale, quand bien même la main de Thierry Henry l’aurait mollement ébranlé (le cynisme, pas ma supposée identité nationale). C’est que, vois-tu, en ces temps où nos élites assurent vouloir moraliser le capitalisme, eh bien nous, le petit peuple, on souhaiterait moraliser le football international. Comme quoi, sortir de temps à autre du cynisme n’est pas sans dommages, ou étranges effets secondaires, puisque sans lui, nous sombrons qui dans l’hypocrisie, qui dans l’angélisme à la Noah, qui dans le gros foutage de gueule, voire les trois en même temps. Car il n’est pas né celui qui moralisera le capitalisme, pas plus que celui qui empanachera le football ; le nier, c’est l’être : niais.

Bref.

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20 novembre 2009

Le Lieutenant Columbo, La Main De Thierry Henry Et Michel Platini

- Y’a un p'tit détail qui m'chiffonneColumbo.jpg, m’sieur ! Quelque chose que j’arrive pas à m’expliquer … Mais vous pouvez peut-être m’aider, m’sieur …
- J’vous écoute, Lieutenant
- Eh bien voilà, m’sieur : comment se fait-il que, de votre téléviseur, vous ayez vu la main de Thierry Henry et pas l’arbitre ? ... Vous comprenez c’que j’dis m’sieur ? .. Non, parce que moi, ça me dépasse ..
- Je comprends parfaitement, Lieutenant. C’est sûrement parce que vous n’êtes pas initié aux aléas du football, tant sur le point de vue technique que sur le point de vue tactique ; à partir de là ..
- Ah ça, m’sieur, j’pourrais pas vous dire le contraire ! … Comme me dit ma femme : le football et toi, ça fait deux !
- C’est c’qu’on dit aussi de Raymond Domenech, Lieutenant. Que le football et lui, ça fait deux.
- Oh, mais j’veux bien le croire, m’sieur ! C’est que, c’est pas évident, comme sport ! J’vois moi, on a beau m’expliquer les règles, y’a rien à faire, m’sieur ..
- C'est vrai que c’est pas toujours ce qu'il y a de plus clair, Lieutenant. Même moi, alors que - et sans me vanter - je connais bien le football, il m’arrive de nager complètement. Ben tenez, ce fameux mercredi soir du match France-Eire, quand Gallas marque le but français …
- Gallas, vous dites m’sieur ? .. Mais j’croyais que c’était Henry qui l’avait marqué, ce but ?
- Au début oui, c’est c’que je croyais …
- Et, qu’est-ce qui vous le faisiez croire, m’sieur ?
- Le commentateur du match, Lieutenant ! Jean-Michel Larqué ! Il a dit - et ça je m’en souviens très bien - que Henry avait marqué, et puis, ensuite, il a dit non, c’est Gallas.
- Le commentateur, vous dites, m’sieur ? .. Et … Il était placé où, ce commentateur ?
- Ben, dans les tribunes.
- Dans les tribunes .. Vous voulez dire qu’il était sur les lieux du match, m’sieur ?
- Ah, on pouvait pas être plus sur les lieux du match que Jean-Michel Larqué, Lieutenant !
- Plus sur les lieux du match … Alors là, j’comprends plus rien, m’sieur !
- Qu’est-ce que vous-ne-comprenez-plus-rien, Lieutenant ?
- Eh bien, c’est une question de logique, m’sieur .. C’que je n’arrive pas à comprendre, c’est comment quelqu’un qui se trouve sur les lieux du match, donc qui a – vous m’arrêtez si j’dis une bêtise, m’sieur – une vision parfaite de la scène, peut se tromper à ce point ? … Vous avez une explication, vous ?
- Ben, c’est que ça va super vite, Lieutenant, sur un terrain ! Et là, j’peux vous assurer que ça n’a pas traîné ! Ça a pris … pfff ! ... J’sais pas ... Six ou huit secondes ; voyez ?
- Justement non, m’sieur, j’vois pas ..
- Qu’est-ce que vous ne voyez pas, Lieutenant ?
- Ce que j'ne vois pas, m’sieur, c’est comment le commentateur a pu, au final, dire que ce n’était pas Henry qui avait marqué le but, mais Gallas … Vous me suivez, m’sieur ? .. Si ça allait aussi vite que vous le dites, comment a-t-il pu se rendre compte qu’il s’était trompé ?
- Parce qu’il a revu la scène, Lieutenant ..
- Il a revu la scène ..
- Eh oui, Lieutenant.
- Mais alors, m’sieur, ça veut dire que … Cette scène … Elle a été filmée ?
- Mais bien sûr, Lieutenant ! Comme tout le match ! Et c’est bien pratique, parce que, entre vous et moi, Lieutenant, ca va tellement vite, que sans les "ralentis" – ça s’appelle comme ça, Lieutenant, des "ralentis" – on aurait bien du mal à savoir vraiment c'qui se passe sur un terrain. Et d’ailleurs, c’est grâce à ces "ralentis" qu’on a vu Thierry Henry accompagner le ballon de la main. Et volontairement, en plus, puisqu’il l’a touché deux fois ! Sinon, on l’aurait pas vu. Pas plus Jean-Michel Larqué, moi, ou tous les autres derrière leur télé.
- Ni tous les autres qui étaient dans les tribunes, m’sieur ..
- Ah ben eux, c’est différent, Lieutenant. Ils n’ont pas le ralenti, du tout. Ils vivent le match tel quel, brut de décoffrage, si vous voulez. J’peux vous en parler, j’en ai fait des matches, moi, depuis les tribunes, et j’vous certifie que ça va tellement vite sur le terrain que souvent, un but, on ne le voit qu’à la fin, quand les filets tremblent. Même que c’est frustrant ! Parce que, ce qui a précédé le but, l'action, on n’a pas eu le temps de la voir vraiment .. A moins d’être carrément sur le terrain, j'ne vois pas comment ..
- Comme vous dites, m’sieur ! A moins d’être sur le terrain ! Et c’est là, que j’en reviens à la question que j'vous posais, m’sieur : comment se fait-il que l’arbitre ne l’ait pas vue, cette main, puisqu’il y était, lui, sur le terrain ?
- Oh ça, c’est facile à expliquer, Lieutenant : parce qu’il était trop loin. Voilà tout ! Pas autant que Jean-Michel Larqué ou le public dans les tribunes, mais assez pour ne pas l’avoir vue ..
- Assez pour ne pas l’avoir vue
- Oui, Lieutenant. Et ça va tellement vite que .. Enfin, sans les images du "ralenti", c’est pas possible de …
- Sans les images du "ralenti", m’sieur ?!? … Vous voulez dire que l’arbitre ne les a pas vues, m’sieur ?
- Ah ben non, Lieutenant !
- L'arbitre du match ne voit pas les "ralentis" … Ça, c’est intéressant, m’sieur ! … Vous, vous les voyez. Vous et des millions et des millions de gens. Le commentateur, aussi. Mais pas lui … C’est curieux, vous ne trouvez pas, m’sieur, que celui qui dirige le match, doit prendre les décisions, se faire respecter par les joueurs, le public, ne puisse pas voir les "ralentis" ? … Comment vous l’expliquez, ça, m’sieur ?
- Ben .. C’est à cause de Michel Platini. Le président de l’UEFA. Il ne veut pas d’un arbitrage vidéo.
- Un arbitrage vidéo, m’sieur ?
- Oui, c’est comme ça qu'ça s’appelle. Il dit que ça ralentirait le match. Que ça tuerait le football.
- Il dit que ça tuerait le football, m’sieur ? .. Mais … Il connaît le football, ce Michel Platini ?
- S’il connaît le football ? Vous plaisantez, Lieutenant ? ... Mais enfin, ça été l’un de nos plus grands joueurs ! Il a eu trois fois le Ballon d’Or !
- Alors là, j’comprends plus rien du tout, m’sieur !
- Qu’est-ce que vous-ne-comprenez-plus-rien-du-tout, Lieutenant ?
- Eh bien, m’sieur, comment un homme qui connait aussi bien le football peut refuser d’accorder à celui qui dirige un match ce qu’il accorde à tous les autres qui ne le dirigent pas ! Vous saisissez, m’sieur ? … Là, j’avoue que ça me dépasse, tellement ça n’a pas de sens ! Parce que, m'sieur, s’il y a un homme qui doit pouvoir visionner ce que vous appelez les "ralentis", c’est bien l’arbitre !
- Ben … C’est vrai que vu comme ça, Lieutenant .. Le problème, c’est que, y’a rien à faire, Platini, il n’en veut pas de l’arbitrage vidéo. Même après ce qui s’est passé mercredi soir ..
- Dans ce cas, m’sieur, j'ne vois plus qu’une solution ..
- Ah ! .. Et laquelle, Lieutenant ?
- Supprimer les "ralentis", m’sieur !
- Supprimer les "ralentis" ? Mais vous n’y pensez pas, Lieutenant ! Comment on ferait, nous, les téléspectateurs ? On n’y verrait plus rien ! On serait complètement perdus !
- Ca, j’peux le comprendre, m’sieur. Et j’vais même vous faire un aveu : ce serait criminel de les supprimer, les "ralentis". Parce que, sans eux, toutes les interprétations seraient possibles. Et donc, bien des comportements … Si vous voyez c'que j’veux dire, m’sieur ..
- Oh oui, je vois assez bien, Lieutenant. Et là, pour le coup, ce serait vraiment la mort du football.
- Non m’sieur .. La mort du football, c’est c'que vous avez vu mercredi soir et que l’arbitre, lui, n’a pas vu.
- […]
- Quelque chose ne va pas, m’sieur ?
- Euh .. Non .. Enfin, je .. Je m'demandais si la mort du football, c’était pas Domenech, plutôt ?
- Juste celui du football français, m’sieur ... Moi, j'vous parlais du football, en général …
- […]
- Oh, m’sieur, j’allais oublier ! ... Vous êtes sûr qu’un ancien grand joueur peut faire un bon président de l’UEFA ? ... J’voudrais pas vous embêter, m’sieur .. Mais, comme vous aimez le football, je ne pouvais pas ne pas vous poser cette question …

18 novembre 2009

C’Est Maintenant Ou … Patrick Sébastien !

Le Chanteur Masqué.jpgA force, noyés, ou se laissant noyer, par les flux et les flots contradictoires des infos, des avis, rien, on ne remarque plus rien. On accepterait même l’impensable, sans moufter. Comme ça.
Toutes ces images, tous ces mots, ce brouhaha permanent, partout, dans la radio, sur nos écrans, tout le temps, il faudrait s’en défaire, s’extraire, se dire que, ça n’est pas important, non ça ne l’est pas tant que ça ! A quoi bon, après tout ? Avec ou sans moi, ça tournera aussi mal que pire, et d’ailleurs pourquoi avec moi ? Hein ? Qui suis-je, ou serais-je, pour penser que ce pourrait être avec moi ? … Quoi, dans l’urne … ? Ma voix dans l’urne, c’est ça ? Elle compte, cette voix ? Et si je disais non, je ne crois pas, elle ne compte pas plus que les autres, que la tienne, elle est insignifiante, relativement insignifiante ! Le génie, pervers, mais génial, c’est de nous avoir fait croire que cette voix, mais bien sûr qu’elle compte, il ne faut pas y renoncer, ne renonce pas, vote, exprime-toi, alléluia, après quoi

… Après quoi, Zemmour, Giesbert, Duhamel, Barbier et tous les autres - TOUS les autres ! - et comme ils sont nombreux, et de plus en plus, et toujours les mêmes, je veux dire, pensant pareil, parlant sur le même mode, viendront t’expliquer, flux, flots, pourquoi, et comment elle marche mal, la société ; viendront t’expliquer, flux, flots, que les gens pensent que, que les gens voudraient que, qu’ils ne sont pas, les gens, contents parce que ; mais les gens, c’est qui ?
C’est eux ?
C’est effrayant, non, toutes ces personnes, oh certes brillantes pour quelques-unes, toutes ces personnes dans la radio, la télé, la presse, partout, qui, à intervalles réguliers, parlent de nous, des qui chôment, qui sont seuls, ne savent plus, des qui sont prêts à tomber, tout lâcher, ou qui votent mal, et d’ailleurs, s’ils votent mal, Front National, c’est bien parce qu’ils souffrent, qu’ils sont seuls, ne savent plus … Ah ! C’était donc ça ? ...
Toutes ces personnes, confortablement assises, gracieusement rémunérées, qui désossent, parfois entre deux salves d’applaudissements - les nôtres - le mal-être qui nous ronge, la colère, légitime disent-ils, qui nous tente mais jamais n’éclate, vraiment.
Et ça fait des années que ça dure, des années qu’ils parlent, comme ça, de nous, du voisin, et pourquoi pas de son chien, celui qu’a la rage, de notre façon de vivre même, de nous habiller, de boire, de bâfrer. Ça fait des années qu’ils nous donnent la leçon. Qu’ils nous font la morale.

Et nous ?

Oh nous, on existe à peine, mis en scène, grotesques dans des jeux de cirque télévisés, furtifs dans un micro-trottoir ou pathétiques figurants de reportages, montés, coupés, mixés, "floutés". Sans droit de regard.
Nous, nous sommes au bout d’un fil, celui numérique d’un standard radiophonique, mais vite fait, faudrait pas déranger, tu comprends - la pensée, la dominante ? Et si jamais, le temps d’antenne tu dépasses, tu t’épanches, on passe au suivant, on enchaîne, on te zappe, non sans t’avoir soigneusement fiché. Les fichiers, sais-tu, ça existe, en radio, comme en télé ! Nous y sommes, après notre passage, répertoriés comme “bon” ou “mauvais client”. Avec toutes nos personnelles coordonnées.
Nous sommes, au mieux, de la chair à canon d’audimat, une variable d’ajustement ; au pire, mais à vrai dire et pour eux, du bétail, un troupeau qui fait “meuh”, qui fait méééé” (68, parfois ..)
Puis, comme nous nous sommes exprimés, ils reviennent, Barbier, Bacqué Reynié, et TOUS les autres, les revoilà autour d’une table ou n’importe quelle autre table de n’importe quelle autre émission, télé, radio, peu importe, ce sont toutes les mêmes, car ce sont toujours les mêmes personnes qui y sont conviées, et s’il y en a une nouvelle, de personne, c’est encore la même, puisqu’elle pense et s’exprime, flux, flots, comme ses pairs, ses glorieux et médiatiques aînés.
Encore ils parlent de nous, de ce que l’on veut, de ce que l’on pense, et même quand nous ne disons rien, c’est pas grave ! Il y a des sondages qui disent que nous pensons ceci, nous voulons cela ; alors c’est reparti, ça continue, et pourquoi diable sommes-nous ainsi, volatiles, versatiles, j’entends même ingouvernables ! Ah, mais c’est ça, la France ! Les français ! Voyez-vous, nous sommes formidables, nous, les français ! Oui, formidables, parce que, au fond, même ingouvernables, elle tourne encore et toujours la République, et pas si mal que ça ! Elles passent les réformes, mêmes les plus liberticides ! Oui, on râle, on geint, on se plaint, on trépigne et parfois manifeste, mais finalement, hein, ça tient ! Mais ..

… Mais comment est-ce possible ?

Je veux dire, comment en est-on arrivé là, à laisser parler ces gens-là, à notre place ? A penser pour nous, et parait-il - tu vas pas le croire ! - pour notre bien ?
Qui sont-ils ces consultants, ces analystes, ces éditorialistes, pour que nous leur accordions tant d’importance ? Que vivent-ils, au quotidien, pour savoir ce que je suis, ce que je souffre, ce que je veux ou ne veux plus ? Par quel miracle ou falsification de la pensée, peuvent-ils, ainsi, nous décrypter, comme des grenouilles nous disséquer ? Du haut de leurs plateaux, radio, télé, oui, de là-haut, sauraient-ils, infailliblement, ce que nous sommes ?
Vraiment ?
S’ils le savaient, mais avant tout, s’ils nous considéraient un peu, rien qu’un tout petit peu, alors pourquoi, hein, quand quelqu’un, un autre qu’eux, ose venir, là-haut, les interpeller ou les contredire, avec des mots de presque tous les jours, des pas conventionnels, des hésitants, alors ils le traitent avec condescendance ou net, de … bobo ! Oui, tu m’as bien entendu, de bobo ! Parce que, eux, bien sûr, ils n’en sont pas ! Oh non, ils sont bien au-dessus de ça, confortablement assis, gracieusement rémunérés ! Ils sont la loi, oh si, ils le sont ! Et avec la notice, s’il vous plaît ! C’est eux la raison. C’est eux !
Et si, une autre fois, un type, un qui parle comme il parle, tu vois, un salarié, ou celui qui les défendrait, comme ce Xavier Mathieu - tu te souviens ? Alors là, c’est d’abord la gêne sur le plateau, parce qu’il parle comme il parle justement, parce que oui, il peut être grossier, mais la vie, elle est grossière ! La vie, il l’éprouve, lui, et c’est pour ça qu’il n’a pas d’autres mots pour la décrire ; et alors tu sais quoi ? Alors, le mépris ! Oui, le mépris, je t’assure, il se lit, il transpire chez ces gens-là, et lui, le salarié, le Xavier Mathieu, il le sent, ce mépris, alors il hausse le ton ! Normal, vu comme on le traite ! Il se révolte, oralement se révolte, et là, c’est la curée, ils disent que c’est insupportable, qu’il est violent ! Ah mais si, vous êtes violent ! Enfin, écoutez-vous ! Et ça, la violence, c’est inacceptable ! I-nac-ce-pta-ble ! N’est-ce pas, Benoît Hamon ? N’êtes-vous pas d’accord ? Il est d’accord, Benoît, mais .. Mais non ! Trop tard. Il l’a dit. C’est inacceptable. Voilà, c’est fini. Sujet suivant ! … Et merde ! Pour une fois qu’un type parlait comme nous, tentait avec ses mots de décrire ce que l’on souffre, comme on en bave, on lui coupe la chique ; pire, on l’humilie. Il n’est pas assez bien, le salarié ; pas assez propre, le syndicaliste. Il n’est pas "éthiquement" ou "correctement" représentatif.
Alors ils reviennent, Bonnaud, re-Duhamel, re-Barbier et re-TOUS les autres, et à nouveau, ils parlent de nous .. Non !

Non, c’est plus possible !

Je (me) dis que ce n’est plus possible. Il faut arrêter ça. Les gens qui parlent à notre place, faut arrêter ! Ces gens qui ne savent rien de rien de notre quotidien comme de nos rêves, ça suffit ! C’est à nous, désormais, de parler. A nous !

Quoi ?

Du populisme, dis-tu ?
C’est ça ?


Eh bien soit, si tu le dis, allez, noyé que je suis dans les flux, les flots, je basculerais donc, puisque ça te fait tant plaisir, dans un populisme de mauvais aloi en faisant part de ce que je pourrais appeler mon exaspération, sauf que, c’est bien au-delà, de l’exaspération. Très au-delà !
De toutes les façons, quoi qu’on dise, ou écrive, nous les sans-noms, on se fera mal traiter de "populistes", de "bobos", de "démagos", de "poujadistes", voire même, plus salement encore !
Quoi qu’on dise, ou écrive, l’étiquette, une infâme de préférence, est prête, prête dans le seul but de nous discréditer, nous faire passer pour ce que jamais nous fûmes, nous renvoyer, gueux, manants, d’où l’on vient.
Alors, puisque c’est ainsi, ainsi qu’ils nous voient, décrivent et maltraitent, autant y aller : reprenons la parole, cette parole que chaque jour et depuis trop longtemps, ils nous volent et travestissent ! Gueulons, scandons, manifestons, faisons-nous entendre, tout de suite ! Maintenant ! Sinon …

Sinon, c’est Patrick Sébastien qui le fera.

16 novembre 2009

Mais Au Fait, Où Est-Elle, La “France D’Après” ?

Te souviens-tu d’un clip de campagne du candidat Nicolas Sarkozy, un clip qui fête ses trois ans ce mois-ci, puisque datant de novembre 2006 (“Jo-yeuuuux anniiiii-ver-sairrrre, le clip de campagne de Nicolas !”) ?
Sur une musique non pas d’ascenseur (social ?) mais typique de celle illustrant ces spots publicitaires vantant qui une assurance, qui une banque, qui une agence-intérim-de winners-où-tout-le-monde-il-est-beau-et-sourit, Nicolas récitait un texte, le ton pausé, rassurant. C’est ce que l’on appelle un slam.
Il portait un titre, ce slam : “Imaginons La France d’Après !

Je te propose d’y retourner, aidé d’un café corsé ou, à défaut, d’un schnaps carabiné, ensuite de quoi, j’en suis certain, tu te battras bec et ongles contre cette absurde proposition, celle d’un "droit à l’oubli" (il n’en est pas question, madame NKM, car ce serait alors nous priver de ce nectar, ce document que je qualifie sans barguigner d’historique, ce clip qui doit mordicus rester sur le Net afin d’instruire nos mémoires trop souvent sélectives ou capricieuses quand ce n’est point branlantes ..) :



Quelle émotion - et à la fois, quel choc ! - n’est-ce pas, nous éprouvons et ressentons à l’écoute et la vision de ce clip !
Ce slam d’une minute et quarante cinq secondes qui vire, au final, en comédie musicale de pacotille chantée (?) par de jeunes godelureaux, aussi creux que fats (“On peut tous imaginer-ié-ié-iéééé/Mumh, mumh, mumh”) !
Ah, mais quel sublime désastre de l’art contemporain et numérique ! A ce point, que vois-tu, plutôt que d’enseigner - au nom d’une identité nationale (pathétique cache-misère, vil subterfuge !) - à nos enfants une sanguinaire Marseillaise, je me plais à imaginer que l’on fît, chaque matin dans toutes les écoles, tous les collèges et lycées de France, récitation de ce texte riche de deux cent vingt-trois mots, afin que chacun se souvienne qu’un jour, alors que l’hiver et Legrand Augustin toquaient à notre porte, un homme nous contait une France où le vent caressait les coquelicots ; une "France d’Après".

Une France où le salarié, extatique, victorieux, déambule, bras levés, dans son entreprise, ou croule de bonheur sous des dossiers multicolores.
Une France où l’égalité des chances, c’est pouvoir, dès haut comme trois pommes, contempler à perpette et derrière de frimeuses lunettes, les neiges éphémères de nos pistes skiables.
Une France où la liberté, c’est se fendre, acrobate, d’une roue dans la rue, jeter son corps sur un duvet de fleurs.
Une France aux visages multiples, bigarrés, éclatants, invariablement souriants.
Une France où, cadre supérieur, tu fais le con sur un vélo ; à bout de bras, projettes, envoies virevolter ton enfant dans le ciel bleu.

Une France dont l’ambition est de montrer au monde un chemin original, chemin symbolisé à l’image par un avion s’envolant, et tiens donc, on pense – trois ans après, qui pourrait nous le reprocher ? – à trois afghans qui seraient dans cet avion, trois afghans retournant, via Air Besson, dans leur pays dévasté par la guerre et les privations. Comme chemin, comme ambition, ça oui, c’est pour le moins “original” …
Oh j’en conviens, c’est faire preuve de bien mauvais esprit, que de relever cela. En même temps, comment ne pas le relever, les images aidant ! – c’est terrible, non, les images ? Mais à vouloir ne vivre (et régner) que par l’image, il fallait bien se douter, qu’elles se vengeraient, les braves salopes ! C’est comme une épée, une image ! Ceusses qui l’utilisent comme un glaive, un jour, par elles périront.
Oui, c’est terrible, l’image, car vois-tu, afghans nonobstant, cette France promise il y a trois ans, cette "France d’Après", elle n’existe (toujours) pas.

Trois ans après, c’est une France où le chômage, la précarité et la souffrance croissent. Point de vent caressant paisiblement un champ de coquelicots, mais - sous prétexte d’une crise qui jamais n’atteint ni ne touche le puissant - une pluie de licenciements balayant les pots de terre que nous sommes.

On ne croule pas de bonheur, non plus, sous les dossiers multicolores, on se suicide, plutôt, à France Télécom, chez Renault, PSA-Citroën, dans la police, chez les agriculteurs, les vieux et les chômeurs. C’est la France qui se suicide plus tôt. Plutôt qu’elle ne se lève.

On ne fait pas plus virevolter son gamin dans le ciel bleu, on devine celui, gris, abyssal, de sa dette, celle que l’on creuse sans compter et qu’il devra combler, moins par le mérite que par ses efforts, toujours et encore, des efforts. Dimanche compris. Suer plus et plus longtemps, jusqu’à, disons, tes soixante huit ans. Pour la prospère tranquillité de - toujours les mêmes, bien que moins nombreux me dit-on - quelques croquants : banquiers, assureurs, hommes d’affaires et/ou de pouvoir.

Bref.

Trois ans après ce slam de Nicolas, il faut bien le constater, la "France d’Après" n’est pas là.
Trois ans après ce slam de Nicolas, la France, en réalité, c’est un ... Grand Corps Malade

NB : Mais ne perdons pas espoir, car comme le dit le slam : il n’y a pas de fatalité, il y a certainement une France d’Après … Après Sarkozy !

13 novembre 2009

Dialogue Avec Mon Identité Nationale Qui M’En Apprend Des Vertes Et Des Fort Peu Catholiques

Dupont National.jpg- A quoi penses-tu ? [*]
- Je ne pense pas. Je me pose des questions.
- Lesquelles, de questions ?
- Pffffff ..
- A ce point ?
- Oui.
- Mais, par exemple …
- Eh bien, par exemple, je me demande si j’ai, à un moment, ou à un autre, cultivé la haine de moi.
- “Cultivé”, dis-tu ?
- Oui.
- Tu ne trouves pas que le terme est un peu fort ?
- Il n’est pas de moi.
- De qui est-il ?
- De Nicolas Sarkozy ..
- Qui est Nicolas Sarkozy ?
- Je ne sais pas. Personne ne sait.
- Dans Wikipedia, ils disent qu’il est président de la République française.
- Parfois, Wikipedia se trompe.
- Sans doute. Mais là, comme erreur, ce serait énorme.
- Plus c’est énorme, plus ça passe !
- C’est pas Jacques Chirac qui avait dit ça ?
- Si. Ou à peu près ..

[ … un ange déguisé en juge d’instruction passe … ]

- Et, tu as une réponse à cette question ? Je veux dire, as-tu réellement le sentiment d’avoir cultivé la haine de toi ?
- Oui … Enfin, il m’est arrivé, oui, de me haïr.
- Quand ?
- Quand, je ne sais pas exactement ! A certains moments. Tu sais, quand tu te traites de tous les noms parce que t’as agi comme un con, alors que tu savais pertinemment ce qu’il fallait faire et que tu ne l’as pas fait.
- Et, ça se cultive, "ça" ?
- Non. C’est un moment. C’est tout. C’est passager. Pénible, mais passager.
- Alors, si c’est aussi passager que tu le dis, pourquoi Nicolas Sarkozy parle-t-il de la culture de la haine de soi – à ton avis ?
- Je n’en sais rien. En même temps, avec lui, tout devient possible, non ?
- A condition d’être ensemble, oui … Mais … Une idée comme ça … Peut-être ne parle-t-il pas du “moi” ainsi que tu l’entends, mais d’autre chose
- Ah oui ? … Et de quoi ?
- Il me semble – enfin, c’est une connaissance, un politologue pour ne rien te cacher, qui m’en a touché deux mots – qu’il parlerait plutôt de ton autre moi. Le pays qui t’habite. De la France, quoi ! Ainsi quand il évoque ceux qui “cultivent la haine de soi” il faudrait comprendre qu’ils cultivent, en réalité, la haine de leur pays ; ici, la France.
- Mais je ne suis pas mon pays !
- Peut-être voudrait-il que tu le sois. Que nous le soyons tous.
- Que nous ne formions plus qu’un, c’est ça ?
- Eh bien, c’est ce que l’on pourrait comprendre, oui.
- Mais c’est impossible !
- J’inclinerais à penser comme toi, mais ..
- Mais quoi ?
- … Mais dans la religion chrétienne, n’est-ce pas – et ce, dès notre première raie sur le côté - ce que l’on nous apprend : que nous ne formons qu’Un. Que c’est l’Amour qui fait que nous ne formons plus qu’Un. Ne sommes-nous pas, ami, mon frère, le sang et le corps du Christ ?
- Je crois que tu divagues copieux et prends Sarkozy pour un curé de terroir.
- Pour un curé, je ne sais pas, mais … Le discours auquel tu te références, qui – pardonnez-moi, mon Dieu ! - te turlupine et te pose questions, l’a-t-il prononcé ?
- Dans le Vercors.
- Oui. Mais, plus précisément ?
- A la Chapelle-en-Vercors.
- Et dans Chapelle-en-Vercors, il y a ?
- Chapelle … Et … Tu penses que c’est fait exprès ?
- Je pense que Nicolas Sarkozy sait ce qu’il fait et d’où il le fait. Y a-t-il plus bel ou plus adéquat endroit qu’un village nommé Chapelle pour vanter "nos cathédrales, expression du génie français" ou rappeler "ce que notre morale laïque doit aux leçons de l’Église catholique" ..
- Oui, enfin, Chapelle-en-Vercors, c’est avant tout un haut lieu de la Résistance.
- C’est vrai. Mais rapporté à aujourd’hui, et puisque Nicolas Sarkozy l’a choisi, ce lieu, minutieusement, en connaissance de cause et pour servir cette cause, cela devient un lieu de résistance à quoi, à qui ?
- Je sais pas .. Je vais dire une connerie, je crois ..
- Dis-là .. Ce ne sera pas ta première ..
- Comme tu es charitable …  La burqa ?
- La burqa ! Voilà ! Voilà LE prétexte, LA connerie, justement, du moment. LE chiffon qu’on agite. Il y en eût d’autres ..  Souviens-toi de ces musulmans qui égorgeaient des moutons dans leur appartement !
- Et pourquoi pas nos fils et nos compagnes pendant qu’on y est ?
- Ben oui, pourquoi pas ..
- Tu plaisantes, là, j’espère ..
- J’aimerais.
- Comment ça, t’aimerais ?
- Tu ne comprends donc pas ?
- Non.
- Mais enfin, c’est pourtant limpide. La France et l’Islam, ça va pas ensemble, et c’est depuis une chapelle qu’on te le dit. Tu comprends ? … C’est, te fait-on comprendre, le musulman qui cultiverait la haine de la France, "ce pays où la femme est libre". C’est lui qui menacerait notre identité "singulière et plurielle". C’est encore lui (et personne d’autre, n'est-ce pas ...) qui précipiterait le pays dans le "communautarisme". Voilà le message ! Voilà pourquoi identité nationale est très étroitement liée à immigration et intégration sur l’intitulé du ministère de monsieur Besson, ex-député PS de la Drôme - où git le Vercors - soit dit en passant. Voilà ce qu’il nous est donné à entendre … Quand bien même, on te ferait aussi passer l’idée que, un bon musulman, français et fier d’être auvergnat, c’est possible ! Il suffirait qu’il ne soit pas nombreux, et qu’il vive, mange et s’habille comme un chrétien.
- Comme un français, tu veux dire ?
- Décidément, tu ne comprends rien, ou ne veux pas comprendre. N’as-tu donc pas encore saisi que pour Nicolas Sarkozy, français, chrétien, c’est pareilpour ne pas dire : kif-kif ! Ça ne fait qu’Un. C’est indivisible ! C’est NOTRE identité nationale. Et il n’y en a pas d’autre ! D’où la chapelle. D’où, depuis elle, l’appel à résister à tout ce qui la menace.
- Mais pourquoi proposer d’en débattre alors ?

[ ... un Judas de la Drôme passe ... ]

- Ça ne va pas ?
- Non. Pas très bien. Je crois que là, pour le coup, avec tout ce que tu viens de m’apprendre, j’ai la haine.
- Peut-être que celle-ci vaudrait la peine d’être cultivée. Non ?
- Ma foi


[*] Comme Nicolas Sarkozy - ou Dieu - mon identité nationale me tutoie …

11 novembre 2009

Livré Au Pire [Que Nous Sommes]

Une "Planet" Pas Très Nette Et Sujette Aux Soucis

Saint-Maur-des-Fossés, samedi soir. Patiemment, nous attendons qu’il passe au vert, le feu rouge.
Sur notre gauche, un jeune homme casqué, vissé sur la selle de son scooter.
Il est aux aguets, les yeux rivés sur le feu, inquiet. Je me dis que, somme toute, c’est normal ce stress, tant je le sais, un livreur est soumis à la dure loi du “timing”. Trente minutes, et pas une de plus, pour une livraison ; au-delà, ça barde, et copieux, pour son matricule. Mais tout de même, il m’a l’air bien plus stressé que la moyenne, ce garçon.
Comme s’il voulait provoquer le changement de couleur, il s’avance un peu, les doigts crispés sur le guidon. Désormais nous voyons le scooter dans sa totalité. Alors, je comprends.

A l’arrière, au-dessus du panier métallique contenant les victuailles (japonaises) à livrer, une pancarte. On ne peut la rater tant elle est proéminente et blanche. En noir, il y est inscrit ceci :

Que pensez-vous de ma conduite ?”.

Et “vous”, c’est moi, c’est toi, c’est nous. Bref, ça peut être n’importe qui.

Ainsi donc, je (tu-elle-nous-vous-ils) suis autorisé à juger (?) de la conduite de ce garçon, et si elle me déplaît, je peux contacter son entreprise, le numéro de téléphone étant indiqué, bien en évidence, sur la pancarte, tout comme le nom de code du livreur (en l’occurrence, il se résume à une lettre et un chiffre) permettant à son patron de l’identifier, et, le cas échéant, de le congédier.
Ainsi donc, je peux balancer ce garçon. Le dénoncer. On m’y invite en caractères gras. Oui, je pourrais, comme ça, par un simple coup de fil, lui faire perdre son emploi. Même s’il n’aurait rien brûlé, dépassé ou éraflé. Juste par cruauté. Ou par désœuvrement. Après tout, qu’est-ce qui m’en empêcherait, moi comme n’importe qui d’autre ?
Enfin quoi, ce garçon, ce livreur, n’est-il pas, par son entreprise, livré au pire ? Car, si “le monde” est tel que le décrivait Arthur Schopenhauer, soit peuplé “à plus des cinq sixièmes” par “des gredins, des fous ou des imbéciles” [*], vous imaginez bien que ce pauvre garçon a toutes les raisons de se faire du sushi ... du souci, flipper sa race, stresser à grosses gouttes, de maudire ce feu rouge qui durant un peu trop, l’expose par sa pancarte (ignoble et humiliante à la fois) aux sombres vicissitudes de la nature humaine.
Ainsi donc, voilà le monde dans lequel nous vivons ou – s’il n’est pas trop tard - l’on nous invite à vivre. C’est à ce monde-là qu’il faut dire non. C’est ce monde-là qu’il faut combattre. Celui du fichage et du “flicage” (via une pancarte ou un système GPS) à tout crin. Celui qui autorise le quidam lambda, sous couvert de l’alibi de citoyenneté, à dénoncer qui il veut, quand il le veut, et selon son humeur. Sa nature.

Ce qu’il faut dénoncer (et refuser) haut et fort, c’est cette nouvelle et inquiétante tendance, la surveillance par tous les moyens possibles des salariés par leur entreprise, ou ici, par le tout-venant. Ne pas se dire que ça n’a aucune importance, qu’on ne peut rien y faire, que c’est comme ça, sinon, cela signifierait que plus rien de rien n’aurait d’importance et que nous serions d’accord pour être demain, et plus encore qu’aujourd’hui, livrés au pire (que nous sommes).


[*] Extrait de A Soi-Même, recueil de notes intimes d’Arthur Schopenhauer [Éditions de l’Anabase, 1992]


Ajout du 11 février 2010 : Et Pierre Marcelle Revint A La Charge !


09 novembre 2009

"Impossible de rentrer dans l'Histoire sans Nicolas sur la photo"

16150_176711301077_7766361077_3359903_534188_n.jpgOr donc, il semblerait, et contrairement à ce qu'il prétend sur sa page Facebook, que Nicolas-je-ne-vous-mentirai-pas-Sarkozy ne se soit pas illico-presto - soit le 9 novembre 1989 - rendu à Berlin Ouest, pour donner de sa personne et des coups de pioche dans le Mur déjà branlant, en compagnie, qui plus est, d'Alain Juppé, puis de François Fillon.

Les murs ayant des oreilles et le Net une mémoire
, ce serait plutôt vers le 16 novembre. Soit une bonne semaine après l'évènement.

Ce petit arrangement (ou pas) avec l'Histoire donne lieu à quelques gausseries et autres parodies, dont celle-ci, ma foi particulièrement bidonnante, quand bien même divergeraient les versions :





PS : Je ne sais pas et me fous de savoir si Nicolas Sarkozy était bien à Berlin le 9 novembre 1989, ce que je constate, c'est que quand on lui parle de notre pouvoir d'achat, on se heurte à ... un mur !

05 novembre 2009

Bonne Nouvelle Pour La Gauche : Le PS Déclare Forfait Pour 2012 !

Rempotez-Moi Ca !

Entre Malek Boutih estimant qu’une victoire du PS en 2012 “n’apporterait pas une espérance nouvelle”, François Hollande se disant “sceptique” quant aux chances du PS de remporter la présidentielle-de-dans-moins-de-trois-ans et Pierre Moscovici sortant un livre brillamment intitulé “Mission Impossible ?” on hésite à penser quoi que ce soit. A vrai dire, on est bien embêtés.
Mais en même temps, on a tout de même envie …

1 – De féliciter ces trois lascars, ne serait-ce que pour la lucidité émanant de leurs propos (même affublée d’un point d’interrogation, ce qui dans le cas de Moscovici est somme toute logique, vu qu’il est député du Doubs, et que dans le Doubs à défaut de t’abstenir, tu t’interroges …) la lucidité, une qualité fort peu courante chez nos présumés socialistes. A ce point, que régulièrement on (la droite) leur reprochait un certain “angélisme”.

2 – De les féliciter une seconde fois et tambour battant (genre en invitant des amis, même Facebook) tant cette soudaine lucidité nous en bouche un sacré coin !

3 – De leur dire, nonobstant et passé notre étonnement qui n’était, bien évidemment, que cynisme et ironie au carré, que si c’est une tactique pour faire croire à Nicolas Sarkozy que la voie est libre, qu’il a déjà gagné haut la main et les doigts dans le nez (ce qui, physiquement, n’est pas banal et, à la fois, fort malpoli) la présidentielle 2012 faute d’opposition, faute de PS, avec l’espoir - ou plutôt l’arrière-pensée - que, jaugeant l’affaire pliée d’avance, il baisserait la garde ou s’endormirait sur ses lauriers, voire se laisserait aller à quelques fanfaronnades de mauvais aloi (du genre plus gratinées que : “Cette élection, j’commence à pas trop mal la sentir !”) fanfaronnades qui lui feraient perdre des tas de points S’miles auprès de l’électorat au profit, bien entendu, du candidat PS, qui, du coup, et contre toute attente, viendrait le coiffer sur le poteau, c’est d’un foireux rarement égalé !
Faudrait quand même pas prendre le locataire de l’Élysée pour une burne de compétition !

Non mais franchement, quel serait l’intérêt, autre que celui – et donc foireux - développé dans le point "3”, pour un parti comme le PS (le deuxième de France après l’UMP, faut-il le rappeler, soit celui qui, théoriquement, a le plus de chance de représenter ce que, poliment, nous nommons : l’alternance) de se déclarer perdant à une élection qui, de surcroît, n’aura pas lieu la semaine prochaine, mais dans deux ans et demi ? Deux ans et demi !!! C’est qu’il peut s’en passer des évènements, et des fâcheux, durant ce laps de temps, d’autant plus que la crise n’a pas dit son dernier mot - pas plus que ses derniers maux. Pire, elle vient, pour nous autres les salariés (ou pas) d’en bas, à peine de commencer.
Et quand bien même, cette abdication (grotesque) ne relèverait pas d’une éventuelle tactique, que faudrait-il comprendre alors des défaitistes déclarations de messieurs Boutih et Hollande et de l’interrogation Moscovicienne ? Sinon, ceci :

Nous ne voyons pas qui, au sein du PS, peut battre Sarkozy en 2012. 

Car c’est bien cela, malheureusement, qui est sous-entendu : le “qui”. Rien d’autre. Et surtout pas, et c'est à déplorer, un quelconque projet. Ce qui est pourtant, le projet, essentiel, vital, incontournable pour mener un combat, espérer la victoire. C’est le projet qui peut apporter “une espérance nouvelle”. C’est un projet qui peut dissiper les éventuels scepticismes, notamment ceux des électeurs. C’est un projet qui pourrait rendre une "mission" possible. Or, en annonçant (buzzant, comme on dit) ou prévoyant à haute voix leur défaite (ou leur souhait de ne pas remporter la présidentielle de 2012 – Boutih) près de trois ans avant l’échéance, les socialistes nous font ce terrible aveu :

Nous n’avons, aujourd’hui, aucune autre politique crédible à vous proposer, aucune alternative, et nous n’en aurons pas plus une dans les 130 semaines qui nous séparent de la présidentielle 2012 !

C’est à se flinguer.

Mais il est vrai, c’est un fait, que le PS, depuis Jospin en 1995, croit plus en l’homme providentiel (qui finit par décliner forfait, comme Delors) qu’à un projet (d’où le forfait de Delors). Et pourquoi ? Parce qu’il ne sait plus ce que c’est, concrètement, qu’un projet socialiste (témoin de ce désarroi, Lionel Jospin en 2002 : “Mon programme pour la France n’est pas socialiste !”). Il ne voit pas comment il pourrait porter un tel projet dans un monde clairement libéral. Il n’y croit pas. Oh certes, ce n’est pas un scoop, chacun sait ou se doute (ou se "Doubs", à l’image du ravi de la crèche, Moscovici) se doute bien, disais-je, que cela fait belle lurette que le PS ne croit plus au socialisme (il n’a de “socialiste” que le nom, pour être clair).
Prisonnier de son étiquette, puisqu’entêté qu’il est à ne pas la changer (par exemple en rebaptisant le parti, soit en le délestant du terme : socialiste) il compte sur un homme. Une personnalité. Un nouveau Mitterrand. Un homme peu ou prou de droite, quoi (du coup, DSK semble être la meilleure option pour le PS en 2012) ! Celui qui mettrait tout le monde d’accord. Un pragmatique de droite (pure) avec un charisme de gauche (molle).
Avec un tel homme, le providentiel, le projet, celui qui se voit trop quand tu n’en as pas – ce qui est le cas, aujourd’hui - oublié ! Pas besoin ! Avec un tel homme, un projet, ça devient aléatoire, du folklore, du décoratif. Une guirlande de Noël. Un attrape-couillons, pour parler cru.

Cela dit, il y a tout de même un progrès (et nous en revenons aux deux premiers points identiques de cynisme dérisoire) : le PS sort – péniblement, mais sort - de cette soit-disant tare que lui reprochait la droite : l’angélisme. A mots couverts, il convient que le socialisme n’a aucune chance de l’emporter lors d’une élection majeure. Ce n’est plus, pour le PS, le socialisme (au sens Jaurès du terme) un facteur d’espérance.
Et c’est très bien.
Car le peuple de gauche sait désormais, et cette fois définitivement, que ce n’est plus vers le PS qu’il faut se tourner. Plus jamais.
Et donc, finalement oui, félicitons et bruyamment nos trois lascars, car, mine de rien, ils viennent de nous faire gagner un temps précieux. En gros : 130 semaines. C’est plus qu’il n’en faut pour que les vraies forces de gauche travaillent sans tarder sur et à un projet.
Si tant est, qu’elles se mettent d’accord. Ce qui, là non plus, n’est pas gagné ...

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