07 septembre 2009
Le Pôle Emploi, Ca N’Existe Pas
Enfin m’y voilà. Au Pôle Emploi. Celui de Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne. Pas facile à trouver. D’ailleurs, j’arrive en retard.
Je m’excuse, précisant que je ne suis pas d’ici et que Mappy.fr, c’est du grand n’importe quoi.
La fille me sourit. Elle doit avoir l’habitude.
Elle prend ma convocation et j’hérite d’un numéro. Le 33.
Je vais m’asseoir, sagement, avec mon petit cartable noir, sur un siège bleu en plastique, et j’attends. Qu’on m’appelle. Je me dis que ça devrait aller vite. Ils en sont au n°30, bureau 10, et il y en a 17, des bureaux. Mais ça traîne. Alors je promène mon regard, à droite, à gauche.
C’est tout bleu et blanc. Un peu comme le logo de la radio France Bleu.
C’est impersonnel, triste et propre.
Un moniteur diffuse des images (que personne ne regarde) et du son.
En boucle.
“… Vous devez répondre à toutes les convocations qui vous sont demandées …” ça dit.
“… Tout au long de vos recherches d’emploi, un conseiller vous accompagne …” et sur un drôle de ton. Neutre. Voire absent. Infantilisant, à certains moments. C’est peut-être cela qui énerve, doucement, une dame. Il est 15h16 et elle avait rendez-vous à 14h20. La jeune fille explique qu’elle est seule (à nous accueillir) et que nous sommes “énormément” nombreux.
Elle se calme, la dame. Retourne à sa place. Et le ballet des convocations reprend.
“… Certains d’entre vous ont droit à une allocation chômage …” dit le moniteur.
- 42 euros par jour, monsieur ..
- Net ?
- Oui. Net …
Ça fait pas bezef. Ça m’en fiche un coup. 56% de mon salaire, à vol d’oiseau. Les temps ont "énormément" changé. Je me demande comment un (ex) smicard peut bien s’en sortir.
Ce que je prends pour ma “conseillère” n’est pas désagréable. Loin de là. Juste, elle me semble lasse. Elle tape sur son clavier et moi je remplis les feuillets qu’elle me tend. Je coche des “OUI” des “NON”, je soussigne et je signe. Peu de mots sont échangés. Mais je me dis qu’une fois cette paperasse expédiée, nous entrerons dans le vif, qu’elle me demandera ce que je recherche, comme emploi, si j’ai des pistes, des envies, afin d’établir “ensemble”, comme le disait le moniteur, un “projet personnalisé”. Mais pas du tout. Elle me demande si je suis libre mercredi en fin de matinée. Je réponds que oui. Et me voila cochant, soussignant et signant de plus belle.
- Voici votre dossier, me dit-elle. Il contient vos identifiants, votre avis de prise en charge, le montant journalier de votre indemnisation, toutes les informations dont vous avez besoin et votre convocation pour mercredi, 13h30, à l’ANPE de Saint-Maur-des-Fossés ..
- Ah parce que je .. Je ne reviens pas ici ?
- Eh non, Monsieur. Désormais c’est l’ANPE de Saint-Maur-des-Fossés qui s’occupera de vous ..
- Mais je ne comprends pas .. Ici, c’est ..
- C’est le service indemnisation, Monsieur ..
- Ah .. Comme les Assédic. Enfin, je veux dire, avant, ce sont les Assédic qui ..
Elle sourit. Et je comprends.
- Alors en fait, je poursuis, y’a marqué Pôle Emploi, mais je suis aux … aux Assédic ?
Elle me dit que oui. Elle va même plus loin, me confiant que ce logo Pôle Emploi c’est “juste politique”. Qu’en fait, cela fait des mois qu’ils auraient dû déménager. Mais ils sont toujours là. Voilà. Les Assédic existent toujours. L’ANPE aussi. Rien n’a changé. La fusion ANPE/Assédic n’a pas eu lieu. Le Pôle Emploi, c’est juste un logo qu’a coûté bonbon. Rien de plus.
Je suis sur le cul …
Alors comme ça, ce Pôle Emploi qui devait être un outil “réactif”, “efficace”, bénéficiant de “moyens considérables”, un exemple de réforme du gouvernement Sarkozy, ce Pôle Emploi, il n’existe pas !
PS : Tout de même, juste par curiosité, sortant de cette Assédic maquillée en Pôle Emploi, je me rendais à cette fameuse ANPE de Saint-Maur-des-Fossés. Indiquée comme telle, je veux dire sous le sigle ANPE, sur les panneaux de la commune.
Comme les Assédic de Saint-Maurice, elle porte le nom de “Pôle Emploi”. Mais en réalité, c’est une ANPE classique. La réforme n’a pas eu lieu.
Cela fait maintenant un an, que sur ce sujet-là, précisément, ce gouvernement nous ment ..
19:44 Écrit par Philippe Sage dans Ma Vie Au Pôle Emploi | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fusion anpeassédic, pôle emploi, indemnisation chômage, enregistrement de son dossier au pôle emploi, assedic, anpe, la fusion anpeassedic n'a pas eu lieu |
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Commentaires
Avec un petit cartable noir aussi joli que ça, moi je t'aurais filé un boulot tout de suite !
Et bien payé en plus.
Ah oui, et merci de m'avoir prévenue pour le radar. Parce qu'en plus, on calcule la vitesse de ton enthousiasme à cinquante mètres du Pôle Emploi.
Téléscopage du Trésor Public et des Assedic, tu crois ?
Sur ce, à table. Viendez steuplai :P
Écrit par : bénédicte | 07 septembre 2009
Répondre à ce commentaire@ Bénédicte : j'arriiiiiiive !
On mange quoi (ça sent bon, en tous les cas ..) ? C'est que ça m'a donné faim c'te histoire ..
Écrit par : Philippe Sage | 07 septembre 2009
Répondre à ce commentaireMoi qui y pointe depuis mars, on ne peut pas complètement dire qu'elle n'a pas eu lieu la fusion, mais bon... le moins qu'on puisse dire c'est que c'est loin d'être abouti, quoi ... Aucun des personnels "ANPE" ne souhaite "s'abaisser" à faire le boulot de l'Assedic ("les chiffres c'est pas notre boulot, on n'est pas formés, ce sera très long, y a autre chose à faire), et ... quant aux locaux, bien évidemment, ils ne sont pas sortis tout seuls de terre pour accueillir le double de personnes ... même un quart de plus ...
Alors moi aussi je suis allée une seule fois sur le site "Pôle emploi" de l'ancienne Assedic, et je me rends régulièrement sur le site "Pôle emploi" de l'ancienne ANPE ... dans lequel, à chaque fois, quelques personnels effectuent une intégration à visée migratoire, manifestement inopérante ... Par contre, même si ce n'est pas eux qui m'ont trouvé le travail à temps partiel que j'ai, ils ont été actifs, au moins, pour me recevoir et me parler et me faire participer à des tas d'ateliers parfaitement inintéressants, à l'ex-ANPE ... A partir du moment où tu retrouves seul un emploi, tu les intéresses: ça leur fait un dossier de moins, et ils conseillent des exonérations fiscales et sociales à ton employeur.
Écrit par : M. | 07 septembre 2009
Répondre à ce commentairePourtant, j'entendais Sarko sur une vidéo de Bétapolitique, pas plus tard qu'hier, parler du Pôle emploi comme de la réforme de la mandature "jamais une réforme n'est allée aussi vite", qu'il disait. En guise d'hommage aux fonctionnaires concernés, il s'amusait de ce qu'on leur avait fait subir, "il a fallu tous les former", qu'il disait. "Et puis maintenant, on va leur demander encore pire, il va falloir qu'ils quittent leur petit bureau, avec ici une photo de la Polynésie pour rêver, là une petite orchidée pour s'occuper"...
Il n'y a pas que les fonctionnaires de police, qui sont méprisés. Et à ce compte-là, je ne sais pas comment elle va pouvoir résister, la motivation des plus motivés.
Bon, j'espère que tu ne comptes pas sur les conseillers de Saint-Maur-des-Fossés, pour te trouver un emploi de chroniqueur pigiste. En plus, ils ont tous la grippe A, à Saint-Maur !
Écrit par : Oh!91 | 07 septembre 2009
Répondre à ce commentaire..."Ce Gouvernement nous ment..."
Qui est coupable celui qui Ment ou celui qui "Accepte" ces mensonges ???
Qui est coupable celui qui Ment ou celui qui "Véhicule" (les médias par exemple) ces mensonges ???
Qui est coupable celui qui A Menti avant et après l'Election Présidentielle ou ceux qui ont validé par leur bulletin de vôte l'Election de leur Maire Upémiste...Un exemple : Béziers (ville que je connais très bien) a réelu un Maire Upémiste ...cette ville a 6000 logements sociaux (source vérifiée..!!!) pour 60 000 habitants , près d'un tiers de ces habitants bénéficient de ce type de logements...!!! Le centre historique de Béziers est à voir ...!!! Une anedocte . Mac Donald a fermé son "Restaurant(?)" sur les allées Paul Riquet cas UNIQUE en France!!!
Si j'ai développé cette question c'est pour dire simplement...que.............
Nôtre Gouvernement (comme les Précédents ) est COUPABLE de Nous Mentir , Mais nous Sommes RESPONSABLES de par Nos Votes...!!!
Quant au Pôle Emploi et ses dysfontionnements , je suis persuadé que ce n'est pas un MENSONGE ...mais plutôt un Euphémisme ...pour ne pas dire "On ne peut rien pour vous"
SCARFACEkosy ne ment pas...sauf quand il Respire...Sa Force ? être dépourvu de scrupules !!!
Et puis comme "On" dit " La vérité n'est pas toujours bonne à dire" , ou encore "Il n'y a que la Vérité qui fache"...
Par conséquent ce n'est pas dans "l'essence " d'un politicien de se Facher avec son Electorat ni de le blesser...!!!
Écrit par : georges | 07 septembre 2009
Répondre à ce commentaireTout pareil, j'ai eu mon 1er RV en juin au pôle emploi assedic et j'aurai RV ailleurs fin septembre avec ma conseillère pôle emploi ANPE...
3 mois entre les 2 RV parce que fa,ut pas déconner pendant l'été il n'y avait pas assez de monde pour s'occuper de tout le monde, et puis de toute façon faut pas rêver, pendant cette période y a rien, m'a dit ma conseillère quand elle m'a appelée pour reculer mon RV d'1 mois...
En attendant je rame...
Écrit par : Sophie Ménart | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireMa femme est conseiller à l'emploi, et les agents ANPE ( ainsi qu'ASSEDIC je suppose ) sont les otages d'une politique de merde, faite par des incompétents notoires faisant une fixation sur le mot "réforme". Et ça les demandeurs d'emploi et les autres doivent le comprendre. Ma femme a plusieurs collègues en dépression, un s'est même pendu dans une agence de l'hexagone, le prozac coule à flots, ma petite belette est costaud et j'arrive à la faire relativiser, l'autre jour un mec sortant de taule pour meurtre et ne comprenant pas qu'elle n'allait pas lui filer le RSA ( acr elle ne le pouvait pas ) l'a menacé, mais elle a quand même réussit à tourner la page. Jusqu'à quand...
Ceux qui tombent à bras raccourcis sur ces agents, je leur pisse à la raie.
Écrit par : Fran | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireFran n'a pas tout à fait tort (sachant qu'il y a aussi des agents qui font du zèle, à Pôle Emploi et avant, pour ne pas louper les demandeurs, cf. http://www.collectif-rto.org/), faut vraiment garder ça en tête, les agents sont les premiers - en termes de chronologie - à pâtir des conséquences de cette immense connerie de fusion. Mais sans doute qu'il vaut mieux l'expliquer plutôt que de pisser à la raie des mécontents, nan ?
C'est comme le fait d'expliquer les conditions dans lesquelles travaillent les téléconseillers - étrangers pour la plupart - qui nous baladent quand on tente d'appeler un support technique : eux n'y sont strictement pour rien, c'est la politique manageriale et d'externalisation des tâches de la grosse boîte donneuse d'ordres sur laquelle il faut tomber à bras raccourcis...
Et justement, je trouve le billet très équilibré de ce point de vue, Philippe Sage ne rentre pas dans le lard des agents, mais du gouvernement. Et j'ajoute que pour ce que j'en sais, de pas très loin, dans ma région les syndicats se battent autant qu'ils peuvent et un peu plus encore pour lutter contre les effets de la fusion, pour les agents comme pour les demandeurs.
Écrit par : ko | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaire@ Fran : Il est bien entendu, mais il me semble que le texte était clair sur ce point, que je ne mets pas en cause les agents du "Pôle Emploi". Tant ils sont, tout comme les demandeurs d'emploi, les victimes d'une politique. Comme le dit @Ko, c'est eux qui en subissent les conséquences. De même pour les flics victimes de la politique du chiffre (là aussi, il y a des suicides, et tiens donc, le Ministre Hortefeux ne se déplace pas. Pire : on tait le suicide. Même les médias n'en parlent pas ..). Les exemples seraient nombreux de celles et de ceux qui subissent une politique absurde, injuste ..
Je précise bien que l'agent qui m'a reçu était lasse. Comment ne pas l'être ? .. Et je crois qu'elle ne m'aurait pas glissé "C'est politique" si elle ne m'avait pas senti à ses côtés .. Je comprends ta colère, tes mots.
Ce n'est pas la première fois que je me retrouve aux Assedic, à l'ANPE. Je voudrais dire à ceux qui ne sont jamais passés par cette case, qu'ils ne peuvent pas comprendre. C'est pas possible de parler de chômage, sans l'avoir traversé. Quand j'entends certains dire que du travail, il y en a, que les chômeurs sont des parasites, qu'ils profitent du système, je suis comme toi, Fran, j'ai la colère qui monte. La haine, même. Ah ça j'en ai entendu des conneries, comme "moi, je n'ai jamais été au chômage" sous-entendu, ceux qui y sont, ils l'ont bien voulu.
S'ils savaient la détresse qu'on trouve dans une agence ANPE, la misère même. Les regards. Ils vous clouent, ces regards. Dès fois, même, on cherche à les éviter tellement ça remue. Mais bon, y'aura toujours des cons, des ignorants, des pauvres types qui baveront sur les chômeurs, les agents. Et pendant c'temps là, le gouvernement Sarkozy, lui ...
Écrit par : Philippe Sage | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentairePleinement d'accord avec toi Philippe sur les cons et les ignorants et ton regard sur le ressenti des uns et des autres au sein de ce bourbier qu'est la fusion est le bon.
@Ko
La situation est inexplicable dans le régime actuel, tout est verrouillé, la fusion était un succés sarkozyste alors qu'on n'avait pas encore changé la signalétique. Du bidon, du vent, avec au passage une dégradation de la situation des agents et des DE. Un gâchis extraordinaire, avec des conséquences diverses et variées.
Écrit par : Fran | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireDu travail à profusion ???
Mon ainé 26 ans bientôt 27 , Bac + 6 a trouvé un CDI de "Standardiste " Trilingue payé au SMIC au CNRS , prépare des concours et VIT TOUJOURS à la maison...
Mon cadet 21 ans bientôt 22 , 3 ans chez les compagnons du devoir en tant que maçon (n'a pas fait entièrement le Tour de France , "because" joue à un bon niveau au rugby)a obtenu son CAP/BEP ne trouve que des missions d'intérimaires , vient de signer un CDD de 3 mois prolongé d'1 mois mais n'a pas, encore , reçu sa paye du mois d'aout.!!!
Mes 2 fils vivent toujours à la maison , l'Ainé gagne 1027€ net et je le répéte est Trilingue (Français , Anglais et Allemand) le e Cadet gagne 1345€ net avec ses primes de panier et de déplacement...!!!
Je reconnais qu'ils ont de la chance que nous puissions le faire....
Mais qu'en est-il des travailleurs "Pôvres" qui gagnent maxi 10% de = plus que le SMIC ce n'est déjà pas évident pour eux , mais alors quand ils sont au chômage ;; je les plains sincèrement...!!!!
Mai 2008 à 52 ANS j'ai été licencié en tant que Cadre Commercial...ma seule solution , malgré mes 33 mois d'indemnités (fin de droit Mars 2011 ) a été de CREER mon emploi...
Infos de dernières minutes....le Figaro (!!! ) constate (Enfin !!!) que les salaires ne progressent plus !!!
En parrallèle , la Bourse a pris + 45% depuis Mars 2009 (la crise continue toujours) et le Nombre de chomeurs augmente...!!!!
Écrit par : georges | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireRien ne sert de courir, il faut tout remettre à plat !
Chômeur(euses), précaires, entrons en résistance !
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4460
Quand on voit que la rustine prévue par le gouvernement pour les précaires, la prime unique de 500 e, n' a été obtenue que par 2500 chômeurs (alors que 400 000 jeunes chômeurs ne sont pas indemnisés, sans compter d'autres catégories), on vérifie que Pôle emploi n'est pas du tout au service des chômeurs, mais bien des employeurs : aucune information sur les droits, juste des convocs, des prestations imposées, des radiations, des prélèvements d'indu. C'est sûr, le chômage, c'est le chômeur qui en est responsable, alors qu'il crève de honte et mendie !
Pour savoir comment fonctionne cette prime qu'étudiants et retraités peuvent également percevoir, à condition d'avoir effectué entre 305 et 610h d'emploi sur les 28 mois écoulés et d'avoir une fin de contrat postérieure au 30 mars 2008 :
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4411
Écrit par : Igor | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireFran, on est bien d'accord sur le fond, mais je continue à croire qu'il faut, malgré tout, expliquer encore et encore, démonter les faux discours et les impostures, mettre le doigt partout là où ça fait mal et bien appuyer (ok, on aura pas assez de main...). Ne serait-ce que pour taper là où il faut (et pas sur les rouages qui n'en peuvent mais). Parce que monter les uns contre les autres, alors qu'on est dans le même panier, c'est la stratégie du pouvoir, et elle est hélas diablement efficace ces dernières années...
Écrit par : ko | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireaprès les supermarchés, les réformes "potemkine" LOL
Écrit par : clemence66 | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireMerci, Philippe, pour le ton humoristique, mais plus sérieusement, il faut témoigner, c'est le seul moyen de faire comprendre à celles et ceux qui n'ont jamais connu le chômage ce que c'est, aujourd'hui et pas il y a vingt ans.
Aujourd'hui, un chômeur n'est plus un travailleur payé à ne rien faire, un assisté ou un parasite social comme diraient d'autres.
Retrouver un emploi est un parcours du combattant, et il faut que ça se sache, que le chômage ne soit plus un sujet tabou, encore plus à l'ère de la communication.
Aujourd'hui, le chômage peut toucher tout le monde, tous les métiers et secteurs d'activités, toutes les tranches d'âge.
Écrit par : Yves | 08 septembre 2009
Répondre à ce commentaireL’accès à l’emploi est un gros gâteau avec une recette de mauvais ingrédients : Un diplôme ou une Validation des Acquis de l’Expérience, un Bilan de Compétence ou un Stage de Reconversion, un peu de leurre et une touche de mascarade, présenter une cerise dessus et servir dans un Contrat sans recours.
Belle indigestion garantie !
Ce témoignage aggravant démontre l’absurdité de notre système, l’incohérence des protocoles administratifs et les complexes contradictions des organismes d’accès à l’emploi. Les monopoles régionaux grandissent en toute illégalité, la technocratie invraisemblable de notre organisation collective entraîne une corruption ouverte de notre société, finalement de l’ingérence de notre pays. Il y a le Tiers monde, le Quart monde, et la précarité moderne, le demi monde !
« De formation commerciale diplômé, voilà 20 ans que je parcours le monde du travail de Contrat à Durée Déterminée, en Contrats d’Intérim, de Contrats de Vacation, en Cachets d’Intermittents, de Contrats Aidés en Contrats Précaires. Mes expériences sont pluridisciplinaires, dans la vente, dans l’événementiel, dans le transport, le socioculturel… Parfois avec des responsabilités importantes, parfois dans des petits boulots.
Curieusement la nature du contrat n’a rien à voir avec la nature de la mission. Vous pouvez être en Contrat Emplois Solidarité pour 1 an à 600€ par mois responsable de 15 gamins difficiles de 8 à 17 ans pour du soutient scolaire, faut le savoir ! Je relativise, de l’autre coté du globe on vent des criquets grillés pour gagner 5€/jour ! Ma première inscription à l’Anpe date de 1995, pendant 14 ans j’ai envoyé une copie de mes fiches de salaires aux Assedic dans la perspective d’obtention d’un vrai Contrat à Durée Indéterminé avec un salaire fixe et des conditions acceptables. Après mon premier ‘ Licenciement à l’amiable’, terme que les employeurs connaissent bien (qui donnera d’ailleurs le fameux Contrat Première Embauche, puis Contrat Nouvel Embauche dont j’ai pu goûter la saveur) l’Anpe m’informe que j’ai le droit d’établir un bilan de Compétence. Je passe trois jours dans une structure privée à répondre à des séries de questions que proposeraient n’importe quelles revues de tests psychologiques aujourd’hui. Le Bilan confirme des Compétences dans le métier d’où je viens d’être licencié. Ce jour, j’ai commencé à m’interroger sur la viabilité de l’Anpe et de ses partenaires formateurs !
Au fil des années, j’acquiers cependant des compétences techniques évidentes notamment en distribution électrique, je peux même présenter des fiches de salaire intitulé « Electricien ». A chaque fin de contrat, l’Anpe me positionne dans un processus d’Aide au Retour à l’Emploi dit personnaliser, en 2000 avec l’Afpa de Rochefort, en 2004 avec l’Afpa de Rivesaltes et en 2007 avec le CARIF de Perpignan afin de mettre en place une VAE d’électricien et pouvoir légiférer cette situation quelque peu ambiguë qui normalement nécessite la justification d’un diplôme.
Dans le premier cas, on me propose de passer des habilitations électriques. Je dois commencer par la plus simple et obtenir progressivement une habilitation plus sérieuse, seulement l’Anpe ne financera que la première habilitation, nommée « B0 » destinée aux personnels d’entretient et de nettoyage pour accéder à certains locaux. Rien a voir avec ma demande ! Mais c’est le processus que l’on m’impose si je ne veux pas être radié. Coût de la journée 450 euros ! Je ne peux évidement pas financer la suite.
Dans le deuxième cas je participe à un examen personnalisé avec une psychologue du travail mandatée par l’Afpa, mme Louise Jacob qui se reconnaîtra, pour mettre en œuvre un projet professionnel, résultat de son analyse après plus de deux heures d’entretien…. Doit s’orienter sur un autre parcours ! Pas très précis pour une analyse de mise en oeuvre de projet professionnel. Petite anecdote, cette personne m’a demandé entre autre si je pouvais ne pouvais pas faire quelques travaux chez elle, réglable en espèce !
Dans le troisième cas, on me propose d’entreprendre une VAE dans un processus qui dure cette fois plus d’une année mais à ma charge, donc complètement inadapté avec la réalité du quotidien.
En 2008, l’Anpe de Perpignan me propose une candidature à une formation « Installateur en équipements solaires », recevable sur dossier et entretien, et rémunérée, de 520h à l’Institut de Formation Marillac Entreprise. Elle présente cette formation comme un tremplin évident d’avenir professionnel. L’INSEE indique fièrement 6 millions d’emplois crées dans les métiers « verts » !
Je mise sur cette reconversion et engage des lors une démarche intellectuelle et prospective pour anticiper un retour à l’emploi efficace, j’élabore un dossier de plus de 400 Mo sur les veilles multisecteurielles applicables aux principes architecturaux et à la démarche de Haute Qualité Environnementale. Je constitue un portefeuille de clients potentiel et j’obtiens des demandes de devis très satisfaisantes en vue de créer mon propre emploi. A l’issue de cette formation j’obtiens 2 certifications de label solaire, le QualiSOL et le QualiPV, exigés par les organismes dépendant de l’Agence de l’Environnement pour la Maîtrise de l’Energie (ADEME), permettant le crédit d’impôt à ses clients, et 2 habilitations obligatoires. (Electrique BR1V et travail en hauteur.) Je pense enfin être sur une bonne voie.
Seulement mi avril 2009, au dernier jour de la formation, l’Assedic me suspend mes allocations.
La direction de l’institut me certifie qu’il devait y avoir un report de mes droits, elle est impuissante. Je remue ciel et terre pour me faire entendre, je fais une réclamation qui ne sera jamais entendu. Je suis radié sans aucune indemnité !
Pour valider contractuellement mes certifications QualiSOL et QualiPV, mes dernières cartes, auprès des organismes dépendant de l’ADEME, il faut soit être embauché par une société compétente dans ce domaine, soit être créateur d’entreprise et présenter son numéro de Siret et d’Assurance Responsabilité Civiles et Décennales. Je décide de remplir un dossier d’auto entrepreneur pour débuter une activité d’installateur solaire. L’inscription à l’Urssaf sera irrecevable parce qu’il n’existe pas de répertoire des métiers assez précis (Le fameux Code Rome) correspondant à cette activité. Les organismes officiels me dirigent vers un statut de plombier ou d’électricien justifié sur diplôme pour pouvoir prétendre à cette option.
«- Je vous assure que se sont des métiers complémentaires mais totalement différents.» M’avais rassuré le responsable mandaté de l’ADEME.
Quand à ma demande de décennale, elle est refusée systématiquement pour le statut d’auto entrepreneur, qui plus est sans expérience significative dans cette activité.
Je m’adresse alors à une Coopérative d’Activité et d’Emplois que j’avais déjà rencontré, Perspective Bâtiment, partenaire du Conseil général et implantée au niveau national, pour devenir entrepreneur salarié et faciliter mes démarches. Mon dossier est irrecevable car leur assurance refuse également de s’engager pour ce type de risque pour un entrepreneur individuel, trop compliqué me dit on !
Je tente donc une nouvelle inscription avec un autre Code Rome du répertoire des métiers, « Technicien chargé d’étude et de chantier. » (Code 61223) pour contourner ce flou juridique. A ce jour j’attends la réponse... Toute loi connaît son contraire. »
Il n’y a donc aucun lien réel sur le suivit post-formation, aucun accord entre l’organisme formateur privé et l’Assedic. Vous n’êtes plus dans les statistiques de demandeur d’emplois. C’est juste ce que l’état demande !
A l’heure où l’Anpe et l’Assedic doivent devenir le Pôle emploi, le processus défaille depuis plusieurs années, totalement inefficace, extrêmement coûteux ! L’ Afpa, Le Greta, les organismes privés, se livrent une concurrence acharnée pour obtenir les subventions de fonctionnement sous couvert de la formation professionnelle.
La réalité est que l’Anpe justifie des actions de financements vers des organismes qui rémunèrent des formateurs, sachant pertinemment qu’il n’y aura aucun effet sur la création d’emploi. Disons le clairement, c’est du quota camouflé, de la dépense d’argent public détourné pour faire fonctionner des castes voisines ! Combien de journées inutiles ont été financé ainsi ? Les schémas de type Fongécif, peut être, sont viables uniquement pour de la formation des salariés en interne à leurs entreprises ; Pourtant des sommes colossales sont attribuées chaque année à des organismes qui favorisent des intérêts individuels au détriment de l’intérêt collectifs.
La réalité est que le lobbying des multinationales ou sociétés importantes, ont déjà régulé le marché du solaire et bloque toute initiative. Les entreprises pétrolifères et nucléaires créent des filiales à tout va en Energies renouvelables (Total crée Tenésol, photovoltech, Témasol, Kwazulu energy services, Edf crée Tenesol, Evasol…) Chaque filiales recréer alors son réseau au niveau régional. Tout cela géré par ceux la même, industriels et financiers, qui ont asphyxié la planète. Total et Edf ont crée d’ailleurs un groupe commun. Le prétexte du rachat de l’énergie libre par injection dans le réseau contre le choix de l’autonomie partielle énergétique va devenir la plus énorme manne financière du siècle !
Quels réseaux, quelles relations, quels pouvoirs peuvent engager une véritable alternative face à l’urgence d’un développement économique durable ?
L’épanouissement intellectuel, la transmission d’un savoir, la volonté « d’œuvrer utile » à t’il un sens ?
Le système économique actuel a mis volontairement en place une épée de Damoclès en fusion au dessus des citoyens. Il est évident que les pouvoirs publics s’affairent à organiser un « Bassin de chômage » pour maintenir une tension et créer la peur de la précarité dans le « Bassin d’emploi ». Payer les gens à ne rien faire est salutaire contre les révolutions ! De cette façon, le travail est réduit à un unique coût de production à peine plus élevé que la production du chômage, une soumission totalement déshumanisé et indexé par des technocrates non productifs.
L’avenir est dans la capacité d‘adaptation nous dit on ? Dans l’appréciation immédiate de son environnement, la stabilité naît dans le mouvement… L’information et les discours médiatiques sont aux antipodes de la réalité !
Jean-Yves allait avoir 50 ans. Il était revenu vivre en France, à Aix-en-Provence, depuis 8 ans après s’être séparé de sa femme, restée en Guadeloupe, avec laquelle il partageait néanmoins la garde de sa fille (15 ans). Jean-Yves pensait trouver un travail rapidement dans ce changement de vie choisi qui augurait alors, d’un nouveau départ prometteur. Mais d’heures en heures, de jours en jours, puis de mois en mois, ses espoirs s’amenuisent. Il dégringole au RMI (heu… RSA), lui qui avait démissionné d’un poste de cadre. Puis se coupe de ses plus proches amis (dignité meurtrie…), se prend un psy, s’adonne aux anti-dépresseurs. La chute est entamée. Il y a une semaine Jean-Yves s’est jeté par dessus bord, derrière le Grand Théâtre de Provence, par-delà le mur végétal de la belle endormie. Il avait laissé chez lui en évidence 1200 réponses négatives à des lettres de candidatures envoyées durant toutes ces années. Il serait nécessaire, urgent, impératif, humain, vital, que Sarko et sa clique de copains patrons le sachent, l’entendent, réagissent…
Écrit par : Jean-Yves | 17 septembre 2009
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Écrit par : Philippe Sage | 25 septembre 2009
Répondre à ce commentaireBonjour, j'ai parcouru ce blogs et vos témoignages sont édifiants. Vous relativisez la responsabilité des agents, aux premières loges pour pâtir des dysfonctionnements que vous pointez, c'est appréciable.
Si, vos lecteurs et vous-même, souhaitez clamer votre souhait d'un service public de qualité, ou encourager ses agents, je vous invite à témoigner sur http://www.fiers-du-service-public.fr.
Il est grand temps de dire qu'on y tient !
Écrit par : Fiers du service public | 24 novembre 2010
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