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31 août 2009

Maiiiiiire De Liiiiille !

Conduisons une offensive de civilisation !” [Martine Aubry – Jeudi 28 Août 2009]

Lille De La Non-Tentation


Or donc, a y est, c’est parti mon kiki, c’est Martine Aubry qui l’a dit, le Parti socialiste va se rénover, et pas qu’un peu, camarade, en profondeur.
De A à Z et de C à P.
C comme cumul des mandats.
P comme Primaires [*]

”On la veut cette rénovation ? s’est-elle écriée Martine. Alors on va y aller !”

Mais que c’est beau. Mais que c’est habité. Et comme on y croit !
Tu sais quoi ? J’en ai des frissons. J’en dors plus la nuit. Je suis tout ébaubi. Pour un peu, je prendrais la carte du Parti et en Avant Guingamp !
Sauf que …

… Sauf que la donzelle est en place (et faut se souvenir comment ..) depuis novembre dernier. Neuf mois, déjà, à la tête de ce Parti. Et qu’a-t-elle fait depuis tout ce temps ?
Rien.
Sinon, regarder passer les trains. Et les nourrissons dans les centres de rétention.

L’on me rétorquera que ça n’est pas très urbain de se gausser de Mâhâme Aubry, que peut-être, je pourrais faire preuve de patience, lui faire crédit. Mais sur quoi ? J’ai beau lire et relire ses discours, rien, je n’y trouve rien de concret. Pas une vraie proposition. De celle qui tranche. Pas le début de la queue d’une idée nouvelle. Celle qui emballe et réjouit. Aucune trace de socialisme. En vérité, elle est, et reste, Martine Aubry, dans l’incantation.

Il est où le projet ?
Quoi ?
Une “civilisation de la dignité” ?
C’est ça ?
Ça n’est pas un projet, c’est une formule, un slogan, du vent. C’est aussi creux et vide que la “politique de civilisation” que nous proposait (via Edgar Morin) Nicolas Sarkozy en janvier 2008.
Et même si l’on fait l’effort de se pencher sur les trois discours rochelais de la maire de Lille (tribune du Monde comprise) de les décrypter, dans l’espoir d’y trouver ne serait-ce que l’embryon de cette “civilisation de la dignité”, c’est peine perdue. C’est du réchauffé (“la sécurité sociale professionnelle”) du radotage à pas cher (“généraliser les possibilités de formation et de reconversion”, “remobiliser le potentiel universitaire et de recherche”) du populisme (“relocaliser”, “interdire les parachutes dorés et les stock-options”) du délire chinois ou bouddhiste (construire une “médecine préventive et prédictive”) de la bio-attitude convenue (“la mutation écologique du PS doit s’accélérer”) et surtout, de l’incantation, encore de l’incantation, toujours de l’incantation (“il faudra proposer aux français un autre système de valeurs” – Ah oui ? Mais lesquelles, Martine ?) mais de l’audace, jamais.
Au bout de neuf fois, honnêtement, on pouvait légitimement attendre autre chose que des mots. Au bout de neuf mois, nous étions en droit d’entendre autre chose que l’accouchement vagal d’une souris dans un cimetière d’éléphants.
Non mais, n’est-ce pas misérable que d’entendre, au XXIème siècle, de la bouche d’un premier secrétaire du Parti "présumé" socialiste que :
Désormais, nous savons que l’abondance n’est pas synonyme de bonheur !” … Oh ! … Ce n'est QUE maintenant que tu t’en rends compte, Madame ? Et tu te dis socialiste ?

Honnêtement, ceusses qui souffrent, qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois, qui se retrouvent à pointer au Pôle Emploi, quand ce n’est pas le déserter, lassés ; ceusses qui subissent, qui triment, qui en bavent, et souvent pour des nèfles, du temps partiel imposé, ceux-là qu’est-ce qu’ils en ont à battre d’un slogan, d’une formule fourre-tout comme : “civilisation de la dignité” ?
Ceux-là, et bien d’autres, attendent du Parti socialiste, des propositions concrètes, chiffrées. Ils attendent des idées nouvelles, une vraie alternative, un projet réel. Et de gauche, si possible. Qu’est-ce que ça peut leur faire que demain, les barons du PS ne puissent plus cumuler un poste de maire et de Président d’un Conseil Général ? Qu’est-ce que ça peut leur faire que demain, au PS, la parité homme/femme (et diversités) sera (enfin) respectée ?

On ne décrète pas la dignité, pas plus que la justice ou l’égalité par des slogans ou des formules. La dignité, la justice, l’égalité, ce ne sont pas des mots dont on s’arroge par un discours, le monopole. Il faut se battre pour qu’ils deviennent réalité. Se sortir les doigts et les tripes. Il ne suffit pas de dire “il faudra”, il faut le faire, chaque jour, qu’on soit au pouvoir ou dans l’opposition ; c’est un combat permanent, à mains nues. C’est un combat sans merci. Une lutte sur laquelle jamais l’on ne peut se vanter d’y mettre un point final.

Quant aux “primaires ouvertes”, c’est une mascarade dont le point de départ est la trouille, pitoyable, celle de ne pas figurer au second tour de la 2012 ; dont le seul but, guidé par cette trouille indigne, est d’éliminer les candidats non PS pour les prochaines élections présidentielles, de faire le ménage ; dont le seul but, enfin et surtout, est de tuer la gauche, les idées de gauche. Les taire. Les étouffer. Preuve en est la main tendue au MoDem, un parti de Centre-Droit. Et d’ailleurs, elle est là, la seule et véritable rénovation du Parti socialiste : une mue vers le centre. Contrairement à tout ce qui est écrit, ce n’est pas le MoDem qui vire a gauche, c’est le PS qui vire au Centre. Vers un néolibéralisme modéré. Mais un néolibéralisme, quand même.

Ce week-end, la vedette, ce n’était pas un projet. C’était un cri. Une incantation. Qui résonne comme un slogan publicitaire :
“Maiiiiiire De Liiiiiille !”
Un rinçage en profondeur, méticuleux, qui enlève la moindre trace de socialisme.
C’est ben vrai, non ?



[*] Nonobstant le fait que rénover le Parti en prôôôôôfondeur était le vœu de Marie-Ségolène-aimez-vous-les-uns-les-autres-ou-disparaissez-Royal, marrant non, si ne n’est maladroit de décréter que la rénovation du Parti socialiste (qu’aurait dû commencer en 1995 après la déculottée de Jospin aux Présidentielles ..) doit passer par C (comme cumul des mandats) à P (comme Primaires). Je suis taquin, je sais bien, mais ça nous y donne : CP. Comme Cours Préparatoire. Et c’est bien là, n’est-ce pas, où se situe, aujourd’hui, le PS. Il doit réapprendre à lire, à écrire, à compter. Dans 12 ans, si tout va bien, il passera son BAC. Nous serons en 2021. Il lui faudra ensuite faire quelques études supérieures (5 ans) pour être compétitif. Et donc, tout bien pesé, il devrait être fin prêt pour l’élection présidentielle de 2027. Tu vois, la Droite a de belles années devant elle …

30 août 2009

Emmène-Moi Voir La Mer !

“Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le cœur à l'heure …”
[Léo Ferré – "Il N’y a Plus Rien”]


Sur toutes les plages y a des p'tits garçons ...


Emmène-moi voir la Mer. Les goélands. L'hiver.
Sors-moi de là, d'ici, d'ailleurs.
Délivre-moi de tout, de rien, du fardeau, un quotidien.
Emmène-moi voir la Mer.

Des kilos de mètres nous boufferons, du bitume à tire-larigot, lignes droites, discontinues, gaffe, aux virages, gaffe, tiens bon la barre et t'inquiète, de tout, de rien, après tout et mine de rien, la Vie c'est qu'un chemin, par les cornes il faut la prendre, l'échine ou le cou, il faut par cœur la prendre et puis c'est tout.

Nous le ferons, ce chemin, comme il te plaira, en calèche, sur deux-roues, à tire-d'aile, évitant motels, gîtes et palaces, nous le ferons sans mots dire, sans modèle, heureux et rebelles.

Prends-moi donc, sans poser de questions, ni remuer la boue, à quoi bon.
Laisse-les crever, les fantômes, doucement, entre les lignes, en silence, plus jamais ne te retourne, ni ne réveille leurs maux, ils te niqueraient l'émail ces salauds, t'aiguiseraient les dents, ta race canine, jusqu'à ce que, trop incisive, tu viendrais mordre, fatalement, dans le mâle, le mal de mère que je suis, l'Adam de sagesse.

Prends-moi donc, une bonne fois, une bonne fois pour toute, tire-moi de tout, de rien, partout, à même le chemin, sous une étoile ou sur la paille, sans lorgner sur celle du voisin, sans lorgner la poutre apparente d'un passé, blogué, enterré, dépassé, aux cendres dispersées, aux larmes mitoyennes.

Nous le ferons comme il te plaira, sur le dos, le ventre ou le bas-côté, concave ou convenu, sur le bitume ou biturés, à couverts ou à nus.
A nous deux, la Vie, les chevauchées fantastiques, les charges héroïques, et peu me chaut que les zéros tiquent, merde aux cons et mort aux vaches, le mors aux dents sautons dans l'inconnu, ah le joli festival de peaux douces, de peaux lisses et de poésies, oui, par tous les pores suons et suintons, cochon qui s'en dédit, j'en fais le serment, ce sera mon dernier saut d'homme et "go more" !

Ne devenons pas les sombres héros de l'amer, tant, tu le sais bien, l'amer tue, le bitume, les lignes, droites et discontinues, celles, rebelles, tenant notre commun et original destin, les lignes d'un chemin naissant qu'il nous faut prendre par les cornes, l'échine ou le cou, qu'il nous faut prendre et puis c'est tout.

Il nous conduira, ce chemin, loin de tout, de rien, du fardeau, du quotidien, si près des "go more" et des goélands, de l'hiver puis du printemps, alors, putain de bordel de ta mère, Foutre-Dieu et coquin de sort, puisque de là, d'ici et d'ailleurs, que des sornettes il n'en ressort, de pauvres bobinettes, pâles et ternes fantômettes, prends-moi, prends-nous, une bonne fois, une bonne fois pour toute, sans poser de questions, ni remuer la boue, emmène-moi, emmène-nous, heureux et debout, à tire-d'aile, en calèche ou sur deux-roues, emmène-moi, emmène-nous, voir l'Amour ; la Mer.

18:33 Écrit par Philippe Sage dans Entracte | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la mer, léo ferré, goélands, fardeau, quotidien, chemin, amour, vie, éternité | |

28 août 2009

Branle-Pas-Bas De Combat Au Pôle Emploi !

Fermé Du Vendredi Midi Au Lundi, 9 Heures

Je me suis dit, crise n'aidant pas, qu’il ne fallait pas perdre de temps. Allez zou, devançons l’appel, hardi mon garçon, n’attends pas la fin de ton contrat (dimanche 30 août, minuit) prends ton téléphone et dans la joie, appelle cette “machine de guerre” mise en place par ton roi, celle qui te permettra de retrouver en deux temps, trois mouvements, du taff et de l’oseille, oui, volontaire et pugnace, appelle donc le Pôle Emploi !

Or donc, me voila, ce vendredi 28 août, 14 heures et quelques, composant frénétiquement le sésame, le 39 49.

C’est sur fond de musique guillerette qu’une voix standard et féminine m’annonce que le Pôle Emploi est à mon service, que ce numéro, le 39 49, est un numéro unique (waouh !) qu’il est réservé aux demandeurs d’emploi mais également aux employeurs. Sauf que, l’employeur on l’invite à se rendre illico-presto sur le site internet du Pôle Emploi. Bref, le 39 49 c’est uniquement réservé aux demandeurs d’emploi ..

”Veuillez appuyer sur la touche * de votre clavier téléphonique !”

Ce que je ne fais pas.
Par esprit de contradiction.

”Nous sommes désolés, votre poste ne nous permet pas de dialoguer avec vous !” m’informe la voix. Déconfite.

Je m’en veux. J’ai raté un truc. Énorme : dialoguer ! Moi, qu’aime tant ça, le dialogue. La preuve, je suis blogueur [… rires à gorge toute déployée ...] !

Tout en me traitant de tous les noms d’oiseaux migrateurs, je compose à nouveau le 39 49.
Re-musique guillerette, re-voix féminine (plus vagale que vaginale) et même invitation.
Cette fois, conscient de l’enjeu, j’appuie sur la fameuse touche *.

Elle (la voix ..) me remercie, puis me demande de taper le numéro de mon département.
Je m’exécute.

”Val-de-Marne !” fait un robot.
”Putain de robot, me dis-je en moi-même, un jour, ils nous boufferont l’caviar sur le dos ..”

Une nouvelle voix féminine prend le relais. Une du Val-de-Marne. C’est comme si j’étais passé de France 3 National à France 3 Régions. Profondes.
Bref, c’est du brutal.

“Bonjour, dit la dame sur un ton triste et fatigué. Nous vous informons qu’à compter du lundi 3 août (elle prend une grande respiration ..) il y a de nouveaux horaires. Tous les Pôles Emploi de l’Ile-de-France (nouvelle respiration lasse ..) et les services téléphoniques seront ouverts du lundi au jeudi de 9h à 17h et le vendredi de 9h à midi. Bonne journée !”

[ … Un ange désœuvré passe …]

Ai-je bien entendu ?
Se foutrait-on comme de l’an 40 et de la crue de 1910, que l’on puisse chômer en août ?

Je veux dire, dois-je comprendre que cette “machine de guerre” mise en place par notre gouvernement afin d’aider le gueux à retrouver fissa du travail (et à ne pas refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi sous peine d’être radié ..) serait complètement fermée depuis ce vendredi midi et jusqu’à lundi, 9 heures ?
Dois-je comprendre qu’au bout du fil, il y a votre voix, Madame, mais aucun interlocuteur vivant, disponible, à mon service, 69 heures de rang ? EN PLEINE CRISE ? La pire qui nous “soye” tombée sur le paletot depuis un siècle ? Alors qu’on nous annonce 600 000 (voire 800 000) chômeurs de plus pour l’année 2009, que plus de 30 000 dossiers de demandes d’indemnisation sont déposés chaque jour, ce Pôle Emploi qu’on nous a vanté, vendu, présenté comme un outil qui – je cite Nicolas Sarkozy – devra s’adapter “aux besoins des demandeurs d’emploi et non pas l’inverse”, cet outil qui devait être “réactif”, “efficace” et bénéficier d’une mobilisation de “moyens considérables”, serait inaccessible, du vendredi midi au lundi, 9 heures ? C’est ça, leur “machine de guerre” ?

Dois-je nonobstant comprendre que, pendant ce gros laps de temps, ce long long week-end, je peux randonner, faire un tennis-ballon ou me gaver, sous le soleil, alangui, de mojitos sans risquer de me faire traiter de parasite ou de grosse feignasse ? 
Dois-je comprendre que le vendredi après-midi, j’ai piscine ?

Et quand je pense que dans le même temps, l’on demande à de pauvres gens, des précaires de la paie, de sacrifier leur dimanche.
Leur famille.
Ce qui s’appelle, sans doute, avoir le sens des priorités et de la mobilisation générale ….



PS : “Je n’ai pas été élu pour qu’on attende vingt ans de plus !” pérorait ce fanfaron de Nicolas Sarkozy, le 8 octobre 2007 à la Maison de l’Emploi de Mâcon, justifiant ainsi de l’urgence à fusionner ANPE et ASSEDIC.
Eh bien, moi, M. le Président, je n’ai pas 69 heures à perdre ...


25 août 2009

Rentrer ? Mais Pour Quoi Faire ?

Le Vieil Homme Et L'Amer

Il fait encore chaud. Je trouve. Moite. Et pourtant, là, au delà de l’écran, il s’évanouit, l’été. Il s’en va. Il nous quitte. Doucement.
Tu le savais, toi, qu’il allait partir ? … Oh oui, bien sûr, tu sais tout, toi ! Toujours … L’inéluctable, ça te connaît, mon salaud ! La fin des choses, les belles de préférence ! Et va, tout s’en va, avec le temps, tout fout l’camp !

Bordel à cul, mais quand sera-t-il possible de vivre dans l’”éternété” ?
Quand sera-t-il possible d’échapper aux sempiternels retours, aux chassés-croisés ?

Ah imagine, oui imagine, qu’il ne rentre pas, le vacancier ? Qu’il reste à quai. A se gaver de chichis, tortillas et chocolats glacés !
Mais qu’a-t-il donc dans la caboche, ce vacancier ? T’étais pas bien, là, sur ta plage, alangui ? T’étais pas bien, hein, sur la grève, mon ouvrier, toi dont l’usiné futur est délocalisable, à souhait, interchangeable, à volonté ?
Tu vois, t’as encore raté une occasion. Une révolution. Tranquille. Sans effusions. Sans tirs. De Flash-Ball.
Il suffisait de rester. Là-bas. Ne pas rentrer. Dire non. Ça suffit ! Au combat, je ne retourne pas. Ou alors, changez-moi tout ça ! Ce merdier. Les banquiers. Oui, changez tout, sinon moi, j’bouge pas, d’un pouce, d’un poil, et la couenne, je continue à me l’hâler, au Cap d’Ail ou à la Trinité. Non mais, t’imagines, toute cette marmaille, toute cette chair ouvrière, ce corps salarié qui refuseraient de rentrer au bercail ! Refuseraient de reprendre sa place dans les tranchées, la retraite à soixante et sept années, ton dimanche confisqué ! Tu crois qu’ils t’enverraient l’armée ? Philippe de Villiers ? Nihous et ses chiens de sentiers ? Une certaine idée de l’UMP. Extrême, à n’en point douter.

Mais bon sang de bonsoir, qu’as-tu donc dans le cervelet, mon vacancier ? Ne vois-tu pas que rentrer c’est paumer ? Qu’ils vont te la sucer jusqu’à la moelle, te la mettre drastique et profond, toujours et encore ? Alors pourquoi ? Pour quoi rentres-tu ? Pour qui ? A moins que tu y aies pris goût, à trimer plus que de raison pour clamser plus vite que le tic-tac, celui de ton horloge biologique ?
Tu comptais, peut-être, sur la CGT pour te la faire plus douce, ta rentrée ?

Eh machin, tu sais quoi ? Regarde-la bien, ta plage. Ton Pic du Midi. Ton canard landais. Imprime-les bien, ces images. Et le vent caressant. Le soleil se couchant. C’est à toi. Et pourtant, ça t’échappe. Déjà. Ça s’évanouit. Ça s’en va. Comme toi. Doucement. Comme la CGT. Les belles idées.
Eh chose, tu te souviens ? Autrefois, c’était la lutte. Des classes. Aujourd’hui, t’en pinces juste pour la rentrée. Des classes. Tout est scolaire. Rien n’est colère. Tu l’as fuguée, ta colère. Abandonnée, sur la route, comme une chienne. Qui aboie. Pendant que la caravane du NPA passe. Que celle du PS trépasse. Et que toi, tu rentres, hélas ..

Adieu la plage, bonjour les pavés ! Il est temps, dis-tu, de rentrer. A nouveau se fader calembredaines et autres falbalas. Tout un univers. Primaire. Ce primaire autrefois singulier et que l’on voudrait, aujourd'hui, t’œsophager au pluriel.


Il fait encore chaud. Je trouve. Moite. Au loin, j’entends les derniers cris, ceux de l’été qui s’évanouit. Qui s’en va. Qui nous quitte. Parce que toi, tu fous l’camp. Tu rentres. Alors que t’aurais pu rester. Là-bas. Sur ta plage. Alangui. Sur la grève. Parasols en piquet. Au Cap d’Ail ou à la Trinité. Tranquille et révolté. Refuser de reprendre ta place dans les tranchées. Le temps qu’il faudrait. Le temps qu’ils comprennent qu’on n’en veut plus, qu’on n’en peut plus, et qu’ils se le foutent au cul, leur merdier à banquiers.


[Le débat est aussi sur Agoravox]


18 août 2009

Qu’Est-Ce Que Tu Vas Faire De Moi ?

Red Hot Me

J'suis qu'un p'tit mec sans importance.
Qui se branle sur l'Internet.
Qu'éjacule des points, des guillemets, des virgules.

Et vas-y que j'me pignole le cassis, jusqu'à ce que, par à-coups, elles giclent, les garces, en paraboles fadasses et métaphores de pétasses.
Les apocopes, les aphérèses, toutes ces grognasses, j'te les fais reluire, moi, j'te les astique, et copieux.

J'suis qu'un foutriquet qui s'croit fertile de l'imagination, un écrivaillon du pénible qui s'répand, se vautre et s'étale en geignarderies, en regarde comme j'ai mal, au cœur comme au cul.

J'suis qu'un malfrin qui s'croit malin, qui fait dans l'épate al dente, la bite au poignet, turgescent de l'égo, décalotté du cervelet, bandant de suffisance, et dans le falzar, la présomption d'un jean-foutre.

J'suis qu'un baba qu'a viré bobo, un va-nu-pieds, un vagabond, un prisonnier de l'inutile, un solitaire de pacotille qui s'envoie sa bibine avant que la rosée s'radine.
J'suis qu'un taciturne, handicapé verbal, orphelin de la glotte, une vache limousine qui s'émeut quand, sans mots dire, elle les voit passer ; les trains, ceux du bonheur.

J'suis qu'un sniper de Blog, qui mitraille et balance des comm' à la con et se fait agonir comme un péquenot.
Ah le joli ramponneau qu'il s'est pris le cul-terreux !
Comme il s'est fait gravement estourbir, le morveux !
J'en ai le cœur qui bagotte.
Tellement c'est bien fait.
Pour ma gueule.

Faut pas lui chatouiller les arpions, à la dame, sinon, elle t'envoie paître, à jolis et grands coups de tatanes.
C'est tellement bon, que j'en redemande !
Oh oui, vas-y, refous-moi z'y une trempe, colle-moi un aller sans retour, botte-le moi l'arrière-train.
Vrille-les moi, mes baveries.
Atomise-les, mes calembredaines.

J'suis qu'un petit mec sans importance.
Qui se branle sur l'Internet.
Qu'éjacule des points, des guillemets, des virgules.
Et pourtant.

Et pourtant, j'en rêve, j'en pète, de m'y introduire dans votre tatouée parenthèse.
J'me f'rai belle, tu verras, et par-devers moi, remiserai, paraboles et métaphores, ces pétasses fadasses issues de mon imagination pénible.
Ouais, moi le nourrisson, j'veux bien téter du bonheur, tâter de la peau lisse, tutoyer vos courbes, les bouleverser de maladresse.
Quand bien même, le saviez-vous, un homme heureux ne peut-être, en définitive, qu'un "mâle heureux".

Alors, dis-moi, maintenant que t'en sais plus, sur ce mec, ce bobo qu'a mal, mal.
C'te écrivaillon à la petite semaine qu'à le réveil bougon mais qui en pince pourtant, qu'aurait même comme le béguin et des envies de train.
Ouais, maintenant que t'en sais plus sur le mondain qui fait sa rebelle de jour, sa diva de salon, dis-moi :

Qu'est-ce que tu vas faire de moi ?


podcast

16:16 Écrit par Philippe Sage dans Entracte | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bénédicte desforges, philippe sage, toulouse, saint-maur-des-fossés, eternité | |

Que Reste-t-il De Libération ?

Le Titre, Voilà Ce Qu'Il Reste ..

Une poupée russe qui s’ouvre pas. Un mousquetaire de plomb. Un vieux Libération. C’est fou, non, ce qu’on trouve en faisant ses cartons. De la poussière, de l’émotion. Un vieux Libération. Pour lui, oui, tant pis, je veux bien marquer une pause dans mes cartons. Délicatement l’ouvrir, le parcourir, peut-être même le lire. Moi, qui ne le lis plus, depuis longtemps. Encore que. J’achetais, c'est vrai, celui en date du vendredi 30 juin 2006. Je trouvais le titre un peu chiche : “Salut Serge”. Avec comme légende : “Serge July a quitté hier le journal qu’il a fondé et dirigé pendant trente-trois ans”.
Je crois bien que c’est le dernier.
Le dernier Libération que j’achetais.

Tu ne me crois pas ?

Tu as raison.


Comme un vieux con, celui qui croit à la rédemption, au retour, je volais celui du vendredi 29 mai 2009 (“Coupat libéré : Enquête sur un fiasco”]. Je me disais, allez quoi, sur cette affaire Coupat, ils vont se la donner, à Libération. Ils vont retrouver le feu sacré. L’insolence. Et Banzaï ! …
Mais non. Rien. Dossier vide. Zéro investigation. Éditorial à la petite semaine (“On a le droit en démocratie, de se livrer à une critique radicale de la société démocratique” – Laurent Joffrin). De la gauche molle bite. Et encore ! Libération, cela fait belle lurette que la gauche, la révolution, les idéaux, “il” ne sait même plus ce que c’est. Son âme, il l’a vendue. A (Edouard de) Rothschild. Il n’y a que Frédéric Lefebvre pour estimer que Libération, c’est un tract (stalinien) ! Prends-nous donc pour des cons, Frédo. Libération, c’est juste un prospectus. De la dépêche AFP remasterisée. Rien de plus. Et c’est là, le cocasse. Car vois-tu, le Joffrin, il nous pond un article où, pauvre chou, il se plaint de cette AFP sans qui, son journal ne serait pas grand chose, pour ne pas dire rien. Si ton journal est vide, coco, c’est parce que tu le veux bien. Traiter tes confrères de froussards, c’est se moquer du monde, car c’est bien elle, la frousse, qui te mène par le bout de la barbichette. C’est elle qui te commande. Et tu t’exécutes.
Moi, je me souviens d’un Libération flamboyant. Un journal d’opinion. Qui ruait dans les brancards. Qui taillait le Giscard. Vilipendait le Capital. Je me souviens d’un Libération qui donnait à penser. Qu’ouvrait l’esprit. Un Libération sans concession. Un Libération de combat. Fin, drôle, enlevé. Fier d’être de gauche.
Et puis, quand le 10 mai 1981, la gauche .. François Mitterrand est arrivé au pouvoir, ça a commencé. A déconner. Avant même Lang, il s’est "caviardisé" notre quotidien libéré. Il s’est embourgeoisé. Et pas qu’un peu. Très vite, nous zappâmes les pages politiques pour direct nous rendre aux culturelles. Le cinéma, Gérard Manset, les cahiers Multimédia, Eurêka. Quelle misère !
Fin des années quatre-vingts, c’est par la fin, que nous l’ouvrions, Libération. Par là, où encore, ça vivait. Ou vivotait. On l’ouvrait par la fin, oui, bienheureux de trouver encore à becqueter dans les pages “rebonds”. Avec le secret espoir que cette résistance tolérée par la direction, finirait par l’emporter. Oui, nous nous disions que si un Jean Baudrillard consentait à venir se livrer, et de quelle manière [*] alors tout était encore possible ; oui, va savoir, demain, il ressusciterait, notre bon vieux Libération. Il retrouverait sa hargne, son impertinence, sa beauté. Mais non. Aujourd’hui, en lieu et place de Baudrillard, t’as Schneidermann. Je n’ai rien contre Schneidermann. Mais à tout prendre, j’aurais préféré Pierre Carles. On son alter-égo.

Que reste-t-il de nos amours, de nos colères ? Que reste-t-il de Libération ? Rien. Même dans Le Parisien, y’aurait plus à lire. C’est dire !
Libération, aujourd’hui, c’est un quotidien qui tourne en rond. C’est du (centre) mou pour chaton. Rien à se mettre sous la dent. Du chiendent.
Ça sort, et puis c’est tout. Ça sort, mais ça ne (dé)montre rien. C’est comme l’ennui ... Non ! ... C’est pas comme l’ennui. C’EST l’ennui. Peut-être plus encore que celui que distille Martine Aubry. Plus encore que celui qu’inspire le Parti Socialiste. Voilà, c’est ça : Libération est aussi mort (car qu’y a-t-il de plus ennuyeux que la mort ?) que le Parti Socialiste. Rien à dire. Rien à lire. Rien à penser. C’est un rien majuscule.

Une poupée russe qui s’ouvre pas. Un mousquetaire de plomb. Un vieux libération. De la poussière, de l’émotion. Une époque révolue. Comme révolues sont les révolutions. D’après Libération. Qui ne finira pas dans un carton. Pourquoi s’encombrer de ce qui fut et plus jamais ne sera ?


[*] “(…) La mondialisation est celle des techniques, des marchés, du tourisme, de l’information. L’universalité est celle des valeurs, des droits de l’homme, des libertés, de la culture, de la démocratie. La mondialisation semble irréversible, l’universel serait plutôt en voie de disparition (…) Toute culture digne de ce nom se perd dans l’universel. Toute culture qui s’universalise perd sa singularité et se meurt. Il en est ainsi de celles que nous avons détruites en les assimilant de force mais il en est ainsi de la nôtre aussi dans sa prétention à l’universel (…) Du temps des Lumières, l’universalité se faisait par le haut, selon un progrès ascendant. Aujourd’hui, elle se fait par le bas, par une neutralisation des valeurs due à leur prolifération et à leur extension indéfinie. Ainsi en est-il des droits de l’homme, de la Démocratie, etc. : leur expansion correspondant à leur définition la plus faible, à leur entropie maximale. Degré Xeros de leur valeur. En fait, l’universel périt dans la mondialisation (…) La mondialisation des échanges met fin à l’universalité des valeurs. C’est le triomphe de la pensée unique sur la pensée universelle. Ce qui se mondialise, c’est d’abord le marché, la promiscuité de tous les échanges et de tous les produits, le flux perpétuel de l’argent (…) Culturellement, c’est la promiscuité de tous les signes et de toutes les valeurs, c’est-à-dire la pornographie. Car la succession, la diffusion mondiale de tout et de n’importe quoi au fil des réseaux, c’est cela, la pornographie (…) Au terme de ce processus, il n’y a plus de différence entre le mondial et l’universel. L’universel, lui-même est mondialisé : la démocratie, les droits de l’homme circulent exactement comme n’importe quel produit mondial, comme le pétrole et les capitaux (…) Derrière les résistances les plus vives à la mondialisation, résistances sociales et politiques qui peuvent apparaître comme un refus archaïque de la modernité à tout prix, il faut lire un mouvement original de défi à l’emprise de l’universel. Quelque chose qui dépasse l’économique et le politique (…) Ce serait une erreur fondamentale (celle même qui se dessine dans l’orchestration morale du discours politiquement correct commun à tous les pouvoirs et à la plupart des “intellectuels”, tout aussi bien-pensants les uns que les autres) que de condamner sans appel tous ces sursauts comme populistes, archaïques, voire terroristes. Tout ce qui fait évènement aujourd’hui se fait contre l’universel, contre cette universalité abstraite (y compris l’antagonisme éperdu de l’Islam aux valeurs occidentales – c’est parce qu’il est la contestation la plus véhémente de cette mondialisation occidentale que l’Islam est aujourd’hui l’ennemi numéro un). Si on ne veut pas comprendre cela, alors on s’épuisera dans un bras de fer sans fin entre une pensée universelle, sûre de sa puissance et de sa bonne conscience, et des singularités irréductibles de plus en plus nombreuses.
[Jean Baudrillard - “Le Mondial Et l’Universel” – Libération, lundi 18 mars 1996]


16 août 2009

Reprise ? What Reprise ?

Le Gouvernement Te Super Trompe !.jpgOr donc, il suffit que le PIB fasse un petit prout au delà de zéro (+0.3% pour le second trimestre 2009) pour que Mâhâme Lagarde se la pète (léger, mais se la pète tout de même) sur tous les médias (bien complaisants) de ce pays. A l’entendre, ce + 0.3% serait la preuve que le gouvernement a pris les bonnes décisions, que son plan de relance serait le bon. Si tel était le cas, alors comment se fait-il que ce “rebond” de croissance constitue, pour elle comme pour tous les spécialistes, une “énorme surprise” [1] ?
Ce terme, celui de “surprise”, avait déjà été employé (et c’est le cas de le dire) pour qualifier la (présumée) baisse du chômage en juin dernier. A croire que c’est le nouvel axe de communication de ce gouvernement : ah ben ça alors, non mais si on s’attendait, vous vous rendez compte, une croissance positive, le chômage qui baisse, et tout ça en pleine crise, la pire-que-le-monde-ait-connue-en-un-siècle !! Non mais quelle surprise ! (sous-entendu : nous sommes vraiment très très forts et très très efficaces, ne trouvez-vous pas ?).

La “surprise” doit être totale, en effet, pour les gars de Molex, Continental et consorts. Pour les 400 000 (record historique) qu’ont perdu leur emploi entre le second trimestre 2008 et le second trimestre 2009. Ils doivent, d’où ils sont, soit dans les méandres infernaux du Pôle Emploi [2] l’apprécier, cette double “surprise”. Et je vous passe ces petites entreprises qui elles, en connaissent une autre, de “surprise”, une bien gratinée, celle que leur réserve le banquier, celui que le gouvernement a sauvé des eaux en septembre dernier, même que ça ne nous aurait pas, de notre poche, coûté un seul euro, le banquier qui les envoie copieusement péter, ces petites entreprises, quand, parce que la crise, elles viennent le trouver pour mendier des fonds, pas grand chose, le strict nécessaire à leur survie.

Ah comme tout ceci est parfaitement huilé !
Cela fait des mois et des mois qu’on nous dit la crise-ceci, la crise-cela [3] des mois et des mois qu’on nous bombarde de prévisions négatives, de sombres perspectives, quand bien même nous promet-on que de cette crise, nous sortirons plus forts. Oui, cela fait des mois qu’on nous prépare au pire, on ne cesse de nous le mâcher, rabâcher, ce pire, tant et si bien qu’à force nous nous sommes faits à cette idée que bon, d’accord, les carottes sont cuites, tant et si bien que voilà, nous y étions, résignés ou presque, à attendre la suite, un tsunami social. Ah oui, comme tout ceci est parfaitement huilé, pensé, maîtrisé ! Car en lieu et place de la grande catastrophe que l’on nous avait prédite, voilà-t-y pas que, ô “surprise”, en cette période où le rosé est roi, du rouge nous sortons ! T’attendais pas, hein ? Eh ben quoi, souris, nom de Dieu !
Et alors le timing, impeccable ! C’est au plus fort de l’été, des chassés-croisés, des images de vacanciers, que l’on vient t’informer que le pays retrouve des couleurs, qu’il se redresse, qu’il a de nouveau la gaule, qu’il bande, “énorme”, à + 0.3%.
Et tu voudrais, avec toutes ces belles “surprises”, foutre le feu à la rentrée ? Tu voudrais, alors qu’elle agonise, la récession, manifester, défiler, séquestrer, ton usine faire sauter ?
Car c’est bien de cela, dont il est question : préparer la rentrée. Étouffer toutes velléités de révolte. C’est à cela qu’elles servent, les “surprises”. A déminer le terrain. Et poursuivre, doucement, mais sûrement, les réformes : la taxe carbone (un impôt déguisé ..), le recul de l’âge de départ à la retraite, la suppression du juge d’instruction et de la taxe professionnelle. Le grand emprunt. Et, tu verras, l’assurance-maladie. La douloureuse ..

Voilà à quoi servent les “surprises”. A taire la colère. Ose la manifester, demain, à la rentrée, alors que l’on te dit que le pays sort de l’ornière, et l’on te montrera du doigt ; l’on t’accusera même, va savoir, d’anti-patriotisme. Tu passeras, aux yeux de l’opinion, pour un renégat, un rabat-joie, un trouble-bonheur.
Voilà l’histoire qu’on nous prépare. C’est du grand art.

En vérité, il n’y a pas plus de “surprises” que de reprise (sinon celle du championnat de France de football. Et, aussi, de rugby ..).
Il fut démontré que de baisse du chômage en juin dernier, il n’y eut pas. Au contraire.
Quant au “rebond” de croissance, il est conjoncturel. Mécanique. Un vulgaire pet de lapin. A peine dû au fameux plan de relance. Celui qui va nous coûter bonbon, dans les années à venir. Parce que ce plan, c’est nous qui le paierons, un jour. Pas ton banquier. Lui, il s’est déjà copieusement renfloué. Pour lui, oui, la récession, c’est fini. Mais seulement pour lui. Pour nous, elle ne fait que commencer. Mais ça, c’est tout sauf une “surprise” …



[1] Eh oui, + 0.3% c’est une “énorme surprise” ! Comme quoi, nous n’avons pas les mêmes valeurs ..

[2] Fusionner l’ANPE et l’ASSEDIC par temps de crise, ça, c’est la bien mauvaise surprise que le gouvernement a mitonné pour les chômeurs. A tel point mauvaise, que lassés, certains renoncent à leurs droits ..

[3] A noter que l’on nous conditionne de la même façon en ce qui concerne le virus A/H1N1. On nous prépare chaque jour à la catastrophe. De sorte que, si elle ne survient pas, ou si elle est moindre que prévue, là aussi, comme pour la crise, on nous jouera la comédie de .. la bonne “surprise” !

11 août 2009

Le Beau Parleur Un Peu Court De Chez Causeur.fr

Un Salon Irréfléchi, Surtout.

D’abord, j’avais décidé de ne pas en parler. De cette histoire. De Bagnolet. Parce que c’est toujours la même histoire. Parce que c’est une histoire que l’on pense connaître. Bagnolet. Villiers-le-Bel. Et même Zyed et Bouna.
C’est une histoire qui semble se répéter. Un contrôle de police. Des jeunes qui font le choix de ne pas s’y soumettre. Et la suite, on la découvre à la télévision, on la lit dans les journaux.
La suite, c’est une version contre l’autre, de la colère, des cailloux et du feu ; un ministre, celui de l’Intérieur, promettant que "toute la lumière sera faite sur cette affaire". Mais jamais elle ne vient, la lumière. Alors on ne sait rien.
C’est une histoire que l’on pense connaître, oui, parce qu’elle se répète, mais en fait, on la connaît mal, cette histoire. On ne la connaît pas. On ne sait rien. On n’y était pas. Alors pourquoi en parler ?

Si quelqu’un y était, si quelqu’un a vu, Zyed et Bouna, Villiers-le-Bel ou Bagnolet, alors qu’il prenne la parole, qu’il écrive ce qui s’est passé, dans une lettre, un billet. Mais qu’il le fasse honnêtement, sans tricher, sans se laisser happer par son émotion. Sans prendre parti. Nu. Vrai. Mais est-ce possible ? Apparemment non, puisqu'il y a ni lettre, ni billet. Ou alors, ce qu’il y a, c’est rien que de l’émotion, justement. Donc, du vent.

Oui, j’avais décidé de ne pas en parler, de cette histoire, de Bagnolet, et puis, ce matin, très tôt, je suis tombé sur ceci :

"Si vous n’habitez pas mon département et que vous ne lisez pas la presse régionale à la rubrique faits-divers, vous ne trouverez cette info que sur causeur. Les gendarmes de mon village qui poursuivaient les auteurs d’un cambriolage ont perdu le contrôle de leur véhicule et ont renversé une dame âgée qui marchait sur le trottoir. Cette femme bien connue dans la région pour y être née et y avoir passé toute sa vie est morte dans l’accident. Les enfants et petits-enfants de la victime ont pleuré leur parente dans la plus grande discrétion. Les amis ont apporté leur soutien et présenté leurs condoléances à la famille. Les vieilles dames de sa paroisse ont assisté à une messe dans le recueillement. Les supérieurs hiérarchiques des agents responsables sont venus dans le village pour apporter des explications et exprimer leurs regrets. Ils n’ont pas été chassés par des jets de pierres. La gendarmerie n’a pas été attaquée. Les voitures des voisins n’ont pas brûlé et l’Intermarché à la sortie du village est encore debout."
[“Divers Faits” par Cyril Bennasar sur Causeur.fr – Mardi 11 Août 2009]

Je dois dire, sans doute parce qu’il était trop tôt, que sur le coup, j’ai presque marché. C’était net et court. Trop net. Trop court, surtout. Dans tous les sens du terme. Oui, c’est un peu court, jeune homme.
Mais bien à l’image de notre époque. Celle de la pensée rapide, facile. Assénée. Comme un boulet.

M. Bennasar nous torche un billet dans lequel il ne nous narre absolument pas une histoire [1] mais s’en sert à titre de démonstration, nous expliquant que chez “lui” quand un drame survient - ici une femme mortellement renversée par un véhicule de gendarmerie - on ne brûle pas des voitures (comme à Villiers-le-Bel). On ne jette pas des pierres (comme à Bagnolet). On se tait. Et si on souffre, on souffre en silence [2].

Et alors ?

Elle est où, la démonstration ? Et la démonstration de quoi ? Sinon, d’une pensée courte, malhonnête, celle de M. Bennasar.

Quel est le rapport entre le village de ce monsieur et Villiers-le-Bel ou Bagnolet ? Sont-ce les mêmes ? Y vit-on pareil ? Y souffre-t-on pareil ? Y a-t-il, dans ce village, 30 ou 40% de chômeurs ? Ce village a-t-il été, lui aussi, abandonné par la République ? Déserté par les Services Publics ?
Que sait-il de Bagnolet, M. Bennasar ? Sinon, ce qu’il en a vu à la télévision, via des micro-trottoirs à foison, ces micro-trottoirs qui sont la lie et la négation du journalisme [3] ?
Que connaît-il de Villiers-le-Bel, sinon, ce qu’il en a lu dans les journaux, soit, bien souvent, des spéculations sans fin ?
Que sait-il du quotidien de Bagnolet, de Villiers-le-Bel ? Que sait-il de la police qui y patrouille ? Qui y contrôle ?
Rien. Il ne sait rien.
Juste dans “son” village, une dame âgée est morte, renversée par un véhicule de gendarmerie qui poursuivait des cambrioleurs, et ce drame, il fut, par la population, vécu en silence, mais pas à Bagnolet, ni Villiers-le-Bel. Voilà. C’est tout. C’est tout, dans le sens où, c’est un peu court, jeune homme. C’est même très court. Intellectuellement.
Si je voulais me vautrer dans la même malhonnêteté que M. Bennasar, je dirais que “ses” villageois sont bien singuliers (ou bien cons) de considérer ce drame (car c'en est un ..) comme un banal dommage collatéral, un "accident" somme toute normal, tant ils semblent, à la lecture du billet de M. Bennasar, prendre cette triste et terrible histoire (elle est quand même morte, la dame "bien connue" et "aimée" de la “région” ; c’est pas rien, tout de même, la mort de quelqu’un qui n’y est pour rien ..) pour fatalité.
Pire, je pourrais même spéculer et de la pire des façons, par exemple en posant cette question indigne, de type poujadiste : et si ce n’était pas une vieille dame que les gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions avaient mortellement fauchée, mais une petite fille de neuf ans, la population de ce village aurait-elle accueilli la nouvelle de la même manière, dans cette même rigueur judéo-chrétienne ?
En silence …

Ah oui, mais oui, j’entends déjà la suite, du sur mesure, du cousu de fil blanc surtout, comme quoi, je les excuserais, ceusses qui caillassent, brûlent des bagnoles, attaquent des gendarmeries.
Eh bien non. Je ne les excuse pas. Je trouve qu’ils scient le reste de branche pourrie sur laquelle ils sont bien mal assis.
Simplement j'estime un peu court et bien malhonnête le raccourci de M. Bennasar. A vrai dire, je le trouve dangereux. Dangereux car dans cette société lobotomisée par la télévision et quelques autres médias, ils sont nombreux les cerveaux disponibles à la fainéantise, celle de l’esprit ; ils sont nombreux, oui, ceusses qui trouvent trop fatigant de réfléchir.
C’est à ceux-là, que M. Bennasar s’adresse. C’est cette paresse d’esprit qu’il entretient. C’est le néant de la pensée qu’il véhicule. C’est l’ignorance qu’il flatte.
En cela, il est, M. Bennasar, pas plus excusable que ceusses qui brûlent, attaquent et caillassent.
Pas plus excusable que ceusses qu’ils dénoncent.


[1] Et d’abord, qui nous dit qu’elle est “vraie”, cette histoire ? Rien. Aucun lieu cité. Et, au vu de la malhonnêteté intellectuelle de M. Bennasar, j’en suis bien marri, mais il est tout à fait permis de douter de la véracité de cette histoire …

[2] Souffrir en silence, tiens donc ! C’est aussi le vœu du premier d’entre nous, M. Sarkozy. N’est-ce pas lui, qui durant sa campagne présidentielle, se déplaçant dans une région minée par le chômage (les Ardennes) avait eu ces mots : “C'est très important de rencontrer des gens qui ne se plaignent pas et qui se battent. Ici, ce n'est pas la France qui brûle des voitures et ce n'est pas parce qu'ils ne brûlent pas de voitures qu'il ne faut pas s'occuper d'eux." ?
Mais quand les mêmes, ou leurs frères, à force de “souffrir” en vinrent à séquestrer des dirigeants ou menacer de faire sauter leur usine, on vit l’impétrant, le fanfaron, se désolidariser de cette France-qui-souffre-mais-ne-brûle-pas-de voitures, car vois-tu, il est intolérable pour sa majesté (et M. Bennasar) que l’on souffrit bruyamment.

[3] Mais qui font le succès de RMC Info. Succès grandissant, témoin de la déliquescence de la pensée. De l’absence de réflexion. La victoire des “gens”. Et de leur avis tout fait. On appelle même ça : la liberté d’expression. Moi, j’appelle ça une défaite. Celle de l’intelligence. Et à terme, de la démocratie. Si ce n’est déjà fait …

06 août 2009

Angela, Nicolas, Obama Et Cetera

On n’est pas bien là ? Tranquilles. Pendant qu’à cap Nègre, il barbote et brunit, notre vagal souverain. Pas un mot, pas le moindre communiqué de sa part depuis une semaine ; mine de rien, ça nous y fait des vacances. Merci M. le Président, enfin, de votre silence !


Qui Est Le Cerveau De La Pensé Unique ?


Nonobstant, je profite de cette hyper-absence élyséenne pour faire comme un point sur la saison, ce championnat politique où nous fûmes, nous les “moyens”, lobés, taclés, quand ce n’est pas relégués sur le banc ou mis sur la touche.
Ce championnat où le PS joua, à la perfection, le hors-jeu.
Et y’a comme un drôle de goût qui me vient. C’est peut-être, je ne sais, la lassitude [1]. Celle surprenant l’opposant permanent. Quel rôle ingrat, finalement, éreintant, que celui qui trouve toujours à redire ! Parce que, au fond, j’aimerais être content, moi, avoir le sourire. J’aimerais être fier de mon pays. De son président. A qui, je reconnais, cependant, une certaine habileté. Mais de celle qui me hérisse. Me déplait.
Par exemple, cette propension, plus maligne qu’habile, à nous culpabiliser (tant oui, c’est culpabilisant, à la longue, de s’entendre dire que nous sommes contre - le bien de - notre pays ; c’est que, nous finirions par le croire si, égarés par le doute, nous baissions la garde). C’est intéressant. Et épouvantable à la fois.

Je m’explique.

Nicolas Sarkozy souhaite(rait), pour le bien de la démocratie dit-il, que notre pays ait une opposition digne de ce nom. Or, quand elle se manifeste, dans la rue, les journaux, sur Internet [2] elle est - pour lui - avant tout une manifestation de l’immobilisme ET de la “pensée unique” [3].
Les deux étant, à ses yeux, liés.
Mais pourquoi en serions-nous les hérauts ?
Parce que nous sommes – toujours à ses yeux - contre la réforme. Ce qui est faux ! Nous ne sommes pas contre la réforme, mais contre les siennes, parce qu’elles nous apparaissent trop fortes pour les faibles et trop faibles pour les forts.
En fait, la ligne sarkozyste est la suivante : j’agis, je réforme. Donc [sophisme à suivre ..] ceux qui s’opposent sont pour l’inaction, l’immobilisme [4]. C’est simple, pour ne pas dire simpliste ; c’est surtout intellectuellement malhonnête et scandaleux ! Pourtant, dans l’opinion, ça passe, et (malgré Besancenot) comme une lettre à la poste.
La crise qui aurait pu infléchir cette ligne, au contraire, l’a renforcée. Et de la pire des façons. A savoir que désormais, s’opposer à la politique du gouvernement, c’est être irresponsable. Jouer contre son camp. Il conviendrait, parce que c’est la crise [5] d’oublier nos différends (et nos convictions) d’être unis. Ben voyons !

Or donc, je faisais le point, travaillé depuis des mois par cette histoire de “pensée unique”. C’est quoi, bon sang, la “pensée unique” ? Qui la tient, la répand, et dans quel but ? Est-elle, cette “pensée unique” synonyme d’immobilisme ? Sommes-nous, réellement, nous, les opposants, les promoteurs de cette “pensée” ?

J’avais, je l’avoue, une idée derrière la tête.
La voici.
Elle se lit, limpide.

Nicolas Sarkozy au Zénith de Toulon [6] le 25 septembre 2008 : “Nous pouvons sortir, mes chers compatriotes, plus forts de cette crise.”

Barack Obama, le 24 février 2009 : “L’Amérique sortira plus forte de la crise !

Stephen Harper, Premier ministre du Canada, le 10 mars 2009 promet que le Canada sortira “au plus vite de la crise (…) et plus fort que jamais !

Yannis Papathanassiou, ministre de l’Économie et des Finances de la Grèce, le 25 mars 2009 : ”Nous sommes certains que le pays sortira renforcé et plus optimiste de la crise …

Giulio Tremonti, ministre de l’Économie de l’Italie, le 4 juin 2009 : “L’Italie sortira plus forte de l’actuelle crise financière que beaucoup d’autres pays européens.

Angela Merkel, chancelière de l’Allemagne, le 14 juillet 2009 : “Nous voulons sortir de cette crise plus forts que nous y sommes entrés.”

Je pourrais en citer bien d’autres. La liste est si longue, celle des gouvernants assurant à leurs “chers compatriotes” que leur pays sortira “plus fort” de cette crise.
Pas que des responsables politiques, d’ailleurs.
La presse, également.
Mais aussi, des chefs d’entreprise (celui de Toyota, de la SNCF, etc.).
Mais encore des experts, des économistes, des philosophes, des présidents d’organisations ou d'associations
Oui, la liste est très longue. Mais les mots, eux, sont toujours les mêmes. Certes, il y a quelques variations ; ainsi alors que la France “peut” et que l’Allemagne “veut”, l’Amérique, elle, "sortira plus forte de la crise", comme si c’était une certitude, comme si elle pensait être, encore, le moteur de ce Monde.
Le Canada, vantard, sortira "plus vite" de cette crise que les autres.
L’Italie, plus vantarde encore, fanfaronne qu’elle en sortira "plus forte" que ses voisins européens.
Mais peu importe cette guéguerre-de-c’est-moi-qui-sortirai-de-la-crise-plus-fort-et-plus-vite-que-toi-euh ! Ce qu’il faut retenir, c’est le message, invariable : “Nous” allons sortir renforcés de cette crise, plus forts que nous y sommes entrés. (Au passage, il est intéressant de noter que personne, ou presque, n’ose prétendre le contraire .. Pourtant, c’est une hypothèse tout à fait envisageable. Non ?)

Eh bien moi je dis que, quand autant de responsables, aussi divers, tiennent, et depuis des mois et des mois, le même discours aux quatre coins de la planète, nous y sommes en plein dedans, dans la “pensée unique”. Elle est là, la “pensée unique”. Et pas ailleurs !
Et ce sont les mêmes qui nous accuseraient de ce mal ?

Reste que, c’est bien joli tout ceci, rabâcher que “nous sortirons plus forts de cette crise” (si tant est que nous en sortions …) mais .. QUI ?
Qui est ce “nous” ?

Non.

Ne rêve pas.

C’est pas toi. Ni moi. Ni elle.
C’est pas nous, quoi.

C’est eux. Leur système. Qu’ils ne veulent absolument pas moraliser. Ils veulent juste le sauver. C’est tout ! Ne rien changer. Faire mine de, pour la forme, la photo, à grands coups de déclarations de principe sans lendemain, mais pas plus.
Et c’est logique, vu que, c’est Sarkozy qui “nous” (et là, “nous” c’est vraiment nous … ) le dit : les hérauts de la “pensée unique” sont les mêmes qui prônent l’immobilisme ! Or comme, c’est eux (Angela, Nicolas, Obama et cetera) les cerveaux de la "pensée unique" …
CQFD et merci Nicolas ! (Prends une photo, car c’est la première et dernière fois que je remercie ce type ..)
Barbote et brunis bien.
En espérant que tu sortiras “plus fort” de tes vacances que tu n’y es entré. Tant il va falloir être fort, sais-tu, à la rentrée, pour contenir notre colère.
Elle est grande.
Elle est forte.
Elle est, comme tu l’aimes : unique.



[1] Je dois avouer que je suis à la fois éberlué et attendri par Juan de Sarkofrance. Chaque jour, il nous sort un billet ventilant sa majesté. Plus d'un, en vérité. Comment fait-il pour ne pas être gagné par la lassitude ? Est-ce une vie que d’être contre TOUS les jours ? Et je me disais, putain, s’il repasse en 2012, Sarko, Juan, il en reprendra pour 5 ans.
Comme notre Président, la “charge” de Sarkofrance est “proprement inhumaine”.

[2] Vu sa représentation dans les Assemblées, les régions, les mairies, le PS devrait être l’opposant n°1. Or, il est mort. Oh si ! Regarde donc la tête de Martine ! C’est pas vraiment une tête de vivante, non ?
Donc, disais-je, le PS étant mort (tout en restant grotesque) c’est dans la rue, les journaux, sur Internet, que se situe l’opposition.

[3] Le 5 février dernier, dans cette indigente plaisanterie intitulée “Face à La Crise”, Nicolas Sarkozy parlait même du “catéchisme de la pensée unique”.
Quel culot !
Lui qui voudrait qu’à ses réformes, nous communions ..

[4] Toujours dans cette même parodie d’émission du 5 février 2009, le chef de l’Etat disait : “Le monde change Monsieur Pujadas (ne me demande pas pourquoi c’est Pujadas qui prend, je sais pas .. Il doit avoir la tête d’un type qui change pas … Qu’est pas de ce monde .. Il est vrai aussi que Sarkozy, il a tendance à penser que le Service Public et le monde-qui-bouge, ça fait deux … Pujadas représentait alors, ce soir-là, l’immobilisme ..) le monde change à une vitesse stupéfiante (on dirait du Contador dans le texte .. En même temps, Sarkozy, l’aime bien le cyclisme ..) et mon devoir, c’est de conduire le pays pour qu’il s’adapte à la compétition mondiale, qu’on ait le plein emploi (puis-je dire que nous n’en prenons pas le chemin ?) que les gens (je ne supporte pas qu’on nous appelle : "les gens" ..) puissent dire que leurs enfants ont les meilleures universités, les meilleurs lycées, la meilleure éducation (il vient de dire trois fois la même chose, mais c’est pas grave ..) Je ne vais pas y répondre par l’immobilisme mais par la réforme ..
C’est pas scandaleux, ça ?
Il est tout de même sous-entendu que les opposants à Sarkozy ne sont pas pour le "plein-emploi" et une "meilleure éducation" ! C’est en cela que le discours de Nicolas Sarkozy est épouvantable.

[5] Quand on parle de “crise” ne pas se méprendre. Si les banques la rencontrent, c’est branle-bas de combat. On met tout en œuvre, notre pognon durement gagné en l’occurrence, pour les sauver. Avec comme argument de saligaud : si on ne les sauve pas, vous perdez vos économies, braves gens.
Mais quand les braves gens sont à leur tour touchés par la “crise”, là, c’est plus la même. On leur demande d’être raisonnables. De se calmer. On leur fait même la morale. [“Mais qu’est-ce que c'est que cette histoire d’aller séquestrer des gens ?”] … Faible avec les forts, mais fort avec les faibles, te disais-je ..

[6] Eh oui, Nicolas a de l’humour. Il choisit un Zénith pour nous informer que le pays va sombrer ..

02 août 2009

La Vie Revolving

Des Cartes Pour Te Hâcher Menu

Ils roulaient pas sur l’or, mes parents. C’était des fonctionnaires moyens avec un salaire moyen. Des locataires. Oh bien sûr, ils caressaient le rêve d’être, un jour, propriétaires. Seulement voilà, s’endetter sur 20 ans, comme ils disaient, il n’en était pas question. Plus tard, peut-être, quand ma sœur et moi serions partis. Quand ce serait à notre tour, de nous la faire, la vie.

Ils roulaient pas sur l’or, mais nous ne manquions de rien. Nous mangions largement à notre faim. Même qu’il fallait rien laisser.
L’été, on gagnait la mer. Rarement, la montagne. Pour un mois. Ferme. Et sous le sapin, celui de Noël, ils y étaient, les cadeaux. Pas toujours ceux que nous avions commandés. Mais ils y étaient.
C’était pas la grande vie, on espérait un tiercé dans l’ordre pour s’offrir du superflu, du pas ordinaire. Mais il n’est jamais venu. Ou alors dans le désordre. Ce jour-là, il a sorti les verres de compétition, mon père, ceux qui brillent et tout. J’eus droit de le goûter, du bout des lèvres, et pour la première fois, le vin de Bordeaux. Un grand cru. Ça m’a tourné la tête, un peu. Une torgnole, et c’était réglé. A nouveau, je filais droit.

Ils faisaient attention à tout, mes parents, question pognon, ils géraient au cordeau. Avec ce qu’ils palpaient, ils se démerdaient comme des chefs. Même l’essence, ils la brûlaient pas. Du coup, en bonnes gens de droite, ils en mettaient à gauche, au cas où. Un imprévu. Un coup dur. Comme la voiture. C’est que c’est pas éternelle, une Renault. Même si tu la bichonnes. Tu peux la faire reluire, l’astiquer tant que tu veux, vient le jour où elle te lâche, l’ingrate. La Renault 8 bleue, par exemple. Elle voulait plus rien entendre, la carne. Ou si peu.

Me souviens, c’était une après-midi de printemps. L’année de “La Belle Histoire” de Michel Fugain et de “Pour La Fin Du Monde” de Gérard Palaprat.
C’était 1972.
Nous étions tous les trois, ma mère, ma sœur et moi, perchés sur le balcon, celui qui donnait sur les garages, l’arrière du bâtiment.
Elle nous avait dits, ma mère, qu’une surprise allait arriver. Mais quoi ? Elle voulait rien lâcher. Elle répétait vous verrez bien. Alors on trépignaient. Sûr qu’une baffe a dû partir, histoire de nous calmer. Une seule. Ma sœur, elle était dispensée.
Et puis, enfin, elle s’est ramenée, la surprise. Elle était blanche. Brillante. Avec mon père, dedans. Fier comme Artaban.
C’était la nouvelle Renault, une 12 TL.
Alors on est tous descendus, excités comme des puces. On a dévalé les quatre étages, comme jamais. Avec des cris de joie. Planqués dans nos intérieurs.
On l’a vu de près, le trophée. Les yeux écarquillés.
Nous nous sommes mis à tourner autour comme des vainqueurs, des indiens qu’auraient mâté une diligence. Mon père, il disait de faire attention, que si l’un d’entre nous rayait la carrosserie, il allait la sentir passer, l’avoinée. Que c’était une voiture, bon sang, pas un jouet ! Et qu’il avait fallu trimer des mois entiers, jongler avec le blé, pour se l’offrir.
Et pas à crédit.

Des fonctionnaires moyens avec un salaire moyen, et pourtant, la bagnole, ils l’avaient payée comptant !

Aujourd’hui, c’est plus possible. Pour une caisse, même petiote, du genre discrète, sans options, tu te fades un crédit. 48 mois minimum.
Même pour un écran plat, tu mendies. T’appelles M’sieur Cetelem ou M’dame Cofidis.
Parfois, c’est juste pour te casser en vacances. Aller voir la mer. Respirer, un peu. Et même pas pour un mois. Deux petites semaines. Et encore !
Il est là, le malaise.
Le problème.

Nous sommes passés, consentants, sans même nous en apercevoir, d’une société où par nos salaires moyens nous pouvions, comptant, changer raisonnablement de voiture à une société où nous ne pouvons quasiment plus rien nous offrir de conséquent sans passer par la case crédit.
Aujourd’hui, l’argent que nous gagnons, chèrement, durement, ne sert qu’à nous endetter.
Alors bien sûr, les “besoins” ne sont plus les mêmes. Les priorités, non plus. C’est vrai.
Et alors ?

La vérité, c’est que, au fil des années, sous prétexte de chômage (“Y’en a des dizaines qui attendent dehors, qui seraient bien contents de l’avoir votre boulot, alors, doucement les basses .." – Refrain connu et bien pénible) de concurrence, de compétition, nous nous sommes faits rouler, pour ne pas dire piller.
Nous sommes (très) peu dans ce pays, aujourd’hui, à être payé convenablement. Au juste prix. A la hauteur.
Le salaire qu’on nous octroie, et faut voir, parfois, avec quelle mauvaise grâce, ça nous permet quoi ? Sinon, de subvenir à peine à notre malheur. Car c’est bien un malheur, en tous les cas ça y ressemble, que de taffer pour, au final, baver comme des cons devant les vitrines. Baver à telle enseigne, que ça te fait mal. Que c’est pas normal. Que merde, tu l’as bien mérité, non, cet écran ?
Alors tant pis, tu entres, on te sourit, on te dit oui, qu’il n’y a aucun problème, même que tu pourras commencer à payer QUE le mois prochain ; tu vois, tout va bien ! Sauf que non. Tout va mal. La vérité, c’est que l’argent que tu gagnes, il ne suffit pas. La vérité, c’est que les salaires n’ont pas suivi. Ils sont à la traîne. Depuis longtemps. A ce point, que florissent désormais des organismes de crédit qui te proposent de .. racheter les crédits que tu ne peux plus honorer. Le crédit sans fin. Jusqu’à ta mort. Va savoir, ils seraient même capables de te sortir de la tombe pour se rembourser, ces charognards !

On nous a volés, floués. Et voilà qu’en plus on se fout de nous en évoquant une valeur travail qui se serait barrée en sucette. Ah oui ? … Mais quelle valeur peut avoir le travail, quel est l’intérêt à travailler, si c’est pour être payé bien en deçà des réalités de l’économie dite "réelle" ?
Alors moi je veux bien en entendre, comme par exemple, qu’il n’y aurait pas d’autre système possible, que de le prétendre, c’est mentir, donner de l’espoir là où y’en a pas. Se moquer du monde. Des pauvres gens. Qu’il suffit de moraliser tout ce merdier, et tu vas voir, ça va repartir. Mais ça va repartir pour qui ?
Pour les banquiers et les organismes de crédit ?
Non merci !

Évidemment qu’un autre système est possible. Un autre choix de société. Une autre vie. Une vie au comptant. Et sans pour autant, rouler sur l’or.
Demain, celui ou celle qui nous la proposera, cette vie-là, un Parti, une vraie Gauche, alors là oui, nous lui accorderons, contents, notre crédit.


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