19 juin 2009
Opération Michelin
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- Alors messieurs, nous sommes d’accord ? ... Oui ? … Non ? .. Jean-Claude ?
- Oui, pardonnez-moi Monsieur, mais j’avais une question à vous poser ..
- Je vous écoute, Jean-Claude ..
- Voilà, euh .. Croyez-vous que ce soit le moment opportun pour .. Pour mener cette opération, Monsieur ?
- Le moment opportun .. Qu’entendez-vous par là, Jean-Claude ?
- Eh bien Monsieur, nous sommes, comme vous le savez, en période de crise .. En récession, quoi ..
- Oui .. Et alors ?
- Eh bien alors, Monsieur, je … Je me demandais si c’était .. Enfin .. S’il ne fallait pas plutôt attendre ..
- Attendre quoi, Jean-Claude ?
- Attendre, euh … Attendre que nous soyons .. Enfin que le marché, je veux dire, soit en meilleure santé. Attendre que .. Que la crise soit derrière nous !
- Je vois ..
- Qu’en pensez-vous, Monsieur ?
[Court silence ]
- Jean-Claude …
- Oui, Monsieur !
- A votre avis, pour quelle raison objective menons-nous cette opération ?
- Pour quelle raison .. Euh .. Pour .. Pour réaliser des .. Des bénéfices ?
- Et vous pensez que nous serions gagnants, en termes de bénéfices, si nous attendions la ... "sortie de crise" ?
- Eh bien, euh .. Il me semble que ..
- Il vous semble ? .. Jean-Claude, nous ne faisons pas dans le “il nous semble” ..
- Oui, Monsieur ..
- Notre métier, Jean-Claude, c’est d’assurer la pérennité de notre entreprise. Or, plus nous dégagerons des bénéfices, plus notre entreprise sera pérenne ! Vous êtes d’accord sur ce point, Jean-Claude ?
- Tout à fait d’accord, Monsieur !
- Bien ! … Si, comme vous le préconisez, nous attendons la "sortie de crise", nous réaliserons des bénéfices, c’est un fait, mais ils seront bien moindres que ceux que nous pouvons, que nous allons, Jean-Claude, réaliser dès maintenant .. Vous voyez, cette crise est une formidable opportunité pour nous, et nos amis, ici présents. Parce que justement, il y aura, vous l’avez dit, une "sortie de crise". Et qui dit "sortie de crise", Jean-Claude, dit "euphorie financière". Une "euphorie" dont on ne peut certes pas mesurer la durée, mais qui, de toute évidence, sera très intéressante pour notre groupe. En délocalisant, dès aujourd’hui, notre production, et donc son coût, nous anticipons Jean-Claude ! Nous surfons sur la récession, nous saisissons l’opportunité et ainsi sommes certains de bénéficier, demain, et a maxima, de cette "euphorie" des marchés financiers. En revanche, si nous attendons, si nous restons passifs, Jean-Claude, non seulement nous n’en tirerons pas profit, ou si peu, mais … nous risquons de mettre en danger notre entreprise, son avenir. Est-ce que vous comprenez, Jean-Claude ?
- Oui, Monsieur.
- Bien .. Alors puisque nous sommes d’accord, pouvons-nous, cette fois, mettre un terme à cette réunion et valider notre opération ?
- Monsieur ?
- Oui, Bernard ?
- Vous avez dit qu’il y aurait une "euphorie financière" en "sortie de crise" ! Mais si, entre temps, “ils” moralisent le capitalisme ?
[Rire de toute la tablée]
- Ah Bernard, c’est ce que j’aime, c’est que nous aimons chez vous : votre humour ! .. Nous avons tellement besoin de gens comme vous ! .. Bien ! ... Assez ri ! ... Pouvons-nous, enfin, lever la séance ... Oui ? .. Non ? .. Bernard ?
- Oui Monsieur, je .. Enfin .. Et les employés ?
- Quels employés, Bernard ?
- Eh bien les nôtres, Monsieur ! ..
- Encore de l’humour, Bernard ? [Rires]
- Euh .. Non, Monsieur .. C’en est pas ..
[Les membres du conseil d’administration se rassoient]
- Comment ça, ce n’est pas de l’humour ? .. Mais .. Que voulez-vous signifier, Bernard ?
- Eh bien, que vont-ils devenir ?
- Qui ça ?
- Nos employés, Monsieur ! Ceux de Noyelles-lès-Seclin et de ..
- Bernard !
- Oui, Monsieur ?
- A votre avis, qui assure la pérennité de notre entreprise ? Depuis maintenant plus d’un siècle ...
- Plus d’un siècle ? .. Eh bien .. C’est .. C’est nous, Monsieur.
- En effet, Bernard, c’est nous ! Et c’est grâce à nous, si ce groupe, le nôtre, a pu traverser les années. Résister à la concurrence toujours plus féroce. Sans nous, sans les valeurs que nous portons Bernard, rien ne serait possible. Sans nous, sans notre contribution au progrès, rien n’existerait.
- Oui, Monsieur.
- Nous pouvons lever la séance ?
[Approbation des membres du conseil]
- L’opération est approuvée à l’unanimité par le Conseil d’Administration. Je vous félicite, Messieurs .. Ah ! .. J’oubliais ! ... Vous trouverez sur la table du fond, des enveloppes. A l’intérieur, un séjour, pour vous, vos femmes, vos enfants, offert par le Groupe pour le Tamil Nadu. Nous avons pensé, avec nos amis, qu’il était primordial, essentiel, de découvrir cette belle région. Je vous recommande, notamment, une petite visite à Tanjore ! Vous m’en direz des nouvelles ! ..
15:05 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : michelin délocalise en inde, michelin ferme son usine de noyelles-lès-seclin, michelin supprime 1093 postes, michelin va créer 1500 emplois en inde |
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Commentaires
Vivement, que le
P euple
N eutralise (ces)
E mpapaoutés(qui)
U tilisent....la crise comme Prétexte...!!!!
Le PDG de British Airways qui "émarge" a près de 840 000€/an demande à ses salariés de travailler gratuitement pendant 1 à 2 semaines sur les prochains mois.....!!!!
Mais Tous ces Actionnaires ont-ils oublié ce Proverbe (C'est volontairement que je ne donne pas l'origine de ce proverbe...!!!)
" L'HOMME N'EST JAMAIS PAUVRE TANT QUE SON VOISIN POSSEDE QUELQUE CHOSE"!!!!!!!
Certains "Actionnaires"...ont oubliés les "ACTIONS(d')HIER" quand la majorité d'un peuple "a eu VRAIMENT faim"...!!!
Les Antillais et les Agriculteurs sont plus "Couillus" que nos syndicats nationaux...!!!
Écrit par : georges | 19 juin 2009
Répondre à ce commentaireVive la séquestration des patrons !
Écrit par : Eric bloggeur citoyen | 20 juin 2009
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