13 juin 2009
Tu N’As Pas D’Argent ? C’est Pas Grave, On Va T’Apprendre à Le Gérer !
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Or donc Nadine Morano qui n’est QUE secrétaire d’État à la Famille (et non ministre comme elle le laisse parfois penser ou supposer - “Hou la menteuse-euh !”) veut tendre la main aux familles en difficulté, dixit Le Figaro.fr
On voit à peu près ce que c’est qu’une famille en difficulté(s) : c’est un groupe de personnes (unies pour le pire) touché (de plein fouet, pour reprendre l’expression consacrée) par le chômage, la précarité, la crise et tout ce qui s’en suit, étranglé par les crédits (de type revolving) ne gagnant pas assez pour subvenir à leurs besoins, doté d’un pouvoir d’achat de “biéloroumain”.
Vu de ma fenêtre, si l’on veut vraiment leur tendre la main, on met en place une politique adéquate. Par exemple, on applique à la lettre le programme du candidat Sarkozy, celui qui nous disait qu’il y avait en France, un problème de pouvoir d’achat (“Nier que ce problème existe, c’est se moquer des français !” Rappelait-il, fraîchement élu) que les salaires étaient trop bas et les prix trop hauts.
En clair, on se bat pour que les salaires de ce pays soient revus, et fissa, à la hausse, ce qui, en outre, permettrait de donner (toujours selon l’expression consacrée) un petit coup de pouce au SMIC [1].
On s’attaque aux marges délirantes pratiquées par les grandes surfaces (celles qui prétendent, les outrecuidantes, lutter contre la vie chère ET pour notre pouvoir d’achat – C’est ça, oui ! Mais prenez-nous donc pour des cons !) on décrète le gel des loyers, on lutte comme des chiffonniers contre cette histoire de crédit revolving (proposé, entre autre, par les grandes surfaces, celles donc qui nous prennent pour des cons !).
Est-ce cela que nous propose Nadine Morano ?
Eh non.
Non, Nadine Morano invite les familles en difficulté(s) à se rendre sur Internet pour “Mieux gérer” leur budget. Distinguer ce qui est “nécessaire” de ce qui est “superflu”.
Déjà, si l’on est en difficulté(s), j’ai envie de dire (comme le profère souvent "Yves-pardonnez-moi-de-vous-poser-cette-question-Calvi") qu’un abonnement au Net peut être considéré comme du “superflu”.
Mais ne polémiquons pas. Enfin, pas tout de suite. Je veux dire, attendons que cela soit .. nécessaire.
D'autant plus que notre client (Nadine, donc) est du genre .. suffisant.
Avec ce site ouvert mardi en 9, Nadine Morano veut donner aux français des "outils" (une clé de 12 ?) aider les familles à sortir de la "spirale de la consommation" (tu sais ce qu’elle te dit la spirale de la consommation, Nadine ?) à "faire" ou "refaire surface" (petite ou grande surface, Nadine ?) ou, "tout simplement, prévenir les aléas de la vie".
J’aime le “Tout simplement” ..
Et, je brûle d’impatience de savoir ce que Nadine Morano entend par “les aléas de la vie”.
En seulement trois clics, on comprend que Monbudget est un énorme foutage de gueule, et le nier, c’est se moquer des français, comme disait l’autre.
Il suffit de se rendre à la rubrique “Gérer mon budget” pour réaliser que Nadine Morano prend les familles en difficulté(s) pour de gros crétins de compétition ne sachant pas gérer leur argent.
Rien de ce qui est proposé n’est de nature à les sortir de la merde où ils sont. Sinon des tableaux EXCEL que nous connaissons tous, où d’un côté tu as la colonne des dépenses et de l’autre, celle des ressources.
A partir du moment, où tes dépenses (nécessaires) dépassent tes maigres ressources, ce qui est le propre d’une famille en difficulté(s), je ne vois en quoi en tableau va les aider à “refaire surface” !
Mais pour ce qui est d’inventer ce qui existe déjà, Madame Morano, excelle.
On a tout de même comme un léger espoir quand d’un coup, nous apercevons la rubrique “trucs & astuces” !
Aaaah !
Nadine va-t-elle nous refiler des tuyaux que nous ne soupçonnions pas susceptibles de nous sortir la tête de l’eau ?
Eeeeh, non !
Comme trucs, ou astuces (je ne sais si c’est l’un ou l’autre) notre secrétaire d’État nous informe (entre autre) qu’en début de mois, il faut absolument réserver les sommes correspondant aux charges fixes (même quand c’est prélevé, Nadine ?) ou “Lorsqu’une grosse échéance s’annonce, veiller à mettre de côté mois après mois une partie de la somme afin d’en disposer quand il vous faudra la régler” ..
Nadine, je m’en voudrais d’être désagréable, mais je ne vois pas comment une famille en difficulté(s), donc qui n’a pas assez d’argent pour subvenir à son malheur, pourrait mettre chaque mois de l’argent de côté !
Les seuls qui peuvent le faire, Nadine, ce sont ceux qui ne sont pas en difficulté. Donc non concernés par ta maintendue.fr
Mais le summum est atteint à la rubrique “Je gère mes changements de vie”.
Quels bons petits conseils de derrière les fagots va nous donner Madame Morano quand, par exemple, on perd son emploi ? – mais pas de panique, nous précise-t-elle, vous avez droit à un régime d’indemnisation (ah bon ?) et surtout, n’oubliez pas que vous pouvez toujours rebondir (Oh ? ... Même en période de crise-la-pire-qu’on-ait-connue-depuis-un-siècle ?) et repartir (mais où ça, Nadine ?) ?
Rien que nous ne sachions déjà - s’inscrire au Pôle Emploi, contacter sa banque, ses établissements de crédits, les organismes sociaux [2] – mais est-ce bien étonnant de la part de quelqu’un qui n’a jamais été touché (de plein fouet, donc) par le chômage ?
Que sait-elle du chômage, Madame Morano ? De ce que cela signifie de souffrances, d’humiliations ?
Rien. Elle n’en sait rien.
Sinon, elle ne nous dirait pas : “Pensez à épargner et à économiser pour que cet aléa (le chômage, donc) ne se transforme pas en difficulté lourde.”
T’as déjà vu un chômeur épargner, toi ? A part Noël Forgeard ?
Mais c’est surtout le terme “aléa” qui vaut son pesant de cacahuètes.
Car oui, pour Madame Morano, perdre son emploi c’est “un aléa de la vie” (“De toutes manières, la vie est faite de ses aléas” écrit-elle .. Ah ! ... Je croyais que ton maître-à-penser nous invitait à ne pas être fataliste …).
Espérons, qu’elle soit, Nadine, un aléa de la vie politique.
Pour résumer, Madame Morano ne tend pas la main aux familles en difficulté(s.) Elle les méprise. Car, en substance, elle leur dit ceci :
”Vous savez pourquoi vous êtes raides le 7 du mois ? Parce que vous êtes des crétins ne sachant pas gérer votre argent !”
Mais quel argent ?
Puisqu’ils n’en ont pas (ou plus) !
Ce qui nous renvoie au discours de Dominique Baudis (et de tous les candidats des listes UMP pour les européennes) dont le message était le suivant :
”Le peu qu’il vous reste, on se propose de faire notre possible pour que vous ne le perdiez pas !”
A la seule différence qu’avec Madame Morano, on franchit une étape, mieux, on repousse les limites (comme il est dit dans”Le Dîner De Con”) :
”Le peu que vous n’avez plus, je vous propose de .. le gérer !”
En d’autres termes, Nadine Morano fait sienne cette phrase de Coluche :
“Si vous avez besoin de quelque chose, appelez-moi, je vous dirai comment vous en passer !” [L’Étudiant – 1980]
Ce qui n'était qu'une blague est devenue, aujourd'hui, réalité.
[1] L’un des arguments avancés par le Gouvernement pour justifier son refus de donner un coup de pouce au SMIC, c’est qu’alors, il n’y aurait plus, ou peu, de différences entre ceusses qui le touchent et les autres, au-dessus, qui ne gagnent pas bezef.
Un argument qui saute si tu incites les entreprises à pratiquer une politique salariale prenant réellement en compte l’augmentation du coût de la vie.
[2] Ce qui est incroyable c'est que jamais cette rubrique n'incite celui qui "perd son emploi" à aller fréquenter des "salons de l'emploi", à faire des démarches pour retrouver du taff, ne donne aucune piste pour "rebondir" et "repartir". C'est sans doute pour cela qu'il est indiqué : "En cas de chômage, il est nécessaire d'avoir les bons réflexes". "En cas de chômage" est donc équivalent à "En cas d'incendie" ... C'est terrifiant ! ...
15:44 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde !, Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nadine morano veut aider les familles en difficulté, création d'un site internet pour gérer son budget, sortir de la spirale de la consommation, nadine morano se moque des familles en difficulté, nadine morano réinvente l'eau chaude, monbudget.famille.gouv.fr |
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Commentaires
On voit l'étendue infinie de bon sens de cette chère Nadine. Faut-il en rire où en pleurer ? Grave quand même.
Écrit par : Spa | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireTrès bon ton papier.
les us et coutumes que ceux qui en ont (peu importe où) ne sont pas pour la plèbe.
Dialectique moraliste simpliste, c'est tout simplement révoltant.
Écrit par : peuples | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireLe 1/4 monde ....est dans la "Mouise" depuis 1981.....
Les classes "Moyennes" le sont depuis que le RPR c'est transformé en
U nion
P rofit
M oney....
Les députés Européens...vont Appliquer à la Lettre les directives des différents....Traités Européens....!!!!!!!!!!!
Heureusement que cette Secrétaire d'Etat à retirer sa plainte Pour avoir été de "Menteuse" sur un Blog......!!!!
En effet , ses "Réflexes" contre la "Plébe" est Manifeste...!!!!
Elle s'en fout comme les 9,25% d'Upémistes qui enverront encore plus de "Saigneurs" pour S'assoir sur le Pouvoir d'Achat....!!!!!
Écrit par : georges | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireChapeau bas, Monsieur Philippe.
C'est si terrible et j'ai bien ri. Ce qui ne m'arrive pas si souvent en ce moment.
Écrit par : Olivier Autissier | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireEuh, t'en connais des Biéloroumains ?
Écrit par : Maxims | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireEh oui ! dites nous de quoi vous avez besoin...et on vous expliquera comment vous en passer.
Écrit par : Max La Menace | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireComme disait cette blague polonaise du temps de l'Union Soviétique :
«Dites-nous de quoi vous avez besoin, nous vous indiquerons comment vous en passer…»
Écrit par : asinus asinum fricat | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireElle nous tend la main pour nous la mettre dans la gueule...
Super billet, Philippe, merci !
Bises
Écrit par : CC | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireAu risque de me faire arrêter... Pauvre Nadine !
Très bon article, mais derrière nos sourires, elle me fait vraiment de la peine...
Écrit par : podel | 13 juin 2009
Répondre à ce commentaireLe conseil-type donné par quelqu'un de limité mais placé plus haut que toi dans la hiérarchie et qui se prend très au sérieux. Tragico-risible.
Écrit par : Fran | 14 juin 2009
Répondre à ce commentaireExcellent article, quoique désespérant. Et hilarant également. Voici un blog, cher Philippe, plus gai... quoique non ! http://cheminroque.blogspot.com
Il est aussi sur 20 minutes mais je ne sais pas exactement où !
Ca doit être http://chemindetournes.20minutes-blogs.fr/
Hélène Larrivé
Écrit par : hélène larrivé | 14 juin 2009
Répondre à ce commentaireIl semble me souvenir (si je n'ai pas rêvé) que Margaret Thatcher, en son temps, avait fait édité un petit fascicule de conseils en tous genres à l'usage des familles "dans le besoin" et l'un des conseils était d'aller faire ses courses le ventre plein afin d'être moins tenté d'acheter "des choses inutiles" !!!!!!
Y'a vraiment des baffes qui se perdent...
(c'est bizarre, cette phrase me vient souvent à l'esprit en ce moment) !
Écrit par : Kahlan | 15 juin 2009
Répondre à ce commentaireCommentairequisertàrien :
On a visité son site ensemble, attentivement. On a eu honte pour elle, cette bonne femme est scandaleuse (c'est diffamant ? je prends un risque ?) On a rit jaune, et on s'est dit que c'était tout de même susceptible de plaire...
Nous autres, à commenter l'actu et à avoir une vision un peu éclairée de ce genre de manip, nous qui n'accumulons pas les bons de réduction pour faire les courses, on aurait vite tendance à oublier qu'une tranche de l'opinion (celle qui se tait et qui morfle sévère) "peut" être sensible à ce genre de chose.
Tout ça est très bien orchestré.
Ne rigolons pas trop vite.
Écrit par : bénédicte | 15 juin 2009
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup ce billet, qui souligne l'aspect pathétique et drôle de ces conseils à la noix. :)
Écrit par : La Peste | 15 juin 2009
Répondre à ce commentaireComme le souligne Bénédicte, il est vivement recommandé de surfer sur le siteanadine.fr (le bon sens près de chez vous, n'est-ce pas ..) tant il fourmille d'inepties, de lieux communs, à tel point que tu te demandes si vraiment elle ne nous prendrait pas pour des arriérés totaux !
Mais je rejoins B, dans le fait que ce site (et comme c'est triste) risque fort de trouver preneur ..
Nadine Morano est l'atout populo de Sarko. Fille de routier, comme elle aime à le dire et redire, élevée en banlieue, juste titulaire d'un DESS, elle est l'incarnation de la Maman/Super Nanny. Grande gueule style Marine Le Pen, mais sachant aussi flatter le prolo-bobo, le prolo-prolo, le prolo-qui-trouve-que-les-chômeurs-ben-y-devraient-se-remuer-le-cul, le prolo-homo, le prolo-hétéro, elle surfe, elle ratisse hyper large, elle pourrait même séduire le cadre sup' qui trouverait en elle une icône qui lui permettrait de se distinguer, genre la petite coquetterie du moment. Morano c'est la gouaille, avec la bouche qui part de traviole. Ça jacte aussi mal le français que son maître-à-penser. C'est du lourd, du redoutable.
Reste que, si elle obtient ce qu'elle désire, soit le Ministère de l'Éducation Nationale (ce qui serait une première - jamais une femme n'a occupé ce poste régalien) étendue à la Famille, on n'a pas fini d'en entendre parler. Y'a deux options : soit c'est un désastre (tous les enseignants dans la rue et les élèves itou) soit ça passe. Et il est possible, que ça passe. Elle peut surprendre (dans l'affligeant, surtout).
Cette femme fonctionne à l'instinct. C'est ce qui fait pour le moment son relatif succès (quoique, elle n'est pas dans le TOP 10 des personnalités politiques favorites des français). Mais peut également faire sa perte. Tant on n'échappe pas (ou rarement) à son milieu social. C'est terrible, je sais, mais c'est un fait.
Un jour, on te le fait payer. Et cher.
Merci beaucoup pour vos commentaires et liens.
Écrit par : Philippe Sage | 15 juin 2009
Répondre à ce commentaireUn coup classique de marketing : culpabiliser les pauvres pour qu'ils ne la ramènent plus. Genre "vos histoires ne sont que perso, y a qu'à vous que ça arrive -c'est donc très marginal- donc ça n'existe pas et si je me penche dessus c'est que je suis vraiment la bonne poire. Et du coup, vous n'existez pas."
Et si on n'existe pas, on la ferme et on s'enferme, crevant d'angoisse assis sur sa chaise, devant la télé... où des gens beaux riches et bronzés vous content de merveilleuses histoires : l'allégorie de la caverne moderne. Pervers car cela joue à tout niveaux : le vendeur qui vous assure que l'appareil que vous venez d'acheter et qui a rendu l'âme le premier jour "fonctionne très bien, on n'a eu aucun retour, il n'y a que vous qui... Attendez que je vous explique : d'abord, vous êtes sûre de l'avoir branché ?" (Parfois vous avez la chance qu'un autre cocu attende derrière vous et intervienne...) Le tyran familial qui persuade ses victimes qu'elles sont nulles et méritent toutes les baffes qu'il leur distribue généreusement etc... C'est comme les pannes du net où on vous dit, suave, au téléphone "d'aller sur le site "orangepointeffeère"" où on répondra au mieux à toutes vos questions Madame."
Mais peut-être la dame est-elle sincère? Oui, c'est possible, je vous assure, j'ai rencontré une... disons championne de ce genre de propos qui l'était, sincère ! Le bourgeois supporte mal la pauvreté ; car il est fondamentalement bon, le bourgeois, il n'a pas de raison d'être méchant, il a en général choisi d'être bourgeois et il en est fier; il représente tout ce que la société exige pour être humain et s'en targue - c'est peu de choses, belle voiture, belle maison, belles vacances-... Donc ça le dérange parfois, la pauvreté : un peu de conscience malheureuse ? Alors il n'est pas avare, du moins avare de conseils : yaka, suffitde, faitescommemoi, jevaisvousdire, fauttoutjourspenserà... Et on l'écoute, forcément, il est bourgeois, l'image même de l'humain. On est patient ! Mais il y a un moment où tout de même ça ne passe plus.
Et quand on s'énerve, alors c'est l'autre face : si vous êtres "comme ça", (c'est si rare mais bon, ça vous arrive d'être pauvre, soit, je veux bien l'admettre en ce qui vous concerne...) c'est de votre faute : irresponsable, imprévoyant, sous doué, mal dégourdi... autrement dit : bien fait et ta gueule. Car il faut que le pauvre soit responsable pour que le riche se sente irresponsable. C'est carré.
Ma belle mère (Dieu ait son âme) qui habitait seule un mignon 5 pièces dans... disons un quartier chic d'une capitale étrangère... adorait de l même façon faire des leçons d'économies à ses servantes, une vraie passion (pour les aider, car elle était bonne) : toujours aller au marche en fin de marché, ne pas hésiter à discuter les prix sans faiblir, essayer d'obtenir un petit bonus au moment de partir, c'était un principe : une botte de persil, de menthe... prendre le bus et non un taxi (les malheureuses n'avaient jamais vu de taxi de leur vie), se servir de vieux vêtements pour laver les sols (les malheureuses les refilaient à plus pauvres qu'elles, ça existait hélas), mettre immédiatement les légumes au réfrigérateur et inscrire le coût dans un cahier qui ne devait pas les quitter (la plupart ne savaient pas lire)... échanger ou exiger le remboursement d'un vêtement qui n'était pas parfait... et toujours éteindre la lumière en sortant d'une pièce (les malheureuses n'avaient pas l'électricité.) Rigolo ? Moyennement. Péché mignon disaient de cette femme enfant ses innombrables amis... car elle était bonne, réellement, recevait divinement et à toute heure, écoutait les malheurs de tous sans montrer de lassitude etc... Sauf qu'elle ne voyait pas la misère, elle ne pouvait pas la voir : ça n'entrait simplement pas dans les catégories éternelles et immuables de cette grande sensible qui pleurait à la télé devant "La strada" ou "Les misérables"... en se demandant à voix haute, scandalisée, comment de telles horreurs étaient possibles autrefois.
... Mais jamais encore un hiérarque quelconque ayant-étudié-à-la-fac, chère Nadine, n'avait osé pondre un manuel qu'elle aurait pu signer et que l'on pourrait intituler "de la responsabilité des pauvres de leur pauvreté et de la manière de la leur faire accepter sans qu'ils nous emmerdent" : ça c'est tout nouveau. En général, de telles imbécilités se disent (en vitesse) mais ne s'écrivent pas. (Sauf lorsqu'on est Nadine de Rotschild, tiens, une autre.) Bravo Nadine : tu marqueras l'Histoire. J'aurais aimé te la faire rencontrer, tu aurais eu tant à lui dire...
Hélène Larrivé
Écrit par : hélène larrivé | 23 juin 2009
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