12 mai 2009
Etiquettes, Cartons, Séquestration !
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A l’ancienne. J’ai été élevé à l’ancienne. Si j’voulais du blé, fallait bosser. Tout l’été. Et ça m’faisait l’année.
Je leur en voulais à mes vieux, de pas me laisser, comme les autres, par semaine, un peu d’argent de poche. Je leur en voulais de me confisquer mon quignon de soleil, la mer, les copains.
Et puis, le temps passe, de guingois, mais va, tout va bien. Et j’regrette pas. Rien. Parce que, au fond, si j’avais pas connu ça, les jobs d’été, mes travaux forcés, j’pourrais pas comprendre, un peu, le minimum.
Une séquestration, par exemple.
Le bureau, j’ai connu très tôt. Service comptabilité. Assis toute la journée. A s’emmerder. Mater la pendule.
Je m’y sentais mal, pas à mon aise. J’voyais comment ça se dansait, ce monde-là ; c’était pas joli. Les jalousies. Les rancœurs. Ça ourdissait sérieux entre employés, et le patron, aux anges, il en faisait son beurre, de ces commérages en veux-tu, en voilà. Il avait, même, son œil de Moscou. Interchangeable.
Ah ça oui, j’ai bien vite vu, comment on s’tire la bourre entre petits, comment on s’fait des misères, une fois le dos tourné, pour rien, comme ça, parce que la tête de l’autre, elle te revient pas, parce qu’il part, pour les vacances, en août et toi, en juillet, et ça suffit pour lui réserver un sale chien de ta chienne.
A pleurer.
J’préférais les boulots où t’en baves. Juste pour un truc : cette impression de solidarité presque innée entre employés ; mal payés, mais unis. Enfin, ça ressemblait à ça. Mais j’restais pas assez longtemps pour vérifier ; si c’était vrai ! Si c’que je voyais, cette solidarité, cette camaraderie, ça résistait au temps.
A l’hiver.
Y’en a trois, de ces boulots, qui m’ont marqué.
A vie.
Une usine de papier, à Mimizan. Une odeur épouvantable. Mais une fois d’dans, tu sentais plus rien. C’est marrant.
En revanche, c’que tu sentais, et bien, c’était la valse. Celle des horaires. Les trois huit. Tu sais plus où t’habites. T’as pas de vie. Tu marnes et puis c’est tout.
Prendre son boulot à minuit, c’est pas banal. Quand tu termines, à huit heures du mat’, tu sais pas quoi faire. T’as pas envie de dormir. Tu te traînes. T’es sonné.
Mais quand tu prends à seize heures, c’est pire ! T’as l’impression qu’on t’vole l’essentiel de ta journée. Et quand tu sors, à minuit, t’es paumé. Retourné. Désossé.
Tu t’dis que le mieux, c’est l’horaire de M’sieur-tout-le-monde ; 8 heures/16 heures. Mais non ! C’est curieux, mais t’en viens à préférer la nuit. Le sauciflard et le pinard sur les coups de quatre heures du mat’. Et puis, t’es mieux payé. La prime panier, ça s’appelle.
Les gars que j’croisais là, ils avaient le teint buriné. Le caractère bien trempé. Et le verbe rare. Je les aimais bien. Mais cette valse, celles des horaires, ça leur vrillait l’existence. J’comprends mieux pourquoi ça vit moins longtemps qu’un autre, un ouvrier. Si tu sors pas d’là, t’as aucune chance de le cultiver un jour, peinard et tranquille, ton petit jardin.
Il faut avoir un jour, un mois, dans sa vie, servi les autres pour comprendre c’que ça veut réellement dire : servir.
J’ai connu.
Une année.
Pour à peine le SMIC, j’me levais à 2 du mat’. Et ma journée commençait en déglaçant des cageots de raies, de truites, de brochets.
Ah le poisson, j’connais ! J’ai vu comment on la maintenait présentable, la poiscaille ! Comment on te le maquillait, le maquereau, et copieux, pour qu’il paraisse encore avenant.
Avec un grand type, proche de la retraite, détruit, on foutait le poisson de la veille ou de l’avant-veille sur l’étal ; on réceptionnait le frais, les mardis et jeudis, et une fois tout bien placé, luisant, on filait au bistro d’à côté, un repaire de cocos, se réchauffer. Un café pour moi. Un blanc pour lui. Et bientôt, pour moi aussi.
Ça, c’était la bonne partie de la journée. Elle était noire, froide, et pourtant, c’était le meilleur. Parce qu’ensuite, tu fais le vendeur. Et là, tu la découvres, la grossièreté des gens, le mépris, comment ils te causent, mal, parfois même sans un bonjour, sans même un regard.
Au début, j’ai pas voulu, qu’on me traite comme ça. Comme de la merde. Comme si j’n’existais pas. Alors j’ai répondu. Et ça n’a pas traîné. Le patron, un type dur, mais juste dans le fond, est venu m’dire que c’était la dernière fois. J’ai dit que, Monsieur, le client, il me cause pas bien. Que c’est pas possible. Il m’a regardé bien dans les yeux, glacial, et m’a prévenu que si j’recommençais, j’dégageais ! Ici, le client est roi ! Tu le sers, et sans moufter. Qu’il soit malpoli ou pas. Rien à faire !
Ah oui, c’est quelque chose de servir ces gens-là, de ravaler sa fierté plusieurs fois par jour, baisser la tête, alors que toi, t’as juste envie de leur dire : mais pour qui tu te prends, connard ! Mais non. Tu dis bonjour à la dame, tu souris, et tu dis oui, avec plaisir, j’vais vous les ouvrir, vos huîtres.
C’est là, derrière un présentoir, que tu la vois, l’arrogance, la suffisance, cette jouissance à humilier le type qu’a les mains engourdies d’avoir trop traîné dans la glace. T’es juste un larbin. Pour eux. Un moins que tout. Faut pas croire, mais y’en a bien peu qui soyent aimables.
Après ça, la vie, les gens, le travail, tu vois plus les choses pareilles.
Et pourtant, c’en est un autre qui m’a marqué. De boulot. Une usine dans la Haute-Vienne. J’étais là pour un mois. Celui de juillet. J’avais décliné un emploi de bureau. J’avais dit que j’voulais être avec les autres. Les ouvriers. On m’a dit d’accord et hop, au sous-sol !
Huit heures durant, j’collais des étiquettes sur des cartons. Des cartons qui défilaient sur un tapis roulant.
Y’avait un type avec moi. Mais lui, il était là pour la vie.
Au bout d’une semaine, à coller comme ça des étiquettes sur des cartons, j’ai cru que j’allais devenir dingue. Une question me brûlait les lèvres. Mais j’osais pas. La lui poser. Au type.
La dernière semaine, j’ai pas pu résister. Fallait que je sache. Alors, je lui ai demandé, combien de temps ça f’sait qu’il collait ainsi, des étiquettes sur des cartons. Il m’a dit, wof, ça fait bien quinze ans ! J’ai dit mais, y’a possibilités de .. enfin, tu comprends .. de gravir, je sais pas, un échelon ! Quand même, au bout de quinze ans, tu .. Il m’a dit non, que c’était comme ça, que c’était déjà bien d’avoir du travail, que c’était pas facile pour tout le monde, alors, ça ou autre chose !
Qu’est-ce que tu veux répondre à ça ?
A l’époque, j’savais pas, alors que c’était là, bien ancré au fond de moi, comme de la merde au cul, mais ça sortait pas ! J’pensais, je réalisais un truc, c’est que : une société qui te propose toute ta vie de coller des étiquettes sur des cartons, sans aucune autre perspective, sans prendre en compte ce que tu es, ce que tu désires, ce à quoi tu aspires, c’est pas une société.
C’est une prison.
Et pourtant, vois-tu, si un jour, on vient lui dire, à cet homme-là, que c’est fini, terminé, on veut plus de lui, eh bien, il se battra pour le conserver, ce boulot-là.
Le jour où, on viendra lui annoncer, et faut voir comment, que les étiquettes, les cartons, tout ça, allez hop, ça fout le camp, en Slovaquie, en Roumanie, parce que voilà, là-bas, c’est plus rentable, que lui, il coûte trop cher, alors qu’il gagne une misère, il se battra, le type, et il aura raison, même si c’est pour des étiquettes à la con à coller sur des cartons.
Il a tout accepté, ce mec, sans l’ouvrir, sans faire chier, il s’est fait une raison, il a dit d’accord y’a pas d’échelon, j’ai compris, je ferai ça toute ma vie, d’accord-d’accord !
Et tu voudrais qu’il courbe l’échine, cet homme-là, quand on lui balance qu’il coûte trop cher ?
Tu voudrais qu’il se taise alors qu’on lui vole toute sa vie ?
Mais ça n’est pas possible !
Parce que ça n’est pas humain de se taire jusqu’à ce point-là !
Ça n’est pas juste.
Et moi qui ne suis rien, j’approuve cet homme s’il en vient à séquestrer son DRH, son gérant, son vendu.
Je le comprends ET je l’approuve.
Et tous ceux, les faciles, les confortables, politiques ou responsables syndicaux, qui ne connaissent pas l’odeur du poisson et celle, écœurante, de son bruyant client, qui ne savent pas ce que c’est, la valse des horaires, celle qui te tue à petits feux, qui n’entravent que quick aux travaux à vie et forcés, ce sont eux qui, pourtant, prétendent comprendre cet homme, sa colère, mais qu’il en vienne, Madame, à séquestrer, ah ça non ! Pas de ça chez nous ! En République ! Dans un État de droit ! Mais quelle est intolérable, cette “violence”, mais qu’est-ce que c’est que c’te histoire ?
Ils ne savent rien, de la violence.
La vraie.
Ils savent juste répondre : “Police, Menottes, Prison !” à “Étiquettes, Cartons, Séquestration !”
Et minauder : “On peut comprendre, oui, on peut, mais .. Mais en aucun cas, on ne peut cautionner la violence, les séquestrations !”
Mais il n’est pas question de “pouvoir”.
Mais de “devoir”.
On se DOIT de comprendre cet homme-là.
Et, parce que c’est un devoir de le comprendre, on doit aussi lui accorder le minimum syndical : le droit d’exister.
Et, si ce droit passe par une séquestration de 26 heures, c’est pas cher payé au regard de ce qu’il a sué, tu, courbé et donné.
Non, vraiment, c’est pas cher payé.
Estime-toi plutôt heureux qu’il ne fasse pas, hier, tout péter.
21:27 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pourquoi je comprends et je cautionne les séquestrations |
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Commentaires
La problématique c'est qu'avec mini 70% de charges fixes tu ne peux que fermer ta gueule....
(Loyer ou traites , abonnement canal 'Pute" , abonnement internet , abonnement "Portable..)
Le SYSTEME mis en place au fil des ans a "baillonné" toutes les grandes Gueules...!!!
Si tu n'as rien ....tu n'a rien à perdre....
En ce qui me concerne j'essaie d'être "Propriétaire" de ma vie...et de ne pas être enchainé...à tous pseuudo-confort de vie...
MA LBERTE ELLE EST DANS MON FROC comme dirait Ferré
Mes 15 jours à sT DOMINGUE c'est l'ensemble de mes clients qui me l'ont payé...et c'est eux qui font ma paye....
Le "SYSTEME" EST LE PLUS COERCITIF DE TOUS LES TEMPS...
L'impatience de Gagner Ta vie....te la fait perdre !!!!!
Écrit par : georges | 13 mai 2009
Répondre à ce commentaireSire, le peuple gronde...
:)
Écrit par : DrMorisset | 13 mai 2009
Répondre à ce commentaireMerde j'aimerais bien savoir écrire comme toi.
Excellent papier, et même si pour ma part j'ai un peu de mal à approuver, hé bien je comprends.
J'ai fait des p'ttis jobs comme toi, mes parents avaient de la thune mais fallait que j'apprenne à me débrouiller. Alors c'était la Sernam la nuit ( décharger des wagons pour remplir des camions ), c'était manoeuvre sur des chantiers, avec dans l'un et l'autre cas, les mêmes bières offertes amicalement vers 10 h du mat par des gars qui en sifflaient des packs entiers...
Puis j'me suis embourgeoisé, j'ai passé le BAFA ( payé par mes vieux ce coup-ci ) et suis devenu moniteur de colo...
Mais je me souviens encore de ces gars bourrus, sympas et muets.
Écrit par : Fran | 13 mai 2009
Répondre à ce commentaireLe problème c'est qu'il faudrait supprimer le travail, d'ailleurs en france, on le fait de plus en plus, en faisant travailler les pays pauvres, a notre place... Du coup, on se retrouve avec des délégués syndicaux, et des politiciens démagogues, qu'il faut entretenir...
PS: tu dis que le matin, c'était des coups de blanc, au zing, moi, quand j'étais jeune, et livreur à Paris,c'était, café calva ...
Pour le fun , une contrepèterie : les femmes apprécient le goût du blanc, et les fines appellations ... ;0)
Écrit par : jean valjean. | 13 mai 2009
Répondre à ce commentaireJ'ai usé et abusé de l'intérim pour fuir ces ambiances de bureau, la médiocrité intellectuelle et les hypocrisies que vous décrivez tellement justement, au moins je savais que mon "séjour" n'était que temporaire et ça m'aidait à tenir, mais je comprends parfaitement que des gens pètent un câble devant autant de négation de leur personne, de leur travail, de leur vie !
C'est en effet, un moyen (le moyen ??) de se faire un tout petit peu entendre ! La violence n'est pas là où l'ON veut nous amener mais plutôt dans les conditions déplorables de travail, de salaires et d'irrespect au quotidien !
Écrit par : kahlan | 14 mai 2009
Répondre à ce commentairejoli texte il n'y a rien a dire
a noter les petits boulots ne se pratiquent plus beaucoup pour laisser la place aux fameux gars bourrus
je suis assez d'accord sur la compréhension des actes de quelqu'un qui craque.
mais franchement le coté c'est dur la vie, il faut travailler, je trouve ça un peu limite.
perso j'ai fait des petits boulots de merde et pas pour payer mes vacances mais pour vivre...
finalement j'ai pu faire ce que je voulais, et entre autre voyager, après ce que j'ai vu une fois passé l'équateur dans de nombreux pays, je suis obligé de trouver ce texte bien démago et bien dans l'air du temps
un peu dessus, pour le coup je te trouve leger, tu finiras député avec des raccourcis pareils
Écrit par : thomas | 14 mai 2009
Répondre à ce commentaireA Thomas : et ça, c'est démago : http://tempsreel.nouvelobs.com/file/692729.pdf
Sinon, non, je ne finirai pas député. Non. Bien pire que ça, en fait .. Si ça continue à partir en live ..
Pour le reste, faut que je précise que le boulot de mareyeur, là, c'était pas pour un été.
Quant à "c'est dur la vie, il faut travailler" ce n'est pas ce qui écrit. Travailler, ça me fait pas peur. Il est pas là, le problème. C'est toi qui raccourcis ce qui est écrit en accord avec tes convictions (que je respecte à peine)
Je ne suis pas dans l'air du temps. Je ne le serai jamais.
Écrit par : Philippe Sage | 14 mai 2009
Répondre à ce commentaireBeau texte. j'ai connu ça aussi pour payer mes études, et ces petits boulots restent aujourd'hui encore parmi les meilleures leçons que j'ai reçues. le pire du pire c'est évidemment le travail à la chaine et je n'ai pas compris alors comment il était possible d'accepter ça
Écrit par : olympe | 14 mai 2009
Répondre à ce commentairePhilippe tu connais pas mes convictions, il n'est pas nécessaire de ne pas les respecter.
Je me permettais juste une remarque, sur la forme et pas le fond. Désolé de t'avoir blessé je pensais qu'on pouvait te laisser des commentaires, et pas seulement des félicitations. J'éviterais de donner mon avis si il n'est pas dans ta ligne, désormais mais je trouve ça dommage.
Écrit par : thomas | 15 mai 2009
Répondre à ce commentaireThomas : Mets mon excès - ou saute - d'humeur sur le compte de la fatigue. Je suis comme qui dirait en fin de saison. 4h38 debout, à la longue, ça te flingue.
Non, je ne suis pas blessé, Thomas. Y'a pas de mal. On peut me tomber dessus, pas de problème. Mais faut argumenter. Prendre le temps. Tu peux pas répondre en quatre lignes à un billet de plus d'une centaine. Ça oui, c'est pénible.
En ce qui concerne les commentaires, je ne cherche rien, (les compliments, surtout pas, c'est chiant et ça sert à rien) mais j'espère, encore, de temps en temps de vrais débats, avec arguments et tout le tralala. Je crois que je peux (commencer à) oublier.
J'ai commencé en les laissant ouverts, les commentaires, puis je suis passé à la modération, et va savoir, un jour (comme chez Fontenelle) je fermerai le robinet. [...].
Quand tu dis que je suis limite démago, que je suis un peu léger et je fais dans le raccourci, et merde, je ne suis pas d'accord, du tout. Et même en colère, car tu ne développes pas. Quatre lignes et voilà, bonsoir. Fais chier ..
Je n'ai pas de ligne, Thomas. J'en ai plus. Donc tu peux y aller. Mais vraiment. En prenant le temps.
Avant que ça ferme.
Écrit par : Philippe Sage | 15 mai 2009
Répondre à ce commentairemerci pour cette mise au point, je me disais aussi que ça ne correspondait pas à tes écrits
pour finir là dessus il n'y avait pas d'opposition bien au contraire. Je developpe la prochaine fois.
Ps: passe un jour sur mon adresse et tu verras que je n'ai aucune conviction, mais que nous avons en commun la mauvaise foi parfois
sans rancune et au plaisir de te lire
Écrit par : thomas | 15 mai 2009
Répondre à ce commentairesouvenirs d'une semaine dans une usine qui allait être délocalisée, une vingtaines de femmes qui y bossaient depuis toujours de 7h à 15h et enchainaient avec la journée gosses et ménage... ambiance terrible. J'ai mis les bouchées doubles pour réussir mes études et surtout je n'ai jamais oubliées ces femmes.
Ce genre d'expériences, ça devrait être obligatoire dans le cursus scolaire.
Écrit par : pema | 15 mai 2009
Répondre à ce commentaireTexte magnifique.
Écrit par : Lomig | 16 mai 2009
Répondre à ce commentaireEt, encore une fois, parce que c'est essentiel, cette vidéo à voir et revoir.
http://www.dailymotion.com/video/xe7ui_wacquant_creation?from=rss
Écrit par : Philippe Sage | 16 mai 2009
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