26 avril 2009
Le Risque Révolutionnaire N'Existe Pas
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Or donc, celui qui, Premier ministre, lors des manifestations contre le CPE déclarait : “J’entends ceux qui manifestent mais j’entends aussi ceux qui ne manifestent pas.” (formule depuis reprise par son ennemi juré, Nicolas Sarkozy) or donc, disais-je, Dominique Galouzeau de Villepin nous explique que la colère qui s’exprime aujourd’hui est telle qu’il y a un risque révolutionnaire en France.
Eh bien tu sais quoi ?
Je me marre, me bidonne, vulgairement, je pouffe, et bien fort, car il n’y a aucun risque révolutionnaire dans ce pays, et quoi qu’il se passe demain, il n’y en aura pas. Jamais.
Tout ce que nous pourrons observer ce sont et seront des actes isolés de colère, comme des mises à sac, des séquestrations, des jacqueries en fait, peut-être autre chose, comme une vraie violence, celle qui dépasse tout, y compris la colère, mais de révolution, ou de soulèvement général, je te fiche mon billet que jamais nous ne le verrons.
Je dis même que c’est une cause entendue et qu’il n’y a pas à y revenir.
Le société est organisée de telle façon (et avec notre consentement) qu’elle tue dans l’œuf toute possibilité de rébellion, et ceux qui voudraient s’y risquer seraient, à court ou à moyen terme, désavoués par le “plus grand nombre”.
Car que veut-il ce “plus grand nombre” ?
La paix et la tranquillité.
Traduire : sa sécurité.
Et pour elle, cette sécurité (même illusoire, celle que te vend et te promet, matin et soir, ton gouvernement) il sera prêt à accepter jusqu’à perdre l’essentiel : sa liberté.
Ce qui, je le pense, est déjà fait.
Sinon, comme expliquer que “le plus grand nombre” soit tacitement d’accord pour vivre dans une société de plus en plus "fliquée", fichée, "radarisée", vidéosurveillée, "Hadopisée".
Cette dernière loi nommée Hadopi est d’ailleurs très significative ; car de quoi s’agit-il ?
De lutter contre les pirates - dont je fais partie, mais j'invite le législateur à venir constater l'énorme collection de DVD et CD légaux qui hantent mon terrier - ceux de l’Internet, ceux qui téléchargent illégalement dit-on, de la musique, des films, des jeux-vidéos ?
Bien sûr que non !
En vérité, Hadopi n’est pas faite pour cela. C’est un cache-nez. La véritable vocation d’Hadopi est de répertorier toutes les infos possibles sur chaque internaute via les fournisseurs d’accès. L’on me rétorquera que c’est déjà peu ou prou le cas, que de toutes les façons par Facebook ou toute autre plateforme équivalente, l’internaute est déjà classé, identifié, surveillé. Sauf que cette fois, il est question de légiférer, de valider une fois pour toute avec, ce qui est énorme, la complicité molle mais réelle des "providers", ce que j’appelle une loi liberticide.
Une telle loi, je parle de sa nature clairement liberticide, devrait provoquer à défaut d’un soulèvement général, une vive réaction, une opposition ferme et outrée du peuple. Dans sa majorité !
Mais comment veux-tu que cette opposition se manifeste quand ce même peuple a déjà accepté d’être "fliqué", fiché, "radarisé", vidéosurveillé ?
Comment veux-tu qu’il se soulève quand il pense (parce que c’est le message qu’on lui fait passer) que toutes ces lois ne sont votées dans un seul et unique but : le protéger ?
Quant à la colère (celle des Continental, des Molex et consort) qu’évoque Dominique Galouzeau de Villepin, celle qui naît du sentiment d’avoir été floué, trahi, humilié, puis abandonné, est-elle suffisante, assez grande, pour demain entraîner tout un pays ?
En d’autres termes, “le plus grand nombre” peut-il envisager de sacrifier ce qui lui reste, ce qu’il a peur de perdre, son semblant de liberté dans une société cadenassée qu’il a validée sans pratiquement broncher, pour ceusses qui viennent de tout perdre, ceusses qui vont plonger ?
La réponse est contenue dans ma question, elle est négative.
Jamais “le plus grand nombre” ne sacrifiera quoi que ce soit, fut-il précaire.
Jamais “le plus grand nombre” ne se sentira solidaire de ce qu’il redoute pour lui-même.
Parce que c’est fini, c’est râpé, il est conditionné, parce qu’il marche à la peur depuis trop longtemps.
Parce qu’il est servile.
Parce qu’il a été éduqué, embrigadé, lobotomisé (notamment par l’outil télévisuel).
Parce que, au fond, il préfère encore (vivre dans) un état totalitaire. Oui, tu as bien lu : un état totalitaire !
Tant il ne veut plus qu’une seule chose : qu’on assure sa sécurité. Pour elle, il est prêt à tout sacrifier. Et tout démontre qu’il a commencé à le faire.
Alors pourquoi veux-tu qu’il risque, demain, de perdre le peu (sa servilité en échange de sa sécurité) qui lui reste ? Au nom de quoi ? Et pour qui ?
Non, définitivement non, et n’en déplaise, il n’y a aucun risque révolutionnaire en France.
C’est une cause entendue et il n’y a pas à y revenir.
”Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous. Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu’on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l’ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, de celui pour qui vous allez courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort (…) D’où tire-t-il ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ?”
[Étienne de La Boétie - “Discours De La Servitude Volontaire”]
18:32 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : y a-t-il un risque révolutionnaire en france ?, dominique de villepin, discours de la servitude volontaire, etienne de la boétie, hadopi est un cache-nez, lois liberticides, allons-nous vers un état totalitaire ? |
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Commentaires
Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.
Le Loup et le chien, La Fontaine, Les Fables, Livre I
Écrit par : CC | 26 avril 2009
Répondre à ce commentaireJe ne suis qu'un béotien (je ne connais de La Boétie, que sa rue )
Dominique ,Marie, François ,Galouzeau de Villepin, pense qu'il y à un risque révolutionnaire , car il le souhaite trés fort, ce serait pour lui, la seule chance, pense t'il, de prendre la place de son ennemi (Clearstream): Sarkosy.
Pour arriver à ses fins, il est prét à s'associer à Royal et Bayrou, c'est dire..
Moi, ceux qui, en France, prônent la révolution ne me font pas RÊVER, mais me font plutôt peur ,comme Besancenot, Bové, Cohn-Bendit, daniel Mermet etc..
Il faut qu'ils sachent que si le peuple de FRANCE se soulève, ce sera leurs têtes, en premier, qui seront en haut des piques ...
Écrit par : françois Debase. | 26 avril 2009
Répondre à ce commentaireTiens, je me permets de te reproduire ici, la phrase de Thomas Jefferson, que j'ai mise en préambule de mon blog :
"Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre."
Comme souvent, je pense comme toi. La révolution, le "vrai" chaos, je n'y crois pas (ou plus depuis longtemps) Il y aura des grosses grèves, des secousses violentes, mais la lame de fond, non.
Sauf spasme indigné très éphémère avant de passer à autre chose, finalement le citoyen s'en fout d'être "fliqué" puisque - dit-il - il n'a rien à se reprocher. Mais s'il ne sent pas un basculement sournois des principes de liberté, il sent, par une intuition qu'on lui perfuse par voie médiatique, que le "flicage" le protège de "l'autre", et ça le rassure.
Parce que, comme tu le dis, la non-idéologie dominante est aujourd'hui la peur. Et ce qui est bien avec la peur, c'est qu'elle n'a pas besoin d'être réelle pour exister. Il suffit à celui qui veut dominer de "faire peur", c'est une ficelle vieille comme le monde.
Et encore, à propos de révolution, c'est quoi la "politique" médiatisée et visible d'aujourd'hui, à part le décryptage massif des mots imbéciles des uns et des autres, faute d'identifier des idées fortes ? Que dalle. Et ça ne sent pas la révolte. C'est une "politique" qui endort, anesthésie, rend idiot le bon peuple, lui laissant croire que ce qui important, ce sont par exemple les gaffes de S.Royal, les grossièretés et dérapages de N. Sarkozy ou les luttes pour le pouvoir de ces clones politiques.
Alors entre ça et la peur de l'autre, de l'étranger, de ses propres enfants qui déconnent en "bandes" au pied des cités, de l'avenir, etc, personne ne sera jamais prêt à jouer "collectif" le jour du Grand Soir...
Et un jour, on se dira peut-être que le vrai risque était de ne pas faire la révolution...
Écrit par : bénédicte | 26 avril 2009
Répondre à ce commentaireDaniel Mermet est encore un des rares journalistes à secouer les consciences, ça me donne plutôt de l'espoir...
Dominique, il est pas occupé à consoler sa copine Ingrid ???
Écrit par : Océane | 26 avril 2009
Répondre à ce commentaireJe souscris également a ce constat et ce développement judicieux
Écrit par : Disparitis | 26 avril 2009
Répondre à ce commentaireIl ne faut jamais dire jamais, dit-on.
Vous l'avez dit, tant que la grande majorité du bas-peuple aura encore quelque-chose à perdre, elle ne bougera pas.
A quoi pense-t-on à la veille de faire grève ? A combien ça va nous coûter, alors que sur le principe on est rudement d'accord...
Domi est un romantique incorrigible alors il voit la révolution partout dès lors que ce n'est pas lui qui risque de tomber...
Écrit par : Fran | 27 avril 2009
Répondre à ce commentairec'est un bel exposer pessimiste mais bien.mais pourquoi n'enleve t-il les minima sociaux?.l'histoire se repete tout le temps, je ne vis que dans l'attente d'une revolution ,pas d'une greve de tarlouze qui defile ou qui menace en prenant l'entreprise en otage (30000 euros ou on fait tout peter et en resortes avec 11000)ce jour là j'irais dans le bois pour y couper un rondin de 50cm et de 70cm de haut pour la mettre au centre de paris .mais pour cela j'attent qu'il s'attaque a la classe moyenne comme en 1789
Écrit par : cusseau | 23 septembre 2009
Répondre à ce commentaireje suis entièrement daccord avec toi cusseau,je vis pour celà aussi.marre de se soumettre en permanence au nom d'un capitalisme devenu fou.on est en fasse d'une dérive globalisée;tout le monde se réfugie sur lui-même.les jeunes ont peur d'être chomeur,les vieux d'être attaqué par des "étrangers",les actifs de perdre leur pouvoir d'achat,....
je pense que la révolution se fera le jour oû une majorité de personnes,pensera à l'intérêt collectif et non plus à son intérêt individuel.
tant qu'on montrera dans les médias capitalistes,que le bonheur c'est de posséder et d'être riche et consommer,les gens ne prendront jamais conscience que ^la seule solution pour que 6 milliards de personnes vivent corectement;c'est:la solidarité,le respect des autres,le partage des richesses,.....
pour une prise de conscience collective et un électrochoc,il faut boycotter les médias classiques et APPRENDRE à s'auto-critiquer et critiquer le système.
dès qu'il y aura ce déclic,la révolution sera logique!
hasta la victoria siempre!
Écrit par : che guevarec | 12 février 2010
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